Microplastiques sanguins et risque d’infarctus

Auteur: François Lehn

Publié le:

Microplastiques sanguins et risque d’infarctus
Les microplastiques dans le sang sont plus fréquents chez les patients ayant subi un infarctus, surtout lorsqu'ils fument ou vivent dans un air plus pollué.

Des particules de plastique ont été retrouvées plus souvent dans le sang de patients victimes d’un infarctus. Une étude italienne, publiée en 2026 dans l’European Heart Journal, attire l’attention sur un facteur environnemental encore mal compris.

Le résultat ne prouve pas que les microplastiques causent une crise cardiaque. Il dessine toutefois un lien préoccupant entre pollution plastique, tabac, qualité de l’air et maladie cardiovasculaire.

Que sont les microplastiques et nanoplastiques présents dans le sang ?

Les microplastiques sont des fragments de moins de 5 millimètres. Les nanoplastiques sont bien plus petits, sous le micromètre. À cette échelle, ils échappent à l’oeil nu et peuvent traverser des barrières biologiques que l’on pensait protectrices.

Ces particules viennent de plastiques qui se dégradent dans l’environnement. Elles ont déjà été détectées dans le sang, les poumons, le placenta et le lait maternel. Leur présence ne signifie pas qu’elles déclenchent automatiquement une maladie. Elle confirme, en revanche, une exposition humaine large et répétée.

L’inhalation est une voie probable. Les poussières plastiques circulent dans l’air intérieur et extérieur, puis atteignent les voies respiratoires. L’ingestion en est une autre, via l’eau, certains aliments ou les emballages dégradés.

Imaginez le plastique comme une roche soumise au vent et à la pluie. Avec le temps, il se réduit en particules toujours plus petites. Les chercheurs cherchent maintenant à comprendre combien de ces fragments entrent dans l’organisme, combien de temps ils y restent et quels tissus ils peuvent atteindre.

Ce que révèle l’étude sur l’infarctus et les particules plastiques

L’étude a porté sur 61 personnes examinées en Italie pour une suspicion de maladie coronarienne. Les chercheurs ont comparé des patients ayant subi un infarctus, des personnes atteintes d’une maladie cardiaque ischémique chronique et des participants aux artères coronaires normales.

Des microplastiques ou nanoplastiques ont été détectés chez 84 % des patients victimes d’infarctus. La proportion était de 40 % chez les personnes atteintes d’une maladie ischémique chronique, puis de 32 % chez les témoins sans anomalie coronaire.

Le polyéthylène, plastique courant dans les emballages et produits de consommation, était le plus fréquent. Les patients ayant fait un infarctus présentaient aussi une variété plus large de particules. Les données détaillées sont résumées dans le communiqué de la Société européenne de cardiologie.

Pourquoi la circulation coronaire intéresse les chercheurs

L’originalité de ce travail tient aux prélèvements. L’équipe a analysé du sang périphérique, mais aussi du sang prélevé dans les vaisseaux qui alimentent directement le coeur.

Les concentrations les plus élevées ont été observées chez les patients avec infarctus du myocarde avec élévation du segment ST. Elles étaient intermédiaires chez les personnes souffrant d’un syndrome coronaire chronique et plus faibles chez les témoins. Cette proximité avec les artères du coeur rend l’observation difficile à ignorer, sans suffire à établir une cause.

Les particules détectées peuvent être un marqueur d’exposition, un facteur de risque, ou les deux. L’étude ne permet pas encore de trancher.

Tabac et pollution de l’air, deux pistes sérieuses

Le tabagisme apparaît comme un élément important. Les fumeurs étaient environ six fois plus susceptibles d’avoir des microplastiques dans le sang que les non-fumeurs. L’explication envisagée est simple : la fumée peut fragiliser la barrière pulmonaire et faciliter le passage de particules vers la circulation sanguine.

L’exposition prolongée aux particules fines PM2,5 allait dans le même sens. Ces polluants, assez petits pour pénétrer profondément dans les poumons, étaient associés à une détection plus fréquente des plastiques sanguins. Chez les participants fumeurs et exposés à un air plus pollué, des particules ont été retrouvées chez tous. Cette proportion tombait à 12,5 % chez les non-fumeurs moins exposés.

Inflammation et fragilisation des vaisseaux

Les mécanismes étudiés sont connus en cardiologie. L’inflammation, le stress oxydatif et la dysfonction de l’endothélium peuvent altérer les artères. L’endothélium est la fine couche cellulaire qui tapisse les vaisseaux. Lorsqu’elle fonctionne mal, le sang circule moins harmonieusement et les plaques d’athérome deviennent plus instables.

Certains patients présentaient des taux plus élevés de TNF-alpha et d’interleukine 6, deux marqueurs liés à l’inflammation. Des travaux expérimentaux suggèrent que les microplastiques peuvent augmenter la production de molécules oxydantes et perturber les défenses cellulaires. Une revue scientifique sur les particules plastiques et les maladies cardiovasculaires décrit ces pistes, tout en soulignant les nombreuses zones d’incertitude.

Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

Cette étude reste de petite taille et observationnelle. Elle montre une association entre particules plastiques, infarctus, tabagisme et pollution. Elle ne démontre pas qu’un microplastique dans le sang déclenche directement une crise cardiaque.

Des recherches antérieures ont retrouvé ces particules dans des plaques d’athérome. Leur présence a été associée à un risque plus élevé d’infarctus, d’AVC et de décès. Là encore, association ne veut pas dire causalité. Les études doivent être plus vastes, suivre les patients dans le temps et mesurer précisément les expositions.

La prévention cardiovasculaire repose déjà sur des mesures solides : arrêt du tabac, contrôle de la tension artérielle, du cholestérol et du diabète, activité physique adaptée, prise régulière des traitements prescrits. Réduire la pollution atmosphérique et les déchets plastiques relève aussi d’une responsabilité collective.

À retenir

Les microplastiques dans le sang sont plus fréquents chez les patients ayant subi un infarctus, surtout lorsqu’ils fument ou vivent dans un air plus pollué. Le signal scientifique est sérieux, mais il ne prouve pas encore un lien direct de cause à effet.

Le tabac et la pollution de l’air restent des risques cardiovasculaires établis. Les réduire protège déjà le coeur, pendant que la recherche précise le rôle des particules plastiques.

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