Parkinson et intestin: des cellules immunitaires pourraient transporter la maladie jusqu’au cerveau
Une étude révèle que des cellules immunitaires de l’intestin aideraient des protéines toxiques à remonter vers le cerveau favorisant la maladie de Parkinson

Et si la maladie de Parkinson ne commençait pas dans le cerveau, mais dans le ventre? Cette idée circule depuis des années, surtout parce que certains troubles digestifs apparaissent très tôt chez de nombreuses personnes.
Un nouveau résultat vient donner un mécanisme possible: des cellules immunitaires de l’intestin aideraient des protéines toxiques, comme l’alpha-synucléine, à remonter vers le cerveau. Les données viennent d’une étude chez la souris menée au UK Dementia Research Institute at UCL, publiée dans Nature en 2026. À la clé, un espoir réaliste (sans promesse): améliorer le diagnostic précoce et imaginer des traitements avant l’arrivée des troubles moteurs liés à la maladie de Parkinson
Ce que les chercheurs ont observé: des cellules du système immunitaire servent de « transport »
Pour comprendre l’intérêt de cette étude, il faut garder une idée simple en tête: l’intestin et le cerveau communiquent en permanence. Ce dialogue passe par des nerfs, des hormones, et aussi par l’immunité. Dans ce contexte, les scientifiques ont testé un scénario précis chez la souris, afin d’expliquer comment une atteinte qui démarre dans le tube digestif pourrait finir par toucher le système nerveux.
Le cœur de l’observation repose sur des cellules immunitaires présentes dans la paroi intestinale. En temps normal, elles protègent l’organisme et évacuent les déchets. Ici, elles semblent aussi participer, malgré elles, à la circulation d’une protéine liée à Parkinson.
Le modèle est expérimental, et il faut rester prudent: une souris n’est pas un humain, et un mécanisme plausible n’est pas encore une preuve clinique. Mais le résultat apporte une pièce manquante: un mode de transport biologique crédible, avec des acteurs identifiés, et des effets mesurables sur le cerveau et sur le mouvement.
L’alpha-synucléine, la protéine qui se replie mal et pose problème
L’alpha-synucléine est une protéine naturellement présente dans l’organisme, en particulier dans le système nerveux. Le problème apparaît quand elle se replie mal, s’agrège, et devient toxique, un phénomène associé à Parkinson.
Dans l’étude, les chercheurs ont utilisé de très petites quantités d’alpha-synucléine mal conformée, isolée à partir de cerveaux de personnes décédées avec Parkinson. Ils l’ont ensuite déposée dans l’intestin grêle de souris, puis ils ont suivi son trajet au fil du temps. L’objectif n’était pas de « créer » Parkinson, mais d’observer comment une forme toxique de la protéine peut se déplacer dans un organisme vivant.
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Les macrophages intestinaux l’avalent, puis se dérèglent
Les macrophages sont souvent décrits comme des éboueurs du corps. Ils engloutissent des microbes, des débris et des protéines anormales. Dans cette expérience, des macrophages intestinaux ont bien capté l’alpha-synucléine.
Le point marquant est ce qui suit: une fois chargés en alpha-synucléine, ces macrophages montrent des signes de dysfonctionnement interne. Leur système de « tri et broyage » (les lysosomes, des compartiments cellulaires qui dégradent les déchets) semble moins efficace. Imaginez un centre de recyclage dont les machines s’enrayent, les sacs s’accumulent, et une partie finit par ressortir au lieu d’être détruite. Ce type de panne peut favoriser la persistance de la protéine, et son transfert à d’autres cellules.
Du ventre au cerveau: comment la chaîne « macrophages, cellules T » pourrait faire avancer Parkinson
Cette étude propose une chaîne d’événements cohérente le long de l’axe intestin-cerveau. Elle s’inscrit aussi dans un fait clinique souvent rapporté: certains circuits nerveux liés au tube digestif semblent atteints tôt dans Parkinson.
Un point anatomique aide à comprendre: le nerf vague relie directement l’intestin au tronc cérébral. L’une des régions touchées précocement dans Parkinson est le noyau moteur dorsal du nerf vague, un carrefour entre fonctions digestives et contrôle nerveux. Cela ne prouve pas une origine intestinale dans tous les cas, mais cela rend l’hypothèse crédible, surtout pour les formes dites « corps d’abord ».
Dans le modèle animal, le trajet proposé ressemble à une chaîne logistique, avec un premier relais immunitaire dans l’intestin, puis un second relais qui atteint le cerveau.
- Des macrophages intestinaux captent l’alpha-synucléine et fonctionnent moins bien.
