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Alors que la dengue se propage dans le monde, le paludisme a longtemps reculé grâce aux interventions sanitaires. Ces trajectoires montrent que le climat compte, mais que la prévention, l’urbanisation et l’accès aux soins pèsent aussi sur les infections.
Pour comprendre cet écart, il faut regarder les moustiques concernés et les moyens disponibles pour interrompre la transmission.
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Pourquoi la dengue se propage-t-elle alors que le paludisme a décliné ?
La dengue est une infection virale transmise par les moustiques Aedes. Le paludisme est provoqué par des parasites, les Plasmodium, transmis par les Anopheles. Ces différences biologiques influencent les outils de prévention et les possibilités de traitement.
Des moyens de lutte plus établis contre le paludisme
Les traitements antipaludiques, les moustiquaires imprégnées et les pulvérisations d’insecticide à l’intérieur des logements ont réduit la transmission. Les moustiquaires protègent pendant le sommeil, lorsque de nombreux Anopheles piquent.
Le rapport mondial sur le paludisme de l’OMS rappelle toutefois la fragilité de ces progrès. L’incidence mondiale est passée de 79 à 59 cas pour 1 000 personnes exposées entre 2000 et 2015. Elle est remontée à 64 en 2024. Le recul historique masque donc des reprises régionales.
Une prévention plus difficile contre les moustiques de la dengue
Les Aedes piquent souvent pendant la journée. Les moustiquaires utilisées la nuit offrent donc une protection moins adaptée contre la dengue.
Des vaccins existent, mais leur utilisation dépend de l’âge et du contexte épidémiologique. Les stratégies fondées sur Wolbachia, une bactérie qui peut réduire la transmission du virus par les moustiques, ont obtenu des résultats encourageants dans certains territoires. Leur déploiement reste inégal et leur efficacité ne peut être présumée partout.
Comment le climat et les villes modifient-ils le risque d’infection ?
La chaleur accélère le développement des moustiques et des agents infectieux, jusqu’à certains seuils. L’humidité favorise leur survie. Les pluies peuvent créer des gîtes larvaires, mais des précipitations intenses peuvent aussi emporter les larves.
La sécheresse peut encourager le stockage domestique de l’eau. El Niño modifie les températures et les précipitations, avec des effets variables selon les régions. Ces conditions créent un potentiel de transmission, sans déterminer seules les épidémies.
La dengue gagne des zones tempérées et de plus haute altitude
Une synthèse publiée dans Science Advances en 2026 rapporte une extension des zones climatiquement favorables à la dengue. Entre les périodes 1951 à 1960 et 2015 à 2024, cette progression atteint 12 % pour Aedes aegypti et 49 % pour Aedes albopictus.
Les augmentations estimées sont plus modestes pour le paludisme : 2 % pour Plasmodium falciparum et 1,8 % pour Plasmodium vivax. Ces chiffres décrivent une convenance climatique, pas une hausse équivalente des infections. Des saisons favorables plus longues peuvent faciliter la transmission dans des régions tempérées ou en altitude.
L’urbanisation crée des gîtes différents pour chaque moustique
Les récipients, pneus abandonnés et réserves d’eau offrent aux Aedes de nombreux sites de reproduction en ville. La densité humaine facilite ensuite les contacts entre moustiques et personnes infectées.
L’urbanisation peut réduire certains habitats naturels d’Anopheles, sans protéger toutes les villes. La progression d’Anopheles stephensi en Afrique complique cette distinction. Ce vecteur du paludisme peut se reproduire dans des réserves d’eau artificielles et accroître le risque de transmission urbaine. Les stratégies doivent donc suivre les espèces présentes localement.
Les conditions sociales et les crises peuvent changer la donne
Les crises fragilisent les logements et l’accès aux soins
La pauvreté, les déplacements de population et les conflits modifient l’exposition aux moustiques. Ils peuvent aussi interrompre les programmes de prévention. La résistance aux insecticides réduit l’efficacité de certains outils, tandis que des services de santé débordés retardent le diagnostic.
Les inondations de 2022 au Pakistan ont accompagné une forte augmentation du paludisme. Au Pérou, les pluies extrêmes ont contribué à l’épidémie de dengue de 2023. Les logements endommagés, les eaux stagnantes et les interruptions de soins expliquent une partie de ces conséquences. Une attribution au seul réchauffement serait insuffisante.
Les chiffres mondiaux ne racontent pas toute l’histoire
Selon l’OMS, de nombreuses infections par la dengue restent asymptomatiques ou peu symptomatiques. Elles échappent souvent au comptage. À l’inverse, des diagnostics plus accessibles et une meilleure surveillance peuvent augmenter les cas signalés, même sans hausse proportionnelle des infections.
Les projections jusqu’en 2070 décrivent des populations potentiellement exposées, pas des infections certaines. Leur résultat dépend des hypothèses climatiques, démographiques et sanitaires. Une incidence en baisse peut même coexister avec un nombre stable de cas lorsque la population augmente. Comparer les deux maladies exige donc de distinguer risque, incidence et cas déclarés.
Quelles actions peuvent freiner les deux maladies ?
La surveillance locale doit associer le suivi des moustiques, celui des infections et les données météorologiques. Repérer une nouvelle espèce vectrice ou une transmission locale permet d’adapter rapidement les interventions.
Contre la dengue, supprimer les eaux stagnantes et couvrir les réserves d’eau réduit les gîtes autour des habitations. Cela suppose aussi des services fiables d’approvisionnement en eau et de collecte des déchets. La prévention ne peut reposer uniquement sur les ménages.
Contre le paludisme, maintenir l’accès aux moustiquaires, aux diagnostics et aux traitements reste indispensable. Les outils doivent être adaptés aux résistances observées et aux habitudes des vecteurs.
La préparation aux événements extrêmes doit préserver les soins et protéger les logements. Réduire les émissions de gaz à effet de serre peut limiter l’extension future des conditions favorables, en complément des interventions sanitaires immédiates.
À retenir pour la prévention
La dengue progresse sous l’effet combiné du climat, de l’urbanisation et de moyens de lutte encore limités. Les interventions ont longtemps contenu le paludisme, mais ses reprises récentes rappellent que ces acquis restent fragiles.
La prévention adaptée à chaque région est le point commun des réponses efficaces. Elle repose sur la connaissance des moustiques présents, des conditions de vie et des capacités de soins.
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