Prescription de nourriture : et si c’était la solution ?

Auteur: Aline Legrand

relu par Dr Muriel Dodin

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Prescription de nourriture : et si c’était la solution ?
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Manger équilibré est bon pour tout le monde. D’ailleurs, la nutrition est l’un des outils les plus puissants pour prévenir et gérer les maladies chroniques (maladies cardiaques,  diabète et hypertension). Les preuves sont suffisamment solides pour que l’American Heart Association considère que mieux manger est l’un des « 8 essentiels de vie», les huit facteurs clés pour améliorer la santé cardiaque. Le mouvement américain « Food Is Medicine » va même jusqu’à envisager la prescription de nourriture.

Pourquoi une prescription de nourriture serait-elle utile pour bien manger ?

Une partie du problème tient à la difficulté de savoir quoi manger dans le cadre d’un régime alimentaire équilibré. La nutrition peut sembler complexe et les allégations santé être contradictoires ou confuses.

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De quelle quantité de protéines a-t-on réellement besoin ? Quels sont les bons et les mauvais gras ?

Pourtant, les fondamentaux d’un régime bénéfique pour le cœur sont restés remarquablement constants au fil du temps :

  • manger abondamment des fruits et légumes,
  • privilégier des sources saines de protéines,
  • choisir des céréales complètes,
  • limiter le sodium, les aliments transformés et les sucres ajoutés.

Cela a été réaffirmé dans les plus récentes recommandations nutritionnelles 2026 publiées par l’American Heart Association.

Savoir quoi manger et être en mesure de s’alimenter ainsi ne sont pas la même chose. Manger équilibré n’est pas simplement une question de choix individuel : cela dépend aussi de la capacité à s’offrir des aliments plus sains, qui coûtent souvent plus cher. Beaucoup de foyers ont même du mal à avoir suffisamment à manger.

Des aliments apparemment sains peuvent contenir des ingrédients nocifs pour la santé. Une salade industrielle peut contenir une quantité surprenante de sodium et de graisses saturées si elle contient de la viande transformée, du fromage et de la sauce. Comme une grande partie du sodium est déjà intégrée dans les aliments, il n’est pas surprenant que près de sept adultes sur dix dépassent l’apport recommandé en sodium par jour.

La Dre Sadiya S. Khan est Cardiologue préventif et l’une des auteurs des directives de 2025 sur l’hypertension artérielle publiées par l’American Heart Association et l’American College of Cardiology. Elle sait à quel point les données étayant un régime pauvre en sodium sont probantes pour gérer la tension artérielle. Pourtant, elle constate chaque jour que recommander simplement un régime pauvre en sodium aux patients ne suffit pas à leur faire adopter ce mode de vie.

Qu’est ce que le mouvement américain « Food Is Medicine » (la nourriture est un médicament) ?

Ce mouvement défend l’idée que se faire prescrire et livrer des repas pauvres en sodium devrait être aussi facile que d’aller chercher un renouvellement d’ordonnance pour  un antihypertenseur.

Le concept est simple. En plus des conseils nutritionnels, des repas médicalement adaptés peuvent aider à prévenir et traiter les maladies chroniques. En réponse à une directive du Congrès américain, le département de la Santé et des Services sociaux a développé l’initiative « Food is Medicine » pour coordonner les efforts des états fédéraux et fournir une feuille de route pour intégrer la nutrition dans les soins de santé.

Pourtant, des lacunes subsistent dans les preuves scientifiques : quelles approches fonctionnent, pour qui, et à quel coût ? Il faut répondre à ces questions avec la même rigueur que celle exigée pour les médicaments. l’American Heart Association a lancé le projet « Health Care by Food » (le soin par la nourriture) avec le soutien de la Fondation Rockefeller. Cette initiative finance la recherche pour déterminer comment rendre les programmes d’alimentation saine accessibles, abordables et évolutifs au sein des systèmes de santé.

Certaines des premières données sont encourageantes. Dans un essai clinique randomisé récent portant sur 206 adultes vivant avec une insuffisance cardiaque dans la Nation Navajo, un programme de repas a réduit d’environ 30 % la probabilité que les patients soient hospitalisés ou se rendent aux urgences dans un délai de 90 jours.

Il est aussi nécessaire d’améliorer l’enseignement de la nutrition au sein des facultés de médecine. En 2026, Le ministère de la Santé et des Services sociaux des États-Unis et le département de l’Éducation ont annoncé une nouvelle initiative destinée aux facultés de médecine pour dispenser au moins 40 heures d’enseignement en nutrition dans les facultés de médecine américaines. Parce qu’une nutrition saine est importante pour chaque patient, chaque médecin doit apprendre et connaître ces informations.

En plus des changements à l’échelle individuelle des patients, faire évoluer la santé de la population nécessitera de modifier l’environnement alimentaire qui l’entoure.

Pourquoi cette approche est-elle une piste intéressante ?

Cela peut sembler être une tâche colossale mais il y a un précédent : l’un des meilleurs exemples de réussite dans l’amélioration de la santé publique est finlandais.

Il y a plus de 50 ans, la Carélie du Nord, une région rurale de l’est de la Finlande, a fait face à une crise cardiovasculaire. La mortalité due aux maladies cardiaques y était parmi les plus élevées au monde. Le problème était si grave que les représentants locaux ont adressé une pétition au gouvernement pour qu’il prenne des mesures.

Le projet Carélie du Nord est né. Des campagnes publiques se sont concentrées sur les changements alimentaires, notamment le remplacement du beurre et des produits laitiers entiers par des graisses plus saines, ainsi que l’augmentation de la consommation de fruits et légumes. Les fabricants de produits alimentaires ont modifié leurs produits, et les écoles ont changé ce qui y était servi. Au cours des décennies suivantes, la mortalité par maladie coronarienne dans l’est de la Finlande a chuté de plus de 80 % chez les adultes en âge de travailler.

Des enseignements peuvent également être tirés des succès de santé publique aux États-Unis. Par exemple, les accidents de la circulation. Pendant une grande partie du XXe siècle, les accidents de voiture ont représenté un problème majeur de santé publique. Inciter simplement les gens à conduire prudemment ne suffisait pas : à partir des années 1960, les États-Unis ont adopté une approche plus large combinant une conception plus sûre des véhicules et des routes, comme la ceinture de sécurité et plus tard les airbags,  avec l’application de lois de sécurité. Malgré une multiplication par dix du nombre de  miles parcourus, le taux de mortalité lié aux véhicules à moteur a chuté de 90 % par mille parcouru entre 1925 et 1997, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies.

Le besoin aux États-Unis n’a jamais été aussi urgent. Selon le rapport 2026 « Heart Disease and Stroke Statistics » de l’American Heart Association publié cette année dans Circulation, une alimentation de mauvaise qualité est l’un des facteurs de risque les plus courants de maladie cardiaque. Une mauvaise alimentation contribue à des millions de décès à travers le monde chaque année.

Il faut continuer à dire aux gens de manger plus sainement. Mais l’approche actuelle revient à dire aux gens de conduire plus prudemment tout en regardant des accidents mortels se produire dans des voitures sans ceinture de sécurité. Donner de meilleurs conseils ne suffira pas. Pour transformer la santé de la population américaine, une nourriture saine devrait pourvoir être recommandée, prescrite et livrée dans le cadre des soins de santé.

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