Risques de complications de grossesse : en cause la sédentarité
De nouvelles recherches suggèrent que bouger davantage est crucial pour le bon déroulement de la grossesse.
Une nouvelle étude révèle que des femmes enceintes, qui bougeaient davantage et restaient moins assises durant la journée, présentaient un risque de complications de grossesse jusqu’à 50 % inférieur à celui de femmes plus sédentaires. Les résultats suggèrent que tout mouvement est bénéfique pour une grossesse en bonne santé, même se tenir debout. Ces conclusions sont importantes car de plus en plus de femmes entament une grossesse avec des facteurs de risque initiaux plus élevés. Les complications possibles sont la prééclampsie, l’hypertension artérielle pendant la grossesse, dont les conséquences vont au-delà.
Les directives actuelles recommandent aux femmes enceintes d’essayer de pratiquer au moins 150 minutes d’activité aérobique d’intensité modérée chaque semaine, si elles en sont capables. Mais tout le monde ne peut pas atteindre cet objectif, ou ne se sent pas à l’aise pour faire de l’exercice à une intensité plus soutenue au moment où le corps change autant. Ces nouvelles conclusions fournissent des recommandations d’exercice accessible aux futures mamans, scientifiquement fondées. L’auteure principale de l’étude, Bethany Barone Gibbs, doctorante et présidente du département d’épidémiologie et de biostatistique à l’Université de Virginie-Occidentale à Morgantown, déclare que ce sont les premières preuves que rester moins assise et bouger plus participe à prévention de la prééclampsie et d’autres complications de grossesse.
Comment cette étude sur les risques de complications de la grossesse a-t-elle été menée ?
470 futures mères ont suivi leur niveau d’activité à l’aide de capteurs d’activité tout au long de la grossesse entre 2021 et 2025. Âgées de 31 ans en moyenne, elles étaient toutes à moins de 13 semaines de grossesse au début de l’étude.
Les participantes ont surveillé leur temps passé assise, l’activité physique d’intensité légère et le nombre de pas quotidiens réalisés pendant chaque trimestre de la grossesse. En moyenne, les participantes ont :
- passé la majorité de leur temps à être sédentaires, soit environ 10,1 heures par jour,
- pratiqué 4,6 heures d’activité physique légère,
- fait environ 6 800 pas par jour,
- connu pour 37 % d’entre elles une forme de complication de grossesse,
- souffert pour 18 % d’un trouble hypertensif de la grossesse, comme la prééclampsie.
En comparant les données d’activité avec les informations sur les complications de grossesse survenues chez ces femmes, notamment le diabète gestationnel, l’accouchement prématuré et la prééclampsie, les chercheurs ont découvert que :
- les femmes qui obtenaient des scores élevés et très élevés de temps passé assise (jusqu’à près de 12 heures par jour) présentaient un risque de complications de grossesse plus de deux fois supérieur à celui de celles qui s’asseyaient très peu (moins de sept heures par jour),
- les femmes qui obtenaient des scores très élevés d’activité physique légère chaque jour (environ sept heures quotidiennes) présentaient un risque de complications de grossesse réduit de moitié par rapport à celles qui pratiquaient le moins d’activité légère (environ trois heures),
- celles qui effectuaient un nombre de pas quotidiens modéré et élevé (jusqu’à environ 12 000) présentaient moins de complications de grossesse par rapport à celles qui faisaient environ 4 000 pas par jour.
Les résultats suggèrent que « l’optimisation des modes d’activité d’intensité plus légère devrait être rigoureusement testée comme stratégie pour améliorer la santé pendant la grossesse » ont conclu les chercheurs.
Qu’appelle-t-on exercice d’intensité légère dans le cadre de la grossesse ?
L’exercice d’intensité légère englobe la plupart des activités de la vie quotidienne, explique la Dre Gibbs : tout ce qui n’est pas la position assise, même rester debout est bénéfique.
Cela peut-être ces exemples de mouvements d’intensité légère :
- jouer avec des enfants,
- faire les courses,
- promener le chien,
- bouger en parlant au téléphone,
- vider le lave-vaisselle,
- faire le tour du pâté de maisons.
La position assise prolongée pendant une heure ou plus d’affilée était la plus risquée. La musculation et l’entraînement de résistance peuvent également être bénéfiques pendant la grossesse, ajoute la Dre Gibbs. Une analyse scientifique récente de 50 études menées dans 14 pays a conclu que l’entraînement de résistance présente des avantages significatifs pour la santé pendant la grossesse.
Quel est l’impact d’un peu d’activité pendant la grossesse ?
Les données suggèrent qu’un mouvement régulier peut contribuer à réduire la perspective de complications de la grossesse.
Les femmes enceintes inquiètes de pratiquer de l’exercice physique peuvent être plus motivées à faire des mouvements du quotidien, plus faciles à réaliser, déclare la Dre Meleen Chuang, cheffe par intérim du service d’obstétrique à NYU Langone Health à New York. Ces résultats sont significatifs car de plus en plus de femmes entament une grossesse avec des risques initiaux de complications plus élevés (obésité, hypertension artérielle et modes de vie généralement moins actifs).
Les recommandations actuelles d’exercice mettent souvent l’accent sur l’activité modérée à vigoureuse, mais de nombreuses femmes enceintes peuvent avoir du mal à atteindre ces objectifs à cause de fatigue, nausées, limitations physiques, horaires de travail ou préoccupations concernant la sécurité. Cette étude montre que même les mouvements de plus faible intensité peuvent être bénéfiques.
Les conclusions dressent également un tableau clair de ce que les femmes peuvent faire pour réduire leur risque de complications de grossesse, affirme la Dre Kamilah Dixon, professeure agrégée d’obstétrique et de gynécologie à l’Université d’État de l’Ohio à Westerville. De plus en plus de patientes présentent des risques de grossesse défavorables, et la question se pose toujours de savoir comment les prévenir. Des recommandations d’activité physique aux patientes à faire pendant la grossesse pourraient les aider à diminuer leurs risques.
Quelles sont les forces et les limites de cette étude ?
L’étude, observationnelle, ne prouve pas qu’être plus active réduit le risque de complications de la grossesse. Elle constate simplement un lien entre les deux.
Cependant, la recherche a observé les niveaux d’activité des futures mamans tout au long de la grossesse à l’aide de capteurs d’activité, une méthode plus fiable que le déclaratif des participantes sur leur niveau d’activité.
Les participantes à l’étude, réalisée aux USA, présentaient une diversité raciale et ethnique limitée. Elles tendaient à être des volontaires en bonne santé, selon les chercheurs. Par conséquent, l’étude devrait être conduite auprès d’un groupe de participantes plus large et plus diversifié.
Comment continuer à bouger durant la grossesse ?
Il faut faire simple. Il existe plusieurs façons d’être active : l’exercice modéré à vigoureux devrait rester une priorité mais une activité non formelle tout au long de la journée apporte aussi des bénéfices.
S’il est important de bouger pendant la grossesse, il est essentiel d’écouter son corps. Les changements physiologiques ne permettent pas de faire les mêmes choses qu’avant mais il faut tout de même s’efforcer de rester active.
L’exercice pendant la grossesse n’a pas besoin d’être un entraînement complet en salle de sport. Les petites habitudes durables sont bénéfiques et devraient se prolonger durant la période post-partum. Il faut s’efforcer de moins s’asseoir et bouger plus. Réussir à planifier une séance à la salle de sport peut être difficile, mais les mouvements du quotidien, plus agréables, peuvent s’intégrer facilement dans l’emploi du temps, conclut la Dre Gibbs.
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