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Hypertension: un bain chaud peut-il vraiment faire baisser la tension ?

Oui en cas d'hypertension, un bain chaud peut faire baisser la tension artérielle, surtout sur le moment, et parfois après plusieurs semaines chez des personnes âgées

Et si un simple bain chaud aidait à faire baisser la tension artérielle ? L’idée paraît séduisante, surtout quand on manque de temps, ou d’énergie, pour bouger plus.

Les études décrivent bien une baisse de tension juste après l’immersion, mais les effets dans la durée restent inégaux, selon les personnes et selon la façon de mesurer la tension. Dans tous les cas, un bain chaud peut compléter les traitements et l’activité physique, sans les remplacer.

Ce que la science montre vraiment sur les bains chauds et l’hypertension

L’immersion en eau chaude, le plus souvent autour de 39 à 40 °C, provoque presque toujours un effet immédiat. Pendant le bain, puis dans la période qui suit, la pression artérielle a tendance à diminuer chez beaucoup de gens. C’est l’équivalent d’un relâchement temporaire, comme si les artères “desserraient un peu la ceinture”.

Quand on regarde l’effet durable, sur plusieurs semaines, l’image devient plus nuancée. Une méta-analyse récente a bien retrouvé une baisse moyenne de la tension systolique d’environ 2 mmHg après des programmes de bains chauds, mais cette estimation repose sur peu d’études, et donc sur une base fragile. À l’inverse, certaines équipes rapportent des baisses plus marquées, surtout dans des groupes cliniques.

Selon une revue scientifique parue début 2026 dans le Journal of Applied Physiology, des essais menés chez des personnes plus âgées, parfois suivies pour d’autres problèmes (comme l’arthrose), décrivent des diminutions qui peuvent approcher 9 à 14 mmHg pour la systolique, et 4 à 9 mmHg pour la diastolique, après plusieurs semaines d’immersion répétée. Ces chiffres attirent l’attention, parce qu’ils ressemblent à l’ordre de grandeur recherché en prévention cardiovasculaire. Malgré tout, les protocoles varient beaucoup, tout comme les profils des participants.

Le point qui revient sans cesse, c’est la qualité de la mesure. Beaucoup d’études utilisent la tension au repos, prise au cabinet ou au domicile. Or, la méthode de référence pour juger un effet “réel” dans la vie quotidienne reste la mesure ambulatoire sur 24 heures. Sur ce critère plus exigeant, les preuves sont moins nombreuses, et parfois décevantes.

Un bain chaud fait souvent baisser la tension à court terme, mais l’effet au long cours dépend du profil, et de la façon dont on mesure.

Qui semble en bénéficier le plus, et qui voit peu de changement ?

Toutes les hypertensions ne se ressemblent pas, et les bains chauds non plus. Les données disponibles suggèrent des effets plus réguliers chez les personnes âgées, et chez celles qui prennent déjà un traitement antihypertenseur. Dans un sous-groupe d’un essai chez des adultes plus âgés, les participants hypertendus sous médicaments ont vu leur tension au repos diminuer nettement après un programme de 12 semaines, alors que les participants sans hypertension ne changeaient presque pas. Cette différence est importante, parce qu’elle évoque un effet “conditionnel”, qui apparaît surtout quand le terrain s’y prête.

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À l’opposé, chez les jeunes adultes en bonne santé, les résultats sont souvent modestes. Même avec des séances longues, certaines études ne retrouvent que de petites variations. Il faut aussi parler des personnes avec hypertension non traitée, car on pourrait croire qu’elles répondent mieux. Or, un essai clinique bien conduit, avec 8 à 10 semaines d’immersion, a évalué la tension avec un enregistrement ambulatoire sur 24 heures, et n’a pas montré de baisse durable chez ces adultes non traités. Détail troublant, le groupe “exercice” du même essai n’a pas non plus amélioré la mesure ambulatoire, ce qui rappelle qu’il existe des situations où l’intervention, même logique, ne suffit pas.

Cette variabilité mène à une idée simple, mais parfois oubliée. La réponse est individuelle. Certaines personnes “répondent” avec une baisse visible, d’autres non. L’âge, la rigidité des artères, la forme physique, le traitement en cours, et même le contexte de la séance (fatigue, hydratation, température de la pièce) peuvent jouer. Tant que les essais de grande taille, avec mesures sur 24 heures, restent rares, il faut accepter une part d’incertitude.

