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Santé mentale: le régime cétogène utile pour la dépression, incertain pour l’anxiété

Le régime cétogène offre une piste intéressante pour certains cas de dépression, avec des données préliminaires qui suggèrent une amélioration réelle des symptômes

Le régime cétogène suscite beaucoup d’espoir chez les personnes qui cherchent à mieux gérer leur santé mentale. On lit souvent que réduire fortement les glucides pourrait « éclaircir » l’esprit, stabiliser l’humeur et même aider en cas de dépression. Dans le même temps, les avis sont partagés, surtout pour l’anxiété, et de nombreux spécialistes appellent à la prudence.

Des données récentes, dont une grande revue publiée dans JAMA Psychiatry, indiquent un effet positif possible sur les symptômes dépressifs, surtout quand la cétose est bien atteinte et suivie. Pour l’anxiété, les résultats restent flous, parfois contradictoires, et ne permettent pas de faire de promesses.

Cet article explique en termes simples ce qu’est le régime cétogène, ce que disent vraiment les recherches sur la dépression, pourquoi le lien avec l’anxiété reste très incertain, et comment avancer avec prudence si vous pensez tester cette approche.

Qu’est-ce que le régime cétogène et pourquoi il attire les personnes déprimées

Le régime cétogène repose sur un principe simple à décrire, mais exigeant à suivre. L’apport en glucides est très faible, l’apport en graisses est élevé, et les protéines restent modérées. Le corps reçoit si peu de sucre qu’il finit par changer de carburant. Il commence alors à produire des corps cétoniques à partir des graisses, un état que l’on appelle cétose nutritionnelle.

Dans cette situation, une grande partie de l’énergie vient des graisses alimentaires et des réserves graisseuses. Pour certaines personnes, cette idée a un fort attrait. Elles y voient une façon de reprendre la main sur leur poids, sur leur énergie, parfois après des années de sentiment de perte de contrôle.

Chez des personnes qui souffrent de dépression, ce type de régime peut représenter plus qu’un simple plan alimentaire. Il peut donner un cadre clair, une impression de structure, et la sensation de « faire quelque chose » de concret pour aller mieux. La promesse de réduire l’inflammation, de stabiliser la glycémie et de sortir des variations brutales de sucre parle aussi à beaucoup de patients qui se sentent épuisés ou « à plat » une bonne partie de la journée.

Comment la keto change le carburant du cerveau

En temps normal, le cerveau utilise surtout le glucose comme source d’énergie principale. Quand l’apport en glucides chute fortement, ce schéma change. Le foie produit alors des corps cétoniques à partir des graisses, que le cerveau peut utiliser comme carburant plus stable.

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Cette idée n’est pas nouvelle. Le régime cétogène est utilisé depuis des décennies dans certaines formes d’épilepsie difficiles à traiter. Des études ont montré des effets sur l’activité électrique du cerveau et sur l’équilibre entre différents messagers chimiques. Ces résultats ont conduit des chercheurs à se demander si la même approche pourrait aider dans d’autres troubles psychiatriques, en particulier la dépression.

Pourquoi ce régime donne l’espoir d’un meilleur moral

Au‑delà de la biologie, plusieurs aspects concrets du régime cétogène peuvent influencer l’humeur. Une perte de poids, même modeste, peut déjà réduire l’auto‑critique et améliorer l’estime de soi. Certaines personnes décrivent une impression de clarté mentale et de concentration accrue une fois la phase d’adaptation passée.

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La réduction des sucres rapides limite les pics et les chutes de glycémie, souvent associés à des coups de barre, à de l’irritabilité ou à une sensation de « crash ». Une énergie plus régulière au fil de la journée peut, en soi, alléger certains symptômes dépressifs.

Il faut garder en tête que ces effets ne sont pas universels. D’autres personnes ne ressentent aucune amélioration, voire se sentent moins bien. L’espoir doit rester réaliste, surtout quand on vit avec une dépression installée depuis longtemps.

Keto et dépression : ce que montrent vraiment les recherches

Les données les plus récentes offrent une image à la fois prometteuse et incomplète. Une revue systématique et méta‑analyse regroupant 50 études, plus de 41 000 participants, suggère une amélioration des symptômes dépressifs chez les adultes qui suivent un régime cétogène ou très pauvre en glucides. Dans les essais contrôlés, l’effet se situe dans une zone faible à moyenne, proche de ce que l’on observe parfois avec certains traitements antidépresseurs.

