Cancer du sein : 6 facteurs modifiables qui expliquent près d’un cas sur trois
Une grande étude mondiale montre qu’environ 28% du fardeau du cancer du sein est lié à six facteurs modifiables . Une marge de manœuvre importante pour la prévention.

Le cancer du sein est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez la femme dans le monde. Une grande étude internationale montre qu’une partie importante de ce fardeau n’est pas une fatalité. Selon des chercheurs, environ 28% des années de vie en bonne santé perdues à cause de ce cancer sont liées à seulement six facteurs de mode de vie, sur lesquels il est possible d’agir.
Ce rapport, publié dans The Lancet Oncology et commenté par plusieurs experts indépendants, ne nie pas l’importance des facteurs génétiques, hormonaux ou liés à l’âge. Il montre en revanche que, à côté du dépistage et des progrès thérapeutiques, la prévention par des changements concrets du quotidien peut réellement infléchir la courbe, surtout dans les pays où les nouveaux cas et les décès continuent d’augmenter.
Un cancer en hausse, mais pas totalement inévitable
En 2023, les chercheurs estiment qu’il y a eu environ 2,3 millions de nouveaux cas de cancer du sein et 764 000 décès dans le monde. Le fardeau global de la maladie se mesure aussi en « années de vie en bonne santé perdues », c’est‑à‑dire des années amputées par la maladie, le handicap ou un décès prématuré. Sur ce total, 6,8 millions d’années seraient liées à six facteurs de risque modifiables : alimentation riche en viande rouge, tabac, glycémie élevée, excès de poids, consommation d’alcool et manque d’activité physique.
Selon la coordonnatrice de l’analyse, de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l’Université de Washington, ces facteurs représentent « une opportunité majeure de changer la trajectoire du cancer du sein pour la prochaine génération ». D’autres spécialistes rappellent que ces résultats ne doivent pas faire culpabiliser les patientes, car beaucoup de cas surviennent sans facteur évident, mais qu’ils donnent des leviers clairs pour réduire le risque au niveau de la population.
Les auteurs soulignent aussi des inégalités frappantes. Dans de nombreux pays à revenu élevé, la mortalité baisse grâce au dépistage et aux traitements, même si le nombre de cas reste élevé. À l’inverse, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les diagnostics tardifs et l’accès limité aux soins font grimper à la fois les nouveaux cas et les décès. Pour ces régions, la combinaison d’un meilleur accès au dépistage et d’actions sur les facteurs de mode de vie devient cruciale.
Six facteurs de mode de vie qui pèsent lourd
Le premier facteur pointé par l’étude est une consommation élevée de viande rouge (bœuf, porc, agneau, chèvre). Elle représente à elle seule près de 11% des années de vie en bonne santé perdues liées au cancer du sein. Les auteurs rappellent que ce résultat ne signifie pas que chaque portion de viande rouge provoque un cancer, mais que, à l’échelle des populations, des apports très élevés s’accompagnent d’une hausse mesurable du risque. Une alimentation plus riche en végétaux, en fibres et en sources de protéines variées (poisson, légumineuses) est encouragée par de nombreuses sociétés savantes.
Le tabac, y compris le tabagisme passif, arrive juste derrière, lié à environ 8% du fardeau global. Fumer reste un facteur de risque établi pour plusieurs cancers, dont celui du sein, surtout lorsqu’il commence tôt dans la vie. L’étude rappelle que les efforts menés depuis les années 1990 ont permis de réduire de 28% la part du tabac dans le fardeau du cancer du sein, mais que ce levier reste central, en particulier là où le tabagisme féminin augmente.
Troisième facteur, la glycémie élevée, qui reflète un prédiabète ou un diabète mal contrôlé, explique environ 6% des années de vie perdues. Elle est étroitement liée au quatrième facteur, un IMC élevé (surpoids ou obésité), associé à environ 4% du fardeau. De nombreuses études ont montré que l’excès de graisse, surtout après la ménopause, augmente le risque de cancer du sein, probablement via des mécanismes hormonaux et inflammatoires.
Enfin, la consommation élevée d’alcool et la faible activité physique contribuent chacune à environ 2% du fardeau global. Même si ces pourcentages peuvent sembler modestes, ils représentent des centaines de milliers d’années de vie en bonne santé à l’échelle planétaire. Les experts rappellent qu’il n’existe pas de seuil « totalement sûr » pour l’alcool en matière de cancer, et que bouger davantage agit en cascade sur plusieurs des autres facteurs (poids, glycémie, tension artérielle).