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Pourquoi un bain chaud peut faire baisser la tension, au moins pendant un moment

L’explication la plus directe tient à la chaleur. Quand la température corporelle monte, les vaisseaux de la peau se dilatent, le flux sanguin vers la périphérie augmente, et la résistance des artères baisse. Résultat, la pression artérielle diminue souvent, surtout pendant l’immersion et juste après. Des travaux comparant plusieurs températures suggèrent aussi que l’eau vraiment chaude (autour de 40 °C) déclenche plus de bénéfices vasculaires immédiats qu’une eau tiède proche de la neutralité.

L’immersion ajoute un autre élément, la pression de l’eau. Elle comprime légèrement les tissus, favorise le retour veineux vers le cœur, et modifie la distribution du sang. Ce n’est pas qu’un “chauffage”, c’est un changement de mécanique circulatoire, un peu comme si le corps recevait une aide externe pour faire circuler les volumes.

Dans la durée, les chercheurs évoquent plusieurs pistes, sans pouvoir tout verrouiller. L’augmentation du frottement du sang sur la paroi (le “shear stress”) pourrait stimuler des signaux vasculaires bénéfiques. On parle souvent de l’oxyde nitrique, messager qui aide les artères à se relâcher. D’autres travaux décrivent des adaptations liées au stress oxydant et à l’inflammation, avec une hausse de protéines de protection cellulaire (les “heat shock proteins”) et une baisse de certains signaux pro-inflammatoires dans des modèles humains.

Le système nerveux autonome entre aussi en jeu. Après des bains répétés, certaines études observent une baisse de l’activité sympathique (la branche “accélérateur”) et une bascule vers un état plus calme. Les reins et les hormones participent également, via des ajustements de volume sanguin, de sel, et d’hormones comme l’aldostérone ou le peptide natriurétique. Enfin, une hausse de facteurs liés à la croissance vasculaire, comme le VEGF, a été observée après plusieurs semaines dans certains protocoles. On ne peut pas promettre un résultat, mais la piste reste intéressante.

Comment essayer sans se mettre en danger : une routine simple et prudente

Si vous envisagez d’utiliser le bain chaud pour aider votre tension artérielle, l’objectif n’est pas de “tenir le plus longtemps possible”. Mieux vaut raisonner comme pour une marche régulière, on cherche une habitude supportable, répétable, et sûre.

Les protocoles souvent étudiés tournent autour de 39 à 40 °C. Cette zone est chaude, mais généralement mieux tolérée que les bains très chauds à 42 à 43 °C, associés à plus de malaises, surtout chez les personnes âgées. Côté durée, 20 à 30 minutes sert souvent de repère pragmatique. Des travaux montrent qu’un temps plus long peut accentuer la baisse pendant l’immersion, mais les adaptations sur plusieurs semaines ne suivent pas toujours une logique “plus c’est long, mieux c’est”. Dans une étude chez des personnes hypertendues, des immersions de 20 minutes et de 40 minutes ont produit des effets proches sur la tension mesurée sur 24 heures après la séance, ce qui rappelle qu’on ne gagne pas forcément à pousser la dose.

Pour savoir si vous faites partie des personnes qui répondent, une approche simple consiste à observer votre propre courbe. Prenez votre tension au calme, avant le bain, puis à distance, par exemple 30 à 60 minutes après, quand vous êtes de nouveau assis et stable. Notez aussi les sensations, chaleur supportable, tête légère, fatigue, palpitations. Cette démarche n’a rien d’un diagnostic, mais elle aide à repérer une baisse excessive, ou au contraire l’absence totale d’effet.

La sécurité se joue souvent à la sortie du bain. Relevez-vous lentement, asseyez-vous au bord, puis levez-vous. Buvez de l’eau, avant et après, parce que la chaleur favorise la déshydratation. Si vous vous sentez vaseux, stoppez la séance. Une autre astuce consiste à ne pas immerger tout le corps au début, ou à garder les avant-bras hors de l’eau, afin de limiter le stress thermique.

Signaux d’alerte et personnes qui doivent demander un avis médical

Le risque principal, ce n’est pas “la tension trop haute”, c’est la chute de tension et le malaise. Les vertiges après l’immersion peuvent mener à une chute, donc à une fracture, surtout chez les seniors. Les accidents domestiques liés au bain existent, et au Japon, les autorités ont même décrit un nombre très élevé de décès accidentels à domicile pendant la saison froide, surtout chez les personnes âgées. Le scénario typique associe une pièce froide, une immersion très chaude, puis un malaise au moment de se relever.