Les signaux sont plus nets lorsque les personnes atteignent une véritable cétose. Les études qui surveillent les corps cétoniques dans le sang ou l’urine rapportent souvent de meilleurs résultats que celles qui se contentent de conseils alimentaires sans suivi précis. Un apport très faible en glucides semble aussi plus lié à une baisse des symptômes qu’un simple régime « low carb ».

Des médecins spécialisés en longévité et métabolisme observent, en pratique clinique, des améliorations chez des patients avec dépression et résistance à l’insuline. Ils avancent plusieurs pistes : meilleure fonction des mitochondries, baisse de l’inflammation, stabilisation des circuits chimiques du cerveau. Ces observations restent toutefois des compléments, pas des preuves définitives.

Les pistes biologiques : inflammation, énergie et neurotransmetteurs

Plusieurs hypothèses cherchent à expliquer un lien entre keto et humeur. La première concerne l’inflammation chronique. Une partie des dépressions s’accompagne d’un état inflammatoire persistant. Or, une alimentation pauvre en sucres simples et en aliments ultra‑transformés pourrait réduire certains marqueurs inflammatoires, ce qui, en théorie, allègerait les symptômes chez certains patients.

La seconde piste touche à l’énergie cérébrale. Une glycémie qui part dans tous les sens fatigue le cerveau et favorise des variations rapides d’humeur. Les corps cétoniques offriraient une source d’énergie plus stable, ce qui limiterait les « chutes » ressenties par certaines personnes.

Enfin, la cétose semble agir sur des messagers chimiques comme le GABA et le glutamate, très impliqués dans la régulation de l’anxiété et de la dépression. La plupart des données viennent de modèles animaux ou de travaux de laboratoire. Chez l’humain, ces liens restent encore en grande partie théoriques.

Résultats chez l’humain : petites études, grands espoirs, beaucoup de prudence

Les études disponibles chez l’humain sont souvent de petite taille et de durée limitée. On y trouve des essais pilotes, des séries de cas ou des études quasi expérimentales, qui montrent une baisse de scores de dépression chez des personnes suivant un régime cétogène pendant quelques semaines ou quelques mois.

Plusieurs limites reviennent souvent. Les participants sont peu nombreux, les groupes de comparaison ne suivent pas toujours un régime contrôle bien défini, et le suivi dépasse rarement quelques mois. Beaucoup de résultats reposent sur des questionnaires auto‑rapportés, sensibles aux attentes des participants et au contact rapproché avec les équipes soignantes.

On ne sait pas encore si l’effet se maintient sur le long terme. On ignore aussi dans quelle mesure l’amélioration vient de la cétose elle‑même ou d’autres changements associés, comme une baisse de l’alcool, une meilleure hygiène de sommeil, plus d’activité physique ou une attention accrue à la santé en général.

Pourquoi le lien entre régime cétogène et anxiété reste très incertain

Pour l’anxiété, l’image est bien moins claire. Dans la même méta‑analyse, les essais contrôlés n’ont pas montré de baisse nette des symptômes anxieux sous régime cétogène. Certaines études moins rigoureuses, ou des analyses où l’anxiété est un critère secondaire, suggèrent un bénéfice possible, mais les résultats varient beaucoup.

Les auteurs concluent que le régime cétogène pourrait aider à la fois sur la dépression et l’anxiété, mais que les signaux sont nettement plus forts pour la dépression. Pour l’anxiété, les preuves restent trop faibles pour parler d’effet établi.

Il faut rappeler aussi que ce type de régime peut, chez certaines personnes, nourrir l’anxiété plutôt que la calmer. La peur de « casser la cétose », le contrôle permanent de l’assiette et une rigidité croissante autour de la nourriture créent parfois plus de stress que de soulagement.

Ce que disent (et ne disent pas) les études sur l’anxiété

Une grande partie des travaux existants ne place pas l’anxiété au centre du protocole. Elle est souvent mesurée en plus de la dépression, sur de petits groupes, avec des durées courtes. Les résultats sont alors instables, parfois positifs, parfois neutres.

Des études chez l’animal indiquent que les corps cétoniques pourraient moduler certains circuits de la peur. Cela reste intéressant pour comprendre les mécanismes, mais on ne peut pas transposer ces données directement aux troubles anxieux humains, complexes et influencés par de nombreux facteurs de vie. À ce jour, il n’existe pas de grande étude solide qui montre une baisse claire de troubles anxieux seulement grâce au régime cétogène.