- Ils envoient des signaux immunitaires qui activent d’autres cellules.
- Des cellules T (immunité adaptative) sont « éduquées » par ce contexte intestinal.
- Ces cellules T migrent ensuite, et on les retrouve du côté du cerveau.
Le message est clair: l’immunité n’est pas un simple témoin. Elle peut participer au trajet de la maladie.
Les macrophages envoient un signal, puis des cellules T voyagent jusqu’au cerveau
Les cellules T sont des cellules de défense qui apprennent à reconnaître des menaces, puis circulent dans l’organisme. Dans l’étude, les macrophages intestinaux, après contact avec l’alpha-synucléine, semblent déclencher une réponse qui influence des cellules T.
Ces cellules T « marquées » par l’environnement intestinal peuvent ensuite se déplacer vers le cerveau. C’est une piste forte, parce qu’elle relie deux mondes souvent étudiés séparément: la biologie de l’intestin et l’inflammation cérébrale. À ce stade, il s’agit d’un mécanisme établi chez la souris, qui doit encore être confirmé et détaillé chez l’humain.
Pourquoi les signes digestifs peuvent arriver bien avant les tremblements
Beaucoup de personnes atteintes de Parkinson rapportent des symptômes digestifs des années avant les signes moteurs. Les études antérieures ont souvent trouvé une fréquence élevée de troubles intestinaux précoces, comme la constipation, parfois très longtemps avant le diagnostic.
On parle aussi de profils « corps d’abord » et « cerveau d’abord ». Dans le profil corps d’abord, l’atteinte démarrerait plus volontiers dans le système nerveux périphérique ou l’intestin, puis remonterait. Ce profil représenterait environ deux tiers des cas, selon des travaux cités par les auteurs. Le profil « cerveau d’abord » existerait aussi, ce qui rappelle une réalité importante: Parkinson n’est pas une seule trajectoire identique pour tout le monde.
Ce que cela peut changer demain: dépistage plus tôt et nouveaux traitements
Si l’intestin et l’immunité participent au démarrage de certaines formes de Parkinson, cela ouvre deux pistes concrètes: agir plus tôt, et repérer plus tôt. Les auteurs insistent sur un point de bon sens: la maladie avance lentement, souvent sur des décennies. Un petit gain de temps au début peut compter.
Bien sûr, transformer une observation chez la souris en traitement humain prend du temps. Il faut vérifier la sécurité, identifier les bons patients (par exemple « corps d’abord »), et comprendre les effets à long terme. Mais l’intérêt est de disposer de cibles biologiques plus précises que des idées générales sur « l’inflammation ».
Bloquer la propagation en agissant sur les macrophages intestinaux
Dans l’expérience, les chercheurs ont réduit le nombre de macrophages intestinaux avant l’exposition à l’alpha-synucléine. Résultat: moins de propagation de la protéine vers le cerveau, des niveaux cérébraux plus faibles d’alpha-synucléine toxique, et une amélioration des performances motrices chez la souris.
L’idée n’est pas forcément de supprimer ces cellules (elles sont utiles), mais de trouver comment intervenir tôt: limiter leur migration, corriger leur fonctionnement lysosomal, ou empêcher une réponse immunitaire qui devient mal orientée. Cela revient à remettre de l’ordre dans le service de nettoyage, plutôt que de fermer le service.
Des prises de sang basées sur l’inflammation, une piste pour repérer tôt
L’équipe souhaite aussi étudier des marqueurs sanguins liés à l’inflammation comme outils de repérage précoce. Une prise de sang ne dira pas à elle seule « vous aurez Parkinson », mais elle pourrait aider à identifier des profils à risque, surtout si elle s’intègre à d’autres signaux (symptômes digestifs persistants, sommeil, odorat, antécédents).
Ce type de stratégie colle à la réalité clinique: quand les tremblements apparaissent, une partie des neurones est déjà atteinte. Un test plus tôt pourrait changer le suivi, la prévention des complications, et, à terme, l’accès à des traitements ciblant les premières étapes.
En quelques lignes
Cette étude de 2026 renforce une hypothèse forte: dans certaines formes de Parkinson, des macrophages intestinaux et des cellules T pourraient aider l’alpha-synucléine à progresser le long de l’axe intestin-cerveau. Elle suggère aussi des pistes pratiques, comme des actions immunitaires précoces et des marqueurs sanguins d’inflammation pour mieux repérer les trajectoires « corps d’abord ». Les résultats sont solides chez la souris, mais des études chez l’humain restent indispensables avant d’en tirer des recommandations médicales. En cas de symptômes persistants, digestifs ou moteurs, le bon réflexe reste d’en parler à un professionnel de santé.