Certaines situations justifient un avis médical avant d’essayer un protocole régulier. C’est le cas si vous avez déjà fait des syncopes, si vous avez des troubles du rythme, une maladie cardiaque instable, ou une difficulté à réguler la chaleur (certaines neuropathies, certains troubles neurologiques). La prudence s’impose aussi en cas de déshydratation, de fièvre, ou de consommation d’alcool, car ces facteurs augmentent le risque d’hypotension. Pendant la grossesse, mieux vaut demander un avis, parce que la tolérance à la chaleur varie, et que l’objectif reste la sécurité.

Enfin, point essentiel, ne changez jamais vos médicaments antihypertenseurs sans votre médecin. Un bain chaud peut déplacer les chiffres, mais il ne remplace ni le suivi, ni l’ajustement thérapeutique.

Le bon bain, c’est celui qu’on tolère bien, et qu’on peut répéter sans malaise.

Bain chaud, sport et médicaments : comment les combiner intelligemment

L’immersion en eau chaude se présente mieux comme un complément que comme un traitement. L’activité physique reste le socle, parce qu’elle améliore la forme cardio-respiratoire, le poids, la glycémie, l’humeur, et la santé vasculaire au sens large. Un bain chaud ne reproduit pas tout ça. La contrainte cardiaque pendant l’immersion peut d’ailleurs être plus faible que pendant l’exercice, ce qui peut convenir à certains profils, mais limite aussi les adaptations “d’entraînement” du cœur.

Cela dit, des recherches suggèrent une association intéressante. Dans des groupes d’adultes d’âge moyen peu actifs, l’exercice suivi d’une immersion chaude a parfois mené à des baisses de tension plus marquées que l’exercice seul. L’idée ressemble à un double signal, d’abord l’effort, puis la chaleur, qui prolongerait la vasodilatation et la phase de récupération. Dans une étude, la baisse de tension après plusieurs semaines était plus forte avec cette combinaison qu’avec l’exercice accompagné d’une immersion tiède.

L’autre intérêt concerne l’adhésion. Des participants décrivent souvent les bains comme agréables, donc plus faciles à maintenir, au moins dans un cadre encadré. Pour une personne qui a du mal à atteindre les recommandations d’activité, ajouter des bains chauds peut servir de “petite marche” vers une routine de santé plus large, à condition de rester raisonnable et régulier.

Le message à garder en tête reste simple. Si vous êtes hypertendu, visez d’abord un plan classique, alimentation adaptée, marche, sommeil, traitement si nécessaire, auto-mesure à domicile. Ensuite, ajoutez le bain chaud comme une option, pas comme une échappatoire.

Et si le vrai plus, c’était aussi le sommeil et le stress ?

La tension artérielle réagit au stress, comme un baromètre qui se dérègle quand la météo nerveuse s’installe. Mauvais sommeil, anxiété, surcharge mentale, ces facteurs augmentent souvent les chiffres, surtout le soir et au réveil. Dans ce contexte, les bains chauds intéressent aussi pour leurs effets indirects.

Des études, parfois pilotes, rapportent une amélioration du sommeil après des bains hyperthermiques, ainsi qu’une baisse de certains marqueurs biologiques liés au stress. D’autres travaux évoquent une amélioration du bien-être, parfois liée au calme du moment, à la routine, ou au côté social dans les bains collectifs. On ne peut pas dire que ces effets “guérissent” l’hypertension, mais ils peuvent faciliter le contrôle de la tension, parce qu’ils agissent sur des déclencheurs très concrets.

Il faut aussi rester lucide. Une immersion tiède, ou à l’opposé dans un bain froid, un temps de repos, une lumière douce, peuvent déjà calmer le système nerveux. Certaines études ont même observé des baisses sur 24 heures après une immersion à température neutre, proche de 36,5 °C. Cela suggère que la détente, la pression de l’eau, et la pause imposée comptent aussi, parfois autant que la chaleur.

À retenir

Oui, un bain chaud peut faire baisser la tension artérielle, surtout sur le moment, et parfois après plusieurs semaines chez des personnes âgées ou déjà traitées. Pourtant, les preuves restent incomplètes, parce que les essais sont souvent petits, et que la mesure sur 24 heures manque encore dans beaucoup de protocoles. Le meilleur plan reste de bouger, suivre son traitement, et surveiller sa tension à domicile. Si vous testez les bains, faites-le avec prudence, et demandez un avis médical au moindre doute.

 

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