Troubles du déficit de l’attention (TDAH): un risque accru de démence après 50 ans

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

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Troubles du déficit de l’attention (TDAH): un risque accru de démence après 50 ans
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Une grande étude américaine associe le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) à davantage de troubles cognitifs après 50 ans. Ces résultats éclairent le lien entre TDAH et démence, mais une association statistique ne prouve pas une cause.

Les données médicales et génétiques apportent deux éclairages complémentaires, à examiner avec prudence.

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TDAH et démence : un lien observé après 50 ans

Publiée en 2026 dans JAMA Psychiatry, l’étude porte sur plus de 187 000 adultes âgés de 50 ans et plus. Tous participaient à All of Us, le programme de recherche des National Institutes of Health américains.

Des troubles cognitifs plus fréquents

Selon les résultats présentés par l’université de Pittsburgh, 6,7 % des participants ayant un TDAH ont développé une démence ou un trouble cognitif léger. Cette proportion atteignait 3,4 % chez les participants sans diagnostic de TDAH. Le résultat rassemble donc des troubles de sévérité différente, pas uniquement des démences.

L’association persistait après prise en compte de l’âge, du sexe et d’autres problèmes de santé. Dans l’analyse du risque au fil du temps, le risque ajusté dépassait un facteur quatre. Cette estimation statistique est distincte de la comparaison des deux pourcentages bruts.

Le risque génétique va dans le même sens

Les chercheurs ont aussi calculé un score de risque génétique du TDAH. Il reflète l’association de variantes génétiques courantes avec ce trouble, même sans diagnostic officiel. Les participants au score le plus élevé avaient un risque de démence supérieur de 35 % à ceux au score le plus faible.

Ces données complètent les dossiers médicaux sans établir une cause directe. Un score élevé ne prédit pas le devenir d’une personne. L’équipe de Tharick A. Pascoal avait déjà associé, en 2022, le risque génétique du TDAH à des changements cérébraux liés à Alzheimer chez des adultes sans déficit cognitif.

Ce que l’étude révèle, et ses limites

Pourquoi distinguer association et causalité ? Parce que l’étude observe des liens sans démontrer leur mécanisme. Elle ne montre pas que le TDAH entraîne, à lui seul, une démence. Des facteurs communs pourraient expliquer une partie du résultat.

Un délai de huit ans réduit une explication possible

Certains signes précoces d’une démence, encore non diagnostiquée, pourraient être pris pour un TDAH. Une difficulté d’attention peut apparaître dans plusieurs situations. Les chercheurs ont donc vérifié si la proximité des diagnostics expliquait l’association observée.

Le lien persistait lorsque huit ans au moins séparaient le diagnostic de TDAH du trouble cognitif. Cette vérification, décrite dans le compte rendu des analyses complémentaires, rend cette explication moins suffisante. Elle ne l’écarte toutefois pas totalement, car les dossiers médicaux ne permettent pas de dater chaque symptôme avec certitude.

Des facteurs de santé communs à examiner

La santé cardiovasculaire constitue une autre piste. Elle est associée au TDAH comme au risque de démence. Les recherches devront préciser sa contribution au lien observé. Prendre en compte plusieurs maladies dans un modèle statistique ne suffit pas à identifier tous les mécanismes.

L’effet des médicaments du TDAH, dont les stimulants, reste également inconnu sur le risque de démence à long terme. Ils ne constituent pas une méthode de prévention démontrée. Ces résultats ne justifient donc ni de commencer un traitement dans cet objectif, ni de modifier seul une prescription. Toute décision thérapeutique doit rester liée aux besoins cliniques de la personne.

Un double diagnostic peut alourdir le quotidien

Les chercheurs ont également examiné la situation des participants ayant développé des troubles cognitifs. Ceux qui avaient aussi un TDAH rapportaient une santé mentale et une qualité de vie moins bonnes. Leur satisfaction concernant la vie sociale était également plus faible que celle des participants sans TDAH.

Ces observations concernent les personnes étudiées. Elles ne décrivent pas nécessairement le vécu de chaque adulte présentant les deux troubles. Elles rappellent néanmoins que l’évaluation ne peut pas se limiter aux performances de mémoire. Le bien-être psychologique et les relations sociales comptent aussi dans le suivi.

Le recours aux soins était lui aussi plus important. D’après la synthèse des résultats sur le double diagnostic, ces participants ont utilisé environ 20 % de soins supplémentaires durant l’année suivant le diagnostic cognitif. Ce chiffre décrit une utilisation globale des soins, sans prouver que le TDAH explique seul cette différence.

Suivre sa santé cognitive sans céder à l’inquiétude

Un diagnostic de TDAH ne signifie pas qu’une personne développera une démence. Les chiffres de cette étude décrivent une population, pas un pronostic individuel. Ils ne donnent pas non plus un risque valable pour toute la vie.

En revanche, des changements cognitifs persistants méritent une discussion avec un professionnel de santé. Des oublis nouveaux, une difficulté croissante à organiser le quotidien ou une perte d’autonomie doivent être évalués. L’enjeu est de comprendre ce qui a changé, sans attribuer automatiquement chaque difficulté au TDAH ou à une démence.

Le suivi des facteurs cardiovasculaires garde sa place dans les conseils généraux de santé. Contrôler la tension artérielle et prendre en charge les problèmes de santé connus restent des objectifs utiles. L’étude ne démontre cependant pas que ces mesures réduisent précisément le risque associé au TDAH. D’autres travaux devront déterminer quelles interventions peuvent soutenir le vieillissement cognitif dans cette population.

En quelques mots

Cette étude publiée dans JAMA Psychiatry en 2026, renforce l’association entre TDAH et démence. Les dossiers médicaux et les données génétiques vont dans le même sens, sans démontrer une causalité.

La priorité scientifique reste de comprendre les mécanismes et les facteurs éventuellement modifiables. Des études supplémentaires devront évaluer les pistes de prévention, sans transformer ce signal statistique en prédiction individuelle ou en promesse médicale.

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