Réseaux sociaux, algorithmes et santé : un nouveau facteur de risque à ne pas sous-estimer
Les technologies numériques, des réseaux sociaux à l’intelligence artificielle, deviennent de véritables déterminants de santé. Comment nos écrans influencent-ils inégalités, comportements et prévention ?
Téléphone, réseaux sociaux, plateformes vidéo : ces écrans occupent une place centrale dans nos journées. Nous les utilisons pour nous informer, travailler, nous distraire, suivre notre santé ou gérer nos rendez-vous médicaux. L’Organisation mondiale de la santé parle désormais de « déterminants numériques de la santé », au même titre que le revenu, l’éducation ou le logement. Derrière ce terme se cachent des éléments très concrets : l’accès à Internet, la qualité du réseau, le type de plateforme utilisée, le niveau de littératie numérique, mais aussi la façon dont les algorithmes filtrent l’information médicale. Selon un article publié dans la revue Health Promotion International, ces déterminants numériques peuvent renforcer la santé de certains groupes… ou, au contraire, creuser des inégalités existantes lorsqu’ils s’ajoutent à la précarité sociale.
Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir combien de temps nous passons devant les écrans, mais ce que ces écrans nous montrent, ce qu’ils cachent, et comment ils orientent nos comportements. Des chercheurs rappellent qu’un même système de recommandation ne produit pas les mêmes effets chez une personne très informée sur la santé et chez un internaute peu à l’aise avec les contenus médicaux. Les premiers auront plus de chances de tomber sur des sources fiables, les seconds risquent de se retrouver exposés à des conseils incorrects, à des rumeurs ou à des théories complotistes. Cette différence de trajectoire numérique peut, à terme, peser sur le recours aux soins, la vaccination, la prise de médicaments ou l’adoption de comportements protecteurs.
Quand les algorithmes trient l’information santé à notre place
Sur les réseaux sociaux, l’information ne s’affiche plus dans l’ordre chronologique. Des algorithmes choisissent, en permanence, ce qui mérite d’apparaître dans notre fil et ce qui restera invisible. Ces systèmes privilégient les contenus qui génèrent des réactions, des commentaires ou des partages. Une étude menée sur YouTube montre que les vidéos les plus populaires, celles que la plateforme recommande le plus souvent, ne sont pas toujours celles qui proposent l’information médicale la plus fiable. Les chercheurs ont constaté que les vidéos faciles à comprendre, émotionnelles, parfois spectaculaires, mais médicalement discutables, étaient davantage mises en avant que les contenus produits par des institutions de santé.
Un rapport de l’agence Grayling, intitulé « Is the algorithm making us ill? », tire le même constat pour plusieurs plateformes sociales. Les personnes déjà sceptiques vis-à-vis de la vaccination ou de la médecine conventionnelle reçoivent plus de contenus anti-vaccins, anti-médicaments ou complotistes. Celles qui manifestent un faible intérêt pour la santé voient très peu d’informations de prévention apparaître dans leur fil. Autrement dit, les algorithmes consolident les bulles d’information existantes : les convaincus ont accès à du contenu sérieux, les sceptiques s’enfoncent dans un univers de défiance. Pour certains experts, ce mécanisme accentue des écarts de littératie en santé déjà présents, en rendant l’accès à une information fiable plus difficile pour les publics vulnérables.
Ce phénomène nourrit ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle une « infodémie », c’est-à-dire une surabondance d’informations, dont une grande partie est peu fiable, sur des sujets sensibles comme les vaccins ou les traitements.
Santé mentale, corps et écrans : un impact bien réel
Les technologies numériques ne se contentent pas d’influencer nos idées sur la santé, elles ont aussi un effet direct sur notre bien-être psychique. Des psychiatres de l’université Stanford décrivent un ensemble de mécanismes liés aux réseaux sociaux : comparaison sociale permanente, peur de manquer quelque chose, exposition à des images retouchées qui modifient la perception du corps. Selon eux, ces usages intensifs, combinés à des algorithmes qui encouragent le défilement sans fin, favorisent l’anxiété, la baisse de l’estime de soi, la dépression ou des troubles du comportement alimentaire chez les personnes vulnérables. Le fait d’être constamment confronté à des vies idéalisées, à des silhouettes filtrées ou à des standards irréalistes pèse sur l’image que l’on a de soi.
Les plateformes l’ont compris et commencent à utiliser l’intelligence artificielle pour repérer certains signaux de détresse. Des systèmes de détection automatique des messages suicidaires ou des comportements à risque ont été testés, afin de proposer des ressources d’aide, voire d’alerter les services d’urgence. Cette approche soulève cependant des questions éthiques majeures. Ces algorithmes manipulent des données extrêmement sensibles, comme l’état psychique des utilisateurs, sans toujours offrir la transparence et les garanties attendues d’une institution de santé publique. Les spécialistes alertent sur les risques de faux positifs, de stigmatisation, ou d’interventions disproportionnées dans des contextes où la santé mentale reste fortement stigmatisée. Ils plaident pour que les plateformes travaillent avec des cliniciens, des associations de patients et des autorités sanitaires, afin de concevoir des outils qui respectent la confidentialité tout en apportant une aide réelle aux personnes en souffrance.
