Parentalité: La santé des femmes plus impactée que celle des hommes lorsqu’un bébé arrive

Auteur: François Lehn

Publié le:

Parentalité: La santé des femmes plus impactée que celle des hommes lorsqu’un bébé arrive
Pour les femmes, la parentalité semble peser davantage sur le bien-être psychologique et les habitudes de prévention des mères que sur celles des pères

L’arrivée d’un enfant ne transforme pas seulement l’organisation d’un foyer. Elle modifie le sommeil, les habitudes, le rapport au corps et parfois l’équilibre psychologique.

La santé des femmes semble davantage affectée que celle des hommes par cette période de vie. Une étude de l’équipe OPIK de l’Université du Pays basque, publiée en 2026, observe des associations fortes, sans établir qu’un seul facteur en serait la cause.

La parentalité affecte davantage la santé des femmes que celle des hommes

L’étude menée par Anna Barbuscia et ses collègues compare plusieurs indicateurs : bien-être psychologique, perception de l’état de santé, activité physique, tabac et alcool. Chez les hommes, être père, avoir un ou plusieurs enfants, ou vivre avec des enfants d’âges différents, change peu les paramètres mesurés.

Chez les femmes, le tableau est moins stable. L’âge et le nombre d’enfants sont associés à des différences dans le bien-être, l’évaluation de leur santé et la fréquence de l’exercice physique. Les résultats détaillés par l’Université du Pays basque posent une question simple : qui dispose encore de temps pour se reposer et prendre soin de sa santé après l’arrivée d’un enfant ?

La grossesse et l’accouchement comptent, bien sûr. Ils peuvent laisser une fatigue durable ou modifier la condition physique. Mais les écarts observés ne relèvent pas uniquement de la biologie. Les nuits interrompues, l’anticipation constante des besoins de l’enfant et une répartition inégale des tâches pèsent aussi sur la santé des femmes.

Les jeunes enfants et l’adolescence ne pèsent pas de la même façon

Les données ne dessinent pas une expérience unique de la maternité. Les mères d’un seul enfant et celles vivant avec des adolescents déclarent davantage de symptômes dépressifs dans l’étude. L’adolescence peut tendre l’atmosphère familiale, entre autonomie, conflits et inquiétudes scolaires.

Les jeunes enfants exigent une attention physique continue. Les repas, les réveils nocturnes, les déplacements et les soins réduisent les moments de récupération. Cette fatigue n’a rien d’anodin quand elle s’installe.

Le résultat est pourtant plus contrasté qu’il n’y paraît. Les mères ayant au moins deux jeunes enfants déclarent parfois un meilleur état de santé perçu. Une association statistique peut refléter l’aide disponible, les ressources du foyer ou l’état de santé antérieur. Elle ne permet pas de résumer toutes les familles sous une même étiquette.

Pourquoi la maternité réduit-elle le temps consacré à la santé des femmes ?

Dans beaucoup de foyers, la journée des mères se prolonge après le travail rémunéré. Il reste les rendez-vous médicaux de l’enfant, les repas, le linge, les messages de l’école et la préparation du lendemain. La charge mentale ressemble à une liste qui ne se ferme jamais.

Ce temps pris sur la journée n’est pas seulement un problème d’agenda. Il peut reporter une consultation, raccourcir une nuit, annuler une marche ou isoler une personne qui aurait besoin de souffler. La prévention devient alors la première activité sacrifiée.

Le manque de temps n’est pas un défaut d’organisation individuelle. Il dépend aussi de la façon dont les soins et les responsabilités sont répartis dans le foyer.

Les normes sociales gardent leur poids. Même lorsque les deux parents travaillent, les mères restent souvent les principales coordinatrices de la vie familiale. Cette réalité aide à comprendre pourquoi la santé des femmes varie plus nettement avec la parentalité que celle des pères.

L’activité physique révèle un écart important entre mères et pères

Le chiffre le plus parlant concerne l’exercice régulier. Environ 16 % des mères de jeunes enfants en pratiquent, contre 30 % des femmes sans enfant. Chez les hommes, la différence entre pères et non-pères reste faible, selon le compte rendu de l’étude OPIK.

L’activité physique n’est pas un luxe réservé aux heures libres. Elle participe au sommeil, à la santé cardiovasculaire, à l’humeur et à la récupération. Pourtant, un cours du soir ou une sortie à pied demandent des conditions concrètes : garde d’enfant, transports, horaires prévisibles et partenaire disponible.

Réduire cet écart à un simple manque de volonté serait une erreur. Une mère qui ne fait pas de sport manque souvent d’un créneau protégé, pas de motivation.

Une santé mentale à surveiller sans réduire la maternité à un risque

Fatigue, irritabilité et baisse de moral peuvent accompagner les périodes les plus chargées. Elles ne signifient pas automatiquement un trouble psychique. La naissance, les premiers mois ou l’adolescence d’un enfant sont des passages qui éprouvent souvent les parents.

En revanche, une tristesse persistante, une anxiété envahissante, des troubles du sommeil prolongés ou un épuisement qui empêche de vivre au quotidien méritent une consultation. Parler à un médecin, une sage-femme ou un psychologue n’est pas un aveu d’échec. C’est un soin.

La santé des mères dépend aussi du partage des responsabilités parentales

La répartition des tâches domestiques et parentales est une question de santé publique. Quand les soins sont mieux partagés, les mères peuvent retrouver du temps pour dormir, bouger, consulter et récupérer après une période exigeante.

Des congés parentaux plus équilibrés, des modes de garde accessibles et des horaires de travail compatibles avec la vie familiale changent les conditions réelles du quotidien. Les services de santé peuvent aussi mieux intégrer le suivi psychologique après une naissance.

Ce que peuvent changer les familles et les politiques de santé

Dans le foyer, planifier les tâches évite qu’une seule personne devienne le centre de contrôle permanent. Chaque parent doit pouvoir disposer d’un temps régulier, réellement protégé, pour sa santé et ses loisirs.

Les employeurs et les pouvoirs publics ont aussi leur part. La conciliation entre emploi et famille ne peut pas reposer sur les seuls ajustements des mères. Comme le rappelle la présentation de l’étude publiée dans le Journal of Family Studies, soutenir une parentalité plus égalitaire peut réduire les inégalités observées.

Ce qu’il faut retenir de cette étude sur la santé des parents

L’étude de Barbuscia et ses collègues, parue en 2026 dans le Journal of Family Studies (DOI : 10.1080-13229400.2026-2662431), met en évidence des associations, pas une règle universelle. Les revenus, le travail, la situation conjugale, l’aide familiale et l’état de santé avant la naissance peuvent modifier les résultats.

La santé des femmes ne se dégrade pas mécaniquement parce qu’elles deviennent mères. Mais les contraintes qui entourent la maternité peuvent réduire l’accès au repos, au soin et à l’activité physique.

À retenir

Pour les femmes, la parentalité semble peser davantage sur le bien-être psychologique et les habitudes de prévention des mères que sur celles des pères. Cet écart n’est pas une fatalité biologique.

Un partage concret des responsabilités, des soins accessibles et du temps de récupération protégé peuvent faire de la santé des mères une priorité collective.

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