Santé mentale des enfants : quand le smartphone grignote leur capacité d’attention
Les collégiens et lycéens passeraient près d’un tiers de leur journée scolaire sur leur smartphone , avec à la clé une attention qui se fragilise

Les enfants ont toujours eu du mal à rester concentrés à l’école. Mais quelque chose a changé. Le smartphone s’est invité en classe, dans la cour, dans les couloirs, et dans la tête des élèves.
Une nouvelle étude vient de chiffrer ce que beaucoup de parents et d’enseignants observent au quotidien. Les collégiens et lycéens passeraient près d’un tiers de leur journée scolaire sur leur smartphone , avec à la clé une attention qui se fragilise et un contrôle de soi qui s’émousse.
La journée de cours parasitée par des micro-notifications
Des chercheurs de l’université de Caroline du Nord ont suivi des élèves de 11 à 18 ans pendant deux semaines, en enregistrant l’usage réel de leur smartphone pendant les heures de classe. Au lieu de se fier aux déclarations des adolescents, l’équipe a collecté des milliers de données en temps réel. Résultat : les élèves consultent leur téléphone toutes les heures, parfois toutes les quelques minutes.
Les chercheurs estiment que les collégiens et lycéens passent au total près d’un tiers de la journée scolaire sur leur appareil, soit plus de deux heures réparties en une multitude de micro-consultations. Une grande partie de ce temps est consacrée aux réseaux sociaux et aux contenus de divertissement, loin des usages scolaires. Chaque vibration, chaque notification coupe le fil de la pensée. L’élève quitte le cours quelques secondes, puis doit se reconnecter à ce que dit l’enseignant. Ces allers-retours répétés fragmentent l’attention et fatiguent le cerveau.
Ce phénomène est d’autant plus problématique qu’il ne s’agit pas seulement d’un excès de “temps d’écran”. L’étude montre que la fréquence des vérifications, ce réflexe de sortir le téléphone et de le consulter sans cesse, est particulièrement liée à une attention plus fragile. Même si le temps total passé sur l’appareil restait modéré, le fait de le regarder très souvent suffit à perturber la concentration.
Quand le contrôle de soi s’érode chez les adolescents
Les auteurs de l’étude se sont intéressés à ce que l’on appelle le contrôle cognitif. Il s’agit de la capacité à rester concentré sur une tâche, à résister aux distractions, à contrôler ses impulsions. Ces compétences sont essentielles pour apprendre, suivre un cours, mais aussi gérer ses émotions au quotidien. Les adolescents qui vérifient le plus souvent leur téléphone présentent des performances plus faibles dans ce domaine.
Selon les chercheurs, le cerveau des jeunes se retrouve plongé dans un environnement où les récompenses rapides sont permanentes. Une vidéo, un message, un like arrivent en quelques secondes. À force, il devient plus difficile de s’investir dans une activité qui demande un effort prolongé, comme écouter un cours de mathématiques ou lire un texte un peu long. Le smartphone encourage une forme de “zapping mental” qui n’est pas sans conséquence pour la santé mentale et scolaire.
Des travaux antérieurs ont déjà montré que l’usage excessif du téléphone peut être associé à plus d’anxiété, de symptômes dépressifs, de troubles du sommeil ou à des difficultés scolaires. Certaines études suggèrent aussi un lien avec les traits du trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), même si le lien de cause à effet reste complexe. Le nouveau travail publié dans JAMA apporte un élément supplémentaire : ce n’est pas seulement la durée, mais la manière d’utiliser le smartphone, en le consultant très fréquemment, qui semble miner la capacité de concentration.
Pour les adolescents les plus vulnérables, déjà sujets à une attention fragile ou à une impulsivité marquée, ce modèle d’usage peut fonctionner comme un amplificateur. Le téléphone devient alors un objet difficile à poser, avec une forme d’habitude proche de l’addiction comportementale pour certains jeunes. Les chercheurs évoquent d’ailleurs la nécessité de mieux prendre en compte ce schéma dans les programmes de prévention et d’accompagnement psychologique.
