La fumée de cigarette favorise l’absorption par les bronches des nanoplastiques présents dans l’air

Auteur: François Lehn

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La fumée de cigarette favorise l’absorption par les bronches des nanoplastiques présents dans l’air
Cette étude montre que la fumée de cigarette peut affaiblir la barrière des bronches et augmenter la présence de nanoplastiques dans les cellules

La fumée n’abîme pas seulement les voies respiratoires par contact direct. Elle peut aussi rendre les cellules bronchiques plus vulnérables à d’autres polluants, dont les particules plastiques invisibles.

Dans Scientific Reports, une étude publiée en 2026 décrit comment l’extrait de fumée de cigarette et nanoplastiques de polystyrène se combinent dans un modèle cellulaire. Le résultat est préoccupant, mais il faut rester précis : il s’agit d’une expérience en laboratoire, pas d’une preuve que les nanoplastiques provoquent une BPCO chez l’humain.

L’extrait de fumée de cigarette et nanoplastiques fragilisent les bronches

Les chercheurs ont travaillé sur deux lignées de cellules bronchiques humaines, BEAS-2B et 16HBE. Elles forment normalement un revêtement protecteur à l’intérieur des bronches, comme une fine paroi entre l’air inspiré et les tissus pulmonaires.

L’extrait de fumée de cigarette, appelé CSE, a été préparé en faisant passer la fumée principale de dix cigarettes de référence 1R6F dans un milieu liquide. Ce liquide contient un mélange de substances issues de la fumée, et non un seul composant isolé.

Les cellules ont d’abord reçu le CSE, puis des nanoparticules de polystyrène d’environ 100 nanomètres. Ces PS-NP sont beaucoup plus petites qu’un microplastique. Leur taille facilite leur interaction avec les cellules.

Des travaux ont déjà retrouvé des particules plastiques dans les voies respiratoires basses. Une étude sur l’inhalation de microplastiques a aussi exploré le lien entre tabagisme et exposition respiratoire. Le sujet mérite attention, car fumée de tabac et pollution plastique peuvent se croiser dans l’air inhalé.

L’épithélium bronchique n’est pas une simple couche de cellules. Il filtre, protège et limite le passage d’éléments indésirables. Quand cette barrière se fissure, les particules trouvent plus facilement un chemin vers les cellules.

Après exposition au CSE, les chercheurs ont observé une baisse de la résistance électrique transépithéliale, ou TEER. Cette mesure renseigne sur l’étanchéité du tissu cellulaire. La perméabilité au dextran a aussi augmenté, signe que la barrière laissait davantage passer des molécules.

Les protéines de jonction ont été touchées. L’E-cadhérine a diminué, tandis que la protéine ZO-1 baissait après certaines expositions au CSE. Dans le même temps, davantage de cellules contenaient des PS-NP fluorescents après un prétraitement par la fumée.

Une barrière bronchique fragilisée ne prouve pas une maladie, mais elle peut modifier la façon dont les cellules rencontrent les polluants.

Davantage de signes de toxicité cellulaire

Le CSE et les PS-NP réduisaient chacun l’activité métabolique des cellules à certaines doses. Lorsque les cellules étaient exposées successivement aux deux agents, cette baisse devenait plus forte. Les auteurs y voient un effet toxique additionnel dans plusieurs conditions expérimentales.

La libération de LDH, un marqueur de lésion de membrane, a augmenté pour certaines associations de doses. Le résultat n’était pas constant dans tous les essais. Cette différence compte, car elle montre que la réponse cellulaire dépend de la concentration et du type de cellule étudié.

Dans un modèle cultivé à l’interface air-liquide, plus proche de la surface des bronches, l’épithélium paraissait désorganisé. Les chercheurs ont aussi observé davantage de cellules productrices de mucus. Ces changements rappellent certains traits vus dans la BPCO, sans démontrer qu’une BPCO s’est développée.

Ce que l’étude suggère pour la BPCO et l’inflammation

La fumée de cigarette reste la principale cause évitable de BPCO. Les données des chercheurs ajoutent une question : une voie respiratoire déjà agressée par la fumée devient-elle plus perméable à d’autres contaminants présents dans l’environnement ?

Les PS-NP seuls ont diminué la TEER dans le modèle à interface air-liquide. Ils ont aussi augmenté la sécrétion de CXCL8, une molécule liée au recrutement de cellules inflammatoires. Pourtant, l’association CSE et PS-NP n’a pas augmenté tous les marqueurs inflammatoires.

La biologie pulmonaire ne suit pas toujours une ligne droite. Une réponse peut s’intensifier sur un paramètre, puis rester stable sur un autre. Les résultats sur l’extrait de fumée de cigarette et nanoplastiques décrivent donc une fragilisation plausible, pas un mécanisme unique et universel.

La présence de plastiques dans les cigarettes est aussi étudiée. Une revue disponible sur la question des microplastiques dans les cigarettes évoque la dégradation possible des filtres et l’exposition qui peut en découler.

Pourquoi l’ordre des expositions compte

Ici, la fumée arrive avant les nanoparticules. C’est un point central. Elle semble d’abord désorganiser les jonctions entre les cellules, puis faciliter l’association des PS-NP avec ces mêmes cellules.

L’image est celle d’une clôture dont plusieurs mailles auraient cédé. Les nanoparticules ne deviennent pas forcément plus toxiques par elles-mêmes, mais elles accèdent à un tissu déjà fragilisé.

D’autres travaux sur les résidus de cigarettes ont observé une réponse immunitaire face aux microfibres de filtre. Ces recherches ne démontrent pas un risque clinique individuel. Elles renforcent la nécessité d’étudier les expositions combinées.

Les limites à garder en tête

Les résultats reposent sur des lignées cellulaires immortalisées. Elles sont utiles pour comprendre des mécanismes, mais elles ne reproduisent pas toute la diversité d’un poumon humain. Les particules utilisées étaient aussi des nanosphères commerciales de polystyrène, d’environ 100 nanomètres.

Le CSE est un extrait liquide. Il ne reproduit ni les bouffées de fumée inhalée, ni les dépôts réels dans les bronches. Les doses et l’exposition en deux temps ne correspondent pas forcément à la vie quotidienne.

La suite devra inclure des cellules bronchiques primaires, des modèles d’inhalation plus réalistes et des doses plus faibles. Des études animales et humaines seront nécessaires pour mesurer l’exposition réelle aux microplastiques et nanoplastiques, y compris dans la fumée de tabac.

À retenir

Cette étude montre que la fumée de cigarette peut affaiblir la barrière des bronches et augmenter la présence de nanoplastiques dans les cellules. Dans certaines conditions, les dommages cellulaires deviennent plus marqués après l’exposition successive aux deux agents.

Elle ne permet pas de diagnostiquer une BPCO ni de chiffrer le risque pour une personne. La prévention connue reste claire : arrêter de fumer et éviter la fumée protège les voies respiratoires, tandis que la recherche doit éclaircir le rôle réel de la pollution plastique.

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