Fracture numérique, littératie santé et risques d’inégalités
Tout le monde ne dispose pas des mêmes outils pour tirer profit de la santé numérique. La fracture numérique ne se limite plus à la présence ou non d’une connexion Internet. Elle concerne aussi la qualité du réseau, le type d’appareil utilisé, la familiarité avec les outils en ligne et la capacité à comprendre les messages de santé. Une revue publiée dans Frontiers in Digital Health souligne que la littératie en santé numérique reste un frein majeur à l’utilisation des applications de télésanté, des dossiers médicaux électroniques ou des plateformes de consultation à distance. Les personnes qui maîtrisent peu ces outils risquent de renoncer à certains services, de mal interpréter des résultats de tests, ou de ne pas savoir comment contacter un professionnel en cas de doute.
Une étude internationale sur les politiques de santé numérique montre que peu de pays intègrent réellement les déterminants sociaux de la santé dans leurs stratégies digitales. Les programmes de télémédecine, d’applications mobiles ou de suivi à distance sont souvent conçus sans tenir compte des conditions de vie des publics les plus précaires. Accès à un smartphone récent, forfait data suffisant, espace calme pour une téléconsultation : ces facteurs sont pourtant essentiels à la réussite de ces dispositifs. Les auteurs recommandent d’associer davantage les populations concernées à la conception de ces services, afin de réduire les risques d’exclusion. Du côté des organisations internationales, l’OMS insiste sur la nécessité de faire de la santé numérique un outil au service de l’équité, en aidant les pays à développer des infrastructures, des formations et des cadres réglementaires qui protègent les données tout en élargissant l’accès aux soins.
Vers une transformation numérique au service de la prévention
L’enjeu, pour les années à venir, sera de transformer ces risques en opportunités. Les technologies numériques peuvent améliorer le suivi des maladies chroniques, faciliter l’accès à des informations fiables, aider à prendre des rendez-vous, ou envoyer des rappels de vaccination. Des chercheurs en santé publique plaident pour une approche qui ne se contente pas de minimiser les effets négatifs des écrans, mais cherche à en faire un levier de bien-être. Cela passe par des algorithmes moins centrés sur le temps passé à l’écran et davantage orientés vers l’utilité, la qualité et la diversité des sources de santé proposées. Certaines plateformes ont commencé à collaborer avec des institutions médicales pour placer des informations validées en tête des résultats lors de recherches sur des sujets sensibles, comme les vaccins ou le cancer.
Pour que cette transformation bénéficie à tous, plusieurs conditions doivent être réunies. Les politiques nationales de santé numérique devront intégrer explicitement la question des inégalités sociales, comme le suggèrent les études récentes sur les déterminants numériques de la santé. L’éducation à la littératie numérique et à la littératie en santé doit devenir un axe majeur, dès l’école et tout au long de la vie. Chaque utilisateur gagnera aussi à adopter quelques réflexes simples : vérifier l’origine des informations, varier ses sources, limiter le défilement passif, protéger son sommeil et son équilibre psychique en posant des limites à son usage des écrans. La technologie ne disparaîtra pas de nos vies. L’enjeu, désormais, consiste à en faire un allié de la prévention plutôt qu’un facteur silencieux de fragilisation, en particulier pour les plus vulnérables.
En quelques mots
Les technologies numériques sont devenues de véritables déterminants de santé, capables de réduire ou d’aggraver les inégalités selon la manière dont elles sont conçues. Les algorithmes des réseaux sociaux privilégient souvent l’engagement plutôt que la fiabilité, exposant certains publics à plus de désinformation et de contenus complotistes. Les effets sur la santé mentale, l’image du corps et la confiance dans les institutions médicales sont désormais bien documentés.
Pour protéger la population, les politiques de santé numérique doivent intégrer les déterminants sociaux, renforcer la littératie en santé et encourager une collaboration étroite entre plateformes, professionnels et autorités publiques. À l’échelle individuelle, retrouver une maîtrise de ses usages, diversifier ses sources d’information et donner la priorité à des contenus de qualité restent des gestes simples pour faire des écrans un soutien, et non un obstacle, à sa santé.
Cet article a été élaboré avec le soutien d'un outil d'intelligence artificielle. Il a ensuite fait l'objet d'une révision approfondie par un journaliste professionnel et un rédacteur en chef, assurant ainsi son exactitude, sa pertinence et sa conformité aux standards éditoriaux. PRESSE SANTÉ s'efforce de transmettre la connaissance santé dans un langage accessible à tous. En AUCUN CAS, les informations données ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de santé.