Familles, écoles : comment reprendre la main
L’étude souligne aussi un point important : le smartphone ne reste pas discret dans un sac. Il est présent dans toutes les heures de la journée, y compris pendant les cours. Certains établissements ont déjà interdit le téléphone en classe ou dans l’enceinte de l’école. D’autres laissent les familles décider, avec des règles très variables. Les auteurs estiment que ces résultats soutiennent des politiques plus fermes pour limiter l’accès aux smartphones au moins pendant les temps d’apprentissage.
Pour autant, l’objectif n’est pas de diaboliser la technologie. Loin de là. Les chercheurs rappellent que les outils numériques peuvent aussi soutenir l’apprentissage lorsqu’ils sont utilisés de façon ciblée, par exemple pour des exercices interactifs ou des recherches encadrées. L’enjeu est de réduire le défilement passif sur les réseaux sociaux en plein cours, pas de bannir toute forme d’écran. Ils insistent sur l’importance d’éduquer les jeunes au fonctionnement de leur attention, au rôle des notifications et à l’impact des interruptions répétées sur leur mémoire.
Dans les familles, des règles simples peuvent aider à limiter l’emprise du smartphone. Fixer des moments sans téléphone (repas, devoirs, soirée), désactiver certaines notifications, laisser l’appareil hors de la chambre la nuit sont des pistes souvent conseillées par les pédopsychiatres. Les parents peuvent aussi donner l’exemple en évitant de consulter leur propre téléphone en permanence devant leurs enfants. Un cadre clair et cohérent rassure l’adolescent, même s’il proteste au départ.
Les professionnels de santé, médecins généralistes, pédiatres, psychologues peuvent jouer un rôle en posant des questions précises sur l’usage du smartphone en consultation. Combien de fois par jour l’adolescent regarde-t-il son téléphone en cours ? A-t-il du mal à s’en séparer ? Ce type d’échanges ouvre la porte à une discussion sur l’attention, le sommeil, l’anxiété, la performance scolaire. Pour certains jeunes en difficulté, un accompagnement ciblé sur la gestion du temps d’écran peut compléter utilement le suivi psychologique ou pédagogique.
Vers une nouvelle hygiène numérique pour protéger le cerveau des jeunes
Les auteurs de l’étude, publiée dans JAMA Network Open, appellent à penser autrement les politiques autour du smartphone à l’école. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le nombre d’heures d’écran, ils suggèrent de s’attaquer aux comportements de vérification répétée. L’idée serait de limiter l’accès aux applications les plus “capturantes” comme certains réseaux sociaux ou jeux, au moins pendant les heures de classe, pour réduire la fragmentation de l’attention.
Cette réflexion va au-delà des murs de l’école. Elle interroge notre rapport collectif aux notifications, aux interruptions, à la disponibilité permanente. Les adolescents grandissent dans un environnement où l’attente n’existe presque plus. Or, le développement du cerveau a besoin de moments de concentration prolongée, d’ennui créatif, de relations sans écran. Préserver ces espaces devient une forme d’hygiène de vie aussi importante que l’alimentation ou le sommeil.
Pour la santé des enfants et des adolescents, la question n’est plus de savoir s’il faut autoriser ou non le smartphone. Elle est de trouver comment le rendre compatible avec une bonne santé mentale, un apprentissage efficace et des liens sociaux de qualité. Les résultats de cette étude apportent une alerte chiffrée, mais aussi une opportunité : celle d’ouvrir un dialogue entre parents, enseignants, élèves et soignants, afin de définir ensemble des règles plus protectrices.
À retenir
Les données récentes montrent que les collégiens et lycéens passent près d’un tiers de leur journée scolaire sur leur smartphone, souvent pour les réseaux sociaux et le divertissement. Cette utilisation fréquente, faite de vérifications répétées, est associée à une attention plus fragile et à un contrôle de soi diminué, deux éléments clés pour la réussite scolaire et la santé mentale.
Pour protéger le cerveau en développement des jeunes, limiter le téléphone pendant les cours, réduire les notifications, instaurer des moments sans écran et renforcer l’éducation au numérique sont des pistes centrales. L’objectif n’est pas de bannir la technologie, mais de l’intégrer dans la vie des enfants sans sacrifier leur capacité de concentration et leur équilibre psychique.
Cet article a été élaboré avec le soutien d’un outil d’intelligence artificielle. Il a ensuite fait l’objet d’une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux.
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