Quand la keto peut aggraver le stress et la nervosité

Au quotidien, un régime très strict peut devenir une source majeure de tension. Le suivi obsessif des macronutriments, la peur de manger un aliment « interdit » ou la culpabilité après le moindre écart augmentent parfois l’angoisse. Certaines personnes finissent par éviter les repas en groupe ou les sorties, de peur de ne pas contrôler ce qu’elles mangent.

Les effets physiques du début de régime, souvent appelés « keto flu », ajoutent une couche de malaise. Maux de tête, fatigue, irritabilité, sensation de brouillard mental peuvent être vécus comme une montée d’anxiété.

Les personnes avec antécédents de troubles du comportement alimentaire, d’anxiété sociale ou de perfectionnisme marqué sont particulièrement exposées à ces dérives. Pour elles, un régime très contrôlé peut réveiller d’anciens schémas plutôt que les apaiser.

Faut‑il tester le régime cétogène pour sa santé mentale ?

Le régime cétogène reste une piste sérieuse pour certaines personnes dépressives, en particulier quand il existe des troubles métaboliques comme une résistance à l’insuline. Des médecins le proposent parfois comme complément à un traitement, pas comme solution unique. Un suivi médical est alors indispensable, avec contrôle régulier des corps cétoniques, des électrolytes et du profil lipidique.

Ce régime ne remplace pas une prise en charge globale de la santé mentale. Psychothérapie, médicaments quand ils sont indiqués, activité physique adaptée, soutien social et travail sur le sommeil gardent une place centrale. L’alimentation peut renforcer ces axes, mais ne les efface pas.

Questions à se poser avant de changer son alimentation

Avant de se lancer, il est utile de prendre un temps de réflexion sincère. Il faut se demander comment vont la santé générale, le poids, le cœur, le foie, et quels traitements sont en cours. Il faut aussi regarder son rapport à la nourriture : y a‑t‑il déjà eu des périodes de restriction sévère, de compulsions ou de culpabilité liée aux repas.

Il est tout aussi important de mesurer le degré de contrainte que l’on accepte. Le régime cétogène exige une vigilance constante sur le contenu des assiettes. Certaines personnes apprécient ce cadre strict, d’autres s’y épuisent. Le soutien de l’entourage et la possibilité de cuisiner ou d’adapter les repas jouent aussi un rôle clé dans la réussite, et dans l’impact sur le moral.

Comment tester la keto sans jouer avec sa santé mentale

Si la décision est prise de tester la keto, l’idéal reste un suivi par un médecin ou un diététicien formé à cette approche. Un démarrage progressif, avec réduction étape par étape des glucides, peut limiter les effets secondaires et laisser au corps le temps de s’adapter.

Il est essentiel de rester à l’écoute des signaux d’alerte. Une baisse nette de l’humeur, une montée de l’angoisse, un repli social ou une obsession grandissante autour de la nourriture indiquent qu’il faut réévaluer le régime avec un professionnel. Garder du plaisir à manger, maintenir une vie sociale et refuser que le régime devienne le centre de toute la journée sont des repères importants.

Pour beaucoup de personnes, une alimentation moins riche en sucres ajoutés et plus riche en aliments bruts peut déjà apporter un gain d’énergie et de stabilité émotionnelle, sans aller jusqu’à une cétose stricte. Cette option plus souple est parfois plus tenable, et plus compatible avec une bonne qualité de vie.

A retenir

Le régime cétogène offre une piste intéressante pour certains cas de dépression, avec des données préliminaires qui suggèrent une amélioration réelle des symptômes, surtout quand la cétose est bien installée et suivie. Les preuves restent toutefois limitées, les études sont hétérogènes et souvent de courte durée, et on manque encore de recul sur la sécurité à long terme.

Pour l’anxiété, le « verdict » n’est pas tombé. Les résultats disponibles sont faibles ou contradictoires, et rien ne permet de présenter la keto comme une solution anti‑anxiété fiable.

L’alimentation peut soutenir la santé mentale, mais elle ne remplace pas un traitement complet et une prise en charge par des professionnels. Des ajustements plus simples, comme une réduction des sucres, un meilleur sommeil, plus de mouvement et des liens sociaux plus présents, ont déjà un poids réel sur l’humeur.

Toute décision de suivre un régime très strict mérite de se prendre à tête reposée, avec un avis médical, et avec le souci de protéger autant le corps que l’esprit.

 

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