Prévention : des marges de progrès très différentes selon les pays
Un aspect important de ce travail est la comparaison entre régions du monde. Les auteurs montrent que, dans certains pays à revenu élevé, plus d’un tiers des cas de cancer du seinpourraient théoriquement être évités en agissant sur ces facteurs de mode de vie. Des pays comme le Royaume‑Uni ou Singapour rapportent déjà une baisse de mortalité malgré une incidence élevée, signe que le dépistage précoce et les traitements performants commencent à porter leurs fruits.
En parallèle, dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, l’incidence progresse rapidement, parfois chez des femmes plus jeunes, sur fond de transition alimentaire, de sédentarisation et d’urbanisation. Pour ces régions, l’étude plaide pour une double stratégie : améliorer l’accès au dépistage et aux traitements, tout en mettant en place des politiques publiques visant à réduire la consommation de tabac et d’alcool, à promouvoir une alimentation plus saine et à encourager l’activité physique.
Les experts interrogés insistent sur le rôle des gouvernements et des systèmes de santé. Il ne s’agit pas de renvoyer toute la responsabilité sur les épaules des femmes, mais de créer des environnements qui rendent les choix favorables à la santé plus faciles : taxation du tabac et de l’alcool, réglementation de la publicité pour certains produits, urbanisme propice à la marche, campagnes d’information ciblées selon l’âge et le niveau de risque. Ils soulignent aussi que la prévention doit être adaptée au contexte culturel, social et économique de chaque pays plutôt que reposer sur un message unique.
Ce que cela signifie pour chaque femme
Ces chiffres globaux peuvent paraître abstraits, mais ils se traduisent par des messages concrets pour les femmes et les soignants. D’abord, se souvenir qu’aucune femme n’est responsable à elle seule de son cancer du sein : de nombreux cas surviennent sans facteur identifiable et certains risques ne sont pas modifiables, comme l’âge, les antécédents familiaux ou certaines mutations génétiques. La prévention ne remplace pas le dépistage régulier, qui reste essentiel pour détecter la maladie tôt, quand les chances de guérison sont les plus élevées.
Ensuite, comprendre que chaque petit changement compte. Réduire la quantité de viande rouge, limiter l’alcool, cesser de fumer, marcher plus souvent, surveiller sa glycémie et son poids ne garantissent pas l’absence de cancer, mais diminuent la probabilité globale et améliorent aussi d’autres aspects de la santé, comme le risque cardiovasculaire ou le diabète. Des études montrent que même chez des femmes à haut risque génétique, ces facteurs de mode de vie influencent encore le niveau de risque final.
Les auteurs rappellent aussi que la prévention commence tôt. Des habitudes prises dès l’adolescence et la jeune vie adulte (tabac, alcool, alimentation, activité physique) peuvent avoir des conséquences des décennies plus tard. Avec une augmentation de 29% des cas de cancer du sein chez les femmes jeunes en trois décennies, certains spécialistes mettent en garde contre l’illusion selon laquelle ce cancer serait réservé aux plus de 50 ans. Informer précocement, sans alarmer, fait partie des stratégies recommandées.
À retenir
Une vaste analyse publiée dans The Lancet Oncology estime qu’environ 28% du fardeau mondial du cancer du sein est lié à six facteurs modifiables : consommation élevée de viande rouge, tabac (y compris passif), glycémie élevée, excès de poids, consommation d’alcool et manque d’activité physique. Cela ne signifie pas que la maladie est totalement évitable, mais qu’il existe une marge de manœuvre importante pour réduire le risque à l’échelle individuelle et collective.
Pour chaque femme, l’enjeu est de combiner dépistage régulier adapté à son âge et à son niveau de risque, avec des choix de vie plus favorables à la santé : bouger plus, fumer moins (ou pas), limiter l’alcool, surveiller son poids et sa glycémie, diversifier son alimentation en réduisant la viande rouge. Pour les décideurs, ces résultats appellent à des politiques plus ambitieuses sur ces facteurs, afin que la prévention ne repose pas seulement sur la volonté individuelle, mais sur des environnements réellement protecteurs.
Source
Cet article a été élaboré avec le soutien d’un outil d’intelligence artificielle. Il a ensuite fait l’objet d’une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux.
PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.