Aliments ultratransformés : des effets sur le cerveau avant les premiers symptômes selon cette étude parue dans JAMA

Auteur: François Lehn

relu par Dr Muriel Dodin

Publié le :

Aliments ultratransformés : des effets sur le cerveau avant les premiers symptômes selon cette étude parue dans JAMA
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Un effet cérébral avant les troubles de mémoire reste une hypothèse à confirmer. Une étude canadienne associe une consommation plus élevée d’aliments ultratransformés à davantage de graisse corporelle et à certains signes d’atteinte vasculaire cérébrale, sans baisse mesurable des performances cognitives.

La nature des produits étudiés et la méthode employée imposent toutefois une lecture prudente.

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Les aliments ultratransformés peuvent-ils affecter le cerveau avant qu’on le remarque ?

L’absence de difficultés de mémoire n’exclut pas toute modification cérébrale. Certaines anomalies vasculaires peuvent être visibles à l’imagerie sans provoquer de symptômes évidents. Mais observer ensemble une habitude alimentaire et une anomalie ne suffit pas à établir leur lien de cause à effet.

Ce que mesure la classification NOVA

La classification NOVA répartit les aliments selon la nature et l’importance de leur transformation. Elle distingue les aliments peu transformés, les ingrédients culinaires, les aliments transformés et les produits ultratransformés. Ces derniers sont généralement des formulations industrielles associant plusieurs ingrédients, parfois peu utilisés dans une cuisine domestique.

Les boissons sucrées, certains plats préparés, biscuits et autres produits emballés appartiennent à cette dernière catégorie. L’emballage seul ne permet pourtant pas de trancher : des légumes surgelés nature restent des aliments peu transformés. La composition du produit compte donc autant que sa présentation.

Des produits différents sous une même étiquette

Dans l’étude canadienne, les aliments ultratransformés fournissaient environ quarante-deux pour cent des calories quotidiennes des participants. Cette moyenne décrit la population étudiée, pas l’alimentation de chaque Canadien.

La catégorie rassemble des produits dont les teneurs en fibres, en sucres, en sel ou en graisses diffèrent. Les réunir permet d’étudier une tendance alimentaire, mais ne démontre pas que tous produisent les mêmes effets. Un résultat concernant leur consommation globale ne peut donc pas être attribué automatiquement à chaque boisson, biscuit ou plat consommé.

Ce que l’étude canadienne révèle sur la graisse corporelle et le cerveau

Publiée dans JAMA Network Open, l’analyse de Russell J. de Souza et de ses collègues portait sur huit mille sept cent quatre-vingt-trois adultes. Âgés de trente-cinq à soixante-neuf ans, ils n’avaient pas de maladie cardiovasculaire connue.

Une consommation plus élevée était associée à davantage de graisse corporelle et viscérale, située autour des organes. Le lien avec l’adiposité était le plus constant. Les tests cognitifs MoCA et DSST ne montraient pas de performances moins bonnes

Des lésions vasculaires parfois invisibles au quotidien

L’IRM recherchait des hyperintensités de la substance blanche et des infarctus cérébraux silencieux. Les premières sont des zones plus claires, souvent associées à des altérations des petits vaisseaux. Les seconds correspondent à de petites lésions dues à une interruption de l’apport sanguin, sans manifestation clinique reconnue.

Ces anomalies peuvent précéder des symptômes évidents. Leur présence ne permet cependant pas de prédire un déclin cognitif individuel. L’étude ne montre pas davantage que les participants concernés développeront une maladie de la mémoire.

Pourquoi les résultats ne prouvent pas un effet direct

Cette analyse transversale rapproche des mesures recueillies à un moment donné. Elle ne détermine pas si l’alimentation a précédé les lésions. Le questionnaire alimentaire couvrait l’année précédente et dépendait des souvenirs des participants. La classification NOVA a été appliquée après coup.

Malgré les ajustements statistiques, des facteurs non mesurés peuvent influencer les résultats. Surtout, l’association cérébrale n’était plus statistiquement significative lorsque la consommation était exprimée en part des calories ou des portions alimentaires. Ce résultat est donc moins solide que celui concernant la graisse corporelle.

Réduire les risques sans tirer de conclusions hâtives

Ces observations invitent à considérer l’alimentation dans son ensemble. Elles ne justifient ni de désigner un aliment isolé comme cause de maladie, ni d’interpréter chaque produit emballé comme une menace cérébrale. La fréquence de consommation et la place laissée aux autres aliments comptent dans l’équilibre général. La graisse viscérale pourrait constituer un intermédiaire entre alimentation et atteinte vasculaire, mais cette étude ne permet pas d’établir ce mécanisme.

Privilégier régulièrement des aliments peu transformés reste un repère raisonnable : légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes et fruits à coque non salés. Une alimentation variée permet aussi de ne pas réduire les choix alimentaires au seul degré de transformation. La qualité nutritionnelle garde son importance. Dans les habitudes courantes, préparer davantage de repas à partir d’ingrédients simples peut laisser moins de place aux produits ultratransformés, sans imposer leur exclusion totale.

L’absence de moins bons résultats cognitifs mérite également d’être comprise avec précision. Elle signifie que les tests utilisés n’ont pas montré d’association défavorable dans cette population. Elle ne prouve ni un effet protecteur des aliments ultratransformés, ni l’absence de toute conséquence future. Des différences discrètes peuvent échapper à des outils de dépistage, surtout lorsque les scores sont globalement élevés.

Les auteurs soulignent le besoin d’études de suivi dans le temps. Elles devront établir si une consommation élevée précède réellement les lésions vasculaires. Puis déterminer si ces lésions contribuent, des années plus tard, à une modification des capacités cognitives. Cette chronologie manque aujourd’hui pour soutenir l’idée d’un effet cérébral précoce lié à ces aliments.

À retenir

L’étude canadienne observe une association entre davantage d’aliments ultratransformés, une adiposité plus élevée et certains marqueurs vasculaires cérébraux. Elle ne retrouve pas de performances cognitives moins bonnes, et le signal cérébral reste fragile selon les analyses.

Les études longitudinales devront préciser l’ordre des événements et la portée de ces observations. Une alimentation équilibrée constitue un repère de santé général, sans garantir la prévention de lésions cérébrales ou de troubles de mémoire.

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