Vapotage et tabac : 15 % de forme physique en moins chez les jeunes

Auteur: François Lehn

Publié le:

Vapotage et tabac : 15 % de forme physique en moins chez les jeunes
Cette étude associe le tabac et le vapotage à une baisse d'environ 15 % de la capacité physique chez de jeunes adultes.

Un poumon qui paraît normal au repos ne garantit pas une bonne réponse à l’effort. Une étude publiée dans ERJ Open Research associe le vapotage et le tabagisme à une baisse d’environ 15 % des capacités physiques chez de jeunes adultes.

Les participants vapotaient ou fumaient, mais menaient des vies comparables à celles du groupe n’ayant jamais utilisé ces produits. Leur souffle, leurs jambes et leurs vaisseaux sanguins réagissaient pourtant différemment pendant l’exercice.

Ce que révèle l’étude sur la condition physique

L’équipe du Dr Azmy Faisal, de la Manchester Metropolitan University, a étudié 75 adultes âgés de 18 à 30 ans. Tous étaient actifs, en bonne santé apparente et présentaient une fonction pulmonaire normale au repos.

Un tiers n’avait jamais fumé ni vapoté. Un autre tiers fumait des cigarettes sans avoir utilisé de cigarette électronique. Le dernier tiers vapotait depuis environ trois ans, sans antécédent de tabagisme. Leur activité physique, leur consommation d’alcool et de caféine étaient similaires.

Lors d’un exercice progressif sur vélo, les vapoteurs et les fumeurs ont atteint une capacité d’effort et une consommation maximale d’oxygène inférieures d’environ 15 % à celles du groupe n’ayant jamais fumé ou vapoté. L’écart apparaît donc chez des personnes jeunes, sans maladie pulmonaire détectée au repos.

Un test qui va au-delà du simple essoufflement

Les volontaires pédalaient à une intensité croissante jusqu’à leur effort maximal. Les chercheurs mesuraient le rythme cardiaque, la respiration, l’oxygène utilisé, l’élimination du dioxyde de carbone et le lactate sanguin.

Des échographies des artères et des analyses sanguines complétaient le bilan. Elles permettaient d’observer la fonction vasculaire et certains marqueurs d’inflammation. Ce protocole ne repose pas seulement sur le ressenti des participants, il observe aussi ce qui se passe dans l’organisme.

Pourquoi l’effort devient-il plus difficile ?

Chez les fumeurs comme chez les vapoteurs, les poumons éliminaient moins efficacement le dioxyde de carbone pendant l’exercice. Cette difficulté peut amplifier la sensation de souffle court, même lorsqu’une spirométrie réalisée au calme ne montre pas d’anomalie.

Le corps utilisait aussi moins bien l’oxygène au moment où les muscles en avaient le plus besoin. Courir, monter une côte ou soutenir une séance de sport peut alors demander plus d’énergie que prévu. C’est un peu comme avancer avec un moteur qui fonctionne, mais qui peine dès que la route monte.

Des jambes lourdes plus tôt

Le lactate s’accumulait plus rapidement chez les participants qui fumaient ou vapotaient. Le lactate n’est pas un déchet à éliminer à tout prix, mais sa hausse précoce accompagne souvent une fatigue musculaire plus rapide lors d’un exercice intense.

Les volontaires rapportaient davantage d’inconfort dans les jambes et plus d’essoufflement avant d’atteindre leur maximum. La brûlure musculaire, la lourdeur ou l’impression de manquer de réserve peuvent donc arriver plus tôt.

Les examens vasculaires ont aussi relevé une moins bonne fonction des artères et des signes d’inflammation. Cette réponse inflammatoire dans l’organisme peut affecter la circulation du sang vers les muscles. Les conséquences à long terme de ces anomalies chez les jeunes restent à préciser.

Une bonne santé apparente au repos ne permet pas toujours de voir les difficultés qui surgissent à l’effort.

Vapoter est-il moins nocif que fumer pour la forme ?

La cigarette classique expose à de nombreux produits toxiques issus de la combustion. La cigarette électronique ne produit pas cette fumée, et elle peut avoir une place dans certaines démarches d’arrêt du tabac chez des fumeurs adultes, sous accompagnement adapté.

Cela ne signifie pas que le vapotage est sans risque. Dans cette étude, les résultats à l’effort des vapoteurs et des fumeurs étaient proches. Elle ne mesure pas toutes les substances inhalées ni tous les effets possibles selon les appareils, les liquides ou la fréquence d’usage.

Une inquiétude particulière pour les non-fumeurs

Le sujet est plus préoccupant lorsque le vapotage commence chez une personne qui n’a jamais fumé. La nicotine peut entraîner une dépendance, tandis que le geste devient facilement banal dans certains groupes de jeunes.

L’étude ne dit pas que vapoter mène systématiquement au tabagisme. Elle montre, en revanche, qu‘une pratique perçue comme moins agressive peut s’accompagner de changements mesurables pendant l’activité physique. Pour un jeune qui souhaite préserver son endurance, le message est simple : ne pas commencer reste le choix le plus protecteur.

Ce que ces résultats ne permettent pas d’affirmer

L’étude compare des groupes à un moment donné. Avec 75 participants, elle ne peut pas prouver que le vapotage ou le tabac explique à lui seul chaque baisse de performance observée. D’autres facteurs, même soigneusement limités, peuvent intervenir.

Les chercheurs prévoient des examens par IRM du cœur, des poumons et des muscles. Ces travaux pourront mieux identifier les mécanismes en cause et déterminer si une amélioration apparaît après l’arrêt du tabac ou de la cigarette électronique.

Pour les fumeurs, arrêter le tabac reste prioritaire. Un médecin, un pharmacien ou un service d’aide au sevrage peut proposer un accompagnement adapté. Un essoufflement inhabituel, une douleur thoracique ou une baisse durable des performances justifient une consultation.

À retenir

Cette étude associe le tabac et le vapotage à une baisse d’environ 15 % de la capacité physique chez de jeunes adultes. Elle rappelle que l’effort peut révéler des fragilités invisibles au repos.

La prévention ne consiste pas à dramatiser chaque usage. Elle consiste à ne pas banaliser la nicotine et à demander de l’aide dès que l’arrêt devient difficile.

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