Les hépatites virales ne font pas toujours de bruit, mais elles abîment le foie pendant des années. Des millions de personnes vivent avec une hépatite B ou C chronique sans connaître leur infection.
Pourtant, les outils existent. L’élimination de l’hépatite en Europe dépend désormais moins de la découverte de nouveaux traitements que de leur accès réel, partout et pour chacun.
Journée mondiale contre l’hépatite 2026 : l’élimination de l’hépatite en Europe reste incomplète
La Journée mondiale contre l’hépatite rappelle une réalité simple : ces infections peuvent être prévenues, dépistées et soignées. Dans l’Union européenne et l’Espace économique européen, environ cinq millions de personnes vivent avec une hépatite B ou C chronique. Près de 60 000 décès annuels sont liés aux maladies du foie provoquées par ces infections.
Les données publiées par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies montrent des avancées durables. Elles montrent aussi une fracture persistante entre les systèmes de santé les mieux équipés et les populations qui restent hors des soins.
La vaccination contre l’hépatite B protège dès la naissance
Les programmes de prévention pendant la grossesse sont désormais établis dans les 30 pays de l’UE et de l’EEE. Ils comprennent le dépistage des femmes enceintes, la vaccination du nouveau-né et, si nécessaire, une prise en charge rapide de la mère et de l’enfant.
Cette stratégie a ramené la transmission de la mère à l’enfant sous le seuil de 2 %. Les infections aiguës à l’hépatite B diminuent aussi depuis 2006. Chez les moins de 25 ans, la part des cas est passée de 11 % en 2015 à 8 % en 2024. La vaccination infantile produit ici un effet visible, même s’il reste fragile.
Une couverture vaccinale trop inégale
Seuls neuf pays sur 25 disposent de données montrant une couverture vaccinale d’au moins 95 % chez les enfants, l’objectif fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Certains pays signalent même un recul récent.
Ce chiffre compte davantage qu’il n’y paraît. Une couverture insuffisante laisse des poches de transmission qui peuvent réapparaître des années plus tard. La prévention ne se mesure pas seulement à la moyenne nationale. Elle se mesure à la capacité d’atteindre chaque famille, y compris celles qui consultent peu.
L’hépatite C n’a pas de vaccin. Sa prévention repose donc sur l’accès au matériel stérile, au dépistage et aux traitements. Parmi les cas dont le mode de transmission est connu, l’usage de drogues injectables explique la majorité des infections.
La question n’est pas morale, elle est sanitaire. Partager une seringue ou un autre matériel d’injection peut transmettre le virus. À l’inverse, une aiguille stérile disponible au bon moment peut interrompre cette chaîne.
Le matériel stérile doit être accessible sans délai
Le traitement de substitution aux opioïdes, la distribution d’aiguilles et de seringues stériles, ainsi que l’accompagnement médical réduisent fortement les risques. Pourtant, seuls sept pays de l’UE et de l’EEE atteignent l’objectif de l’OMS pour la distribution de matériel d’injection aux personnes concernées.
Les recommandations de l’OMS pour la Journée mondiale contre l’hépatite insistent sur la même priorité : associer réduction des risques, dépistage abordable et accès aux soins. Sans ces trois éléments, le virus conserve des voies de circulation.
Les prisons ne peuvent pas rester à l’écart
Les établissements pénitentiaires concentrent plusieurs facteurs de risque : précarité sanitaire, accès irrégulier aux soins et forte prévalence d’infections non diagnostiquées. Le dépistage, la vaccination contre l’hépatite B, les traitements et la réduction des risques doivent donc y être disponibles.
Le travail commun de l’ECDC et de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues a conduit à une boîte à outils consacrée aux hépatites en prison. Soigner derrière les murs protège aussi les personnes à leur sortie, leurs proches et les communautés où elles reviennent.
Dépister et sécuriser les soins pour atteindre 2030
Le dépistage reste la porte d’entrée. Une personne qui ignore son infection ne peut ni recevoir un traitement, ni prévenir la transmission. Il faut proposer des tests simples dans les lieux de soins, les services spécialisés, les structures communautaires et les prisons.
Les obstacles sont souvent concrets : distance, coût, délais, peur du jugement ou manque d’information. Un résultat positif doit être suivi d’une orientation rapide vers un professionnel compétent. Perdre une personne entre le test et la consultation revient à refermer une porte qui venait à peine de s’ouvrir.
La sécurité du sang, des tissus et des cellules progresse
Des dispositifs complets de dépistage existent dans la région pour réduire la transmission des hépatites B et C par le sang, les tissus et les cellules. Une enquête de l’ECDC indique que de nombreux pays sont préparés aux nouvelles exigences européennes sur la sécurité des substances d’origine humaine.
Cette protection collective est essentielle. Elle ne remplace pas le dépistage communautaire, mais elle évite que les soins eux-mêmes deviennent une source de contamination.
Guérir l’hépatite C, contrôler l’hépatite B
Les traitements actuels peuvent guérir l’hépatite C. Pour l’hépatite B, les médicaments permettent de contrôler l’infection et de réduire le risque de complications hépatiques. Dans les deux cas, un diagnostic précoce limite le risque de cirrhose, d’insuffisance hépatique et de cancer du foie.
L’élimination de l’hépatite en Europe ne suppose donc pas d’attendre une solution inconnue. Elle exige de rapprocher les tests et les traitements des personnes qui en ont besoin.
Ce que l’Europe doit faire maintenant
Les priorités sont connues : maintenir une vaccination infantile élevée, simplifier le dépistage, supprimer les freins à l’accès aux traitements et financer la réduction des risques. Les soins en prison doivent suivre les mêmes exigences que les soins hors prison. La surveillance des données doit aussi repérer les territoires et les groupes laissés de côté.
Les moyennes nationales peuvent rassurer à tort. Une politique efficace atteint les personnes les plus exposées, y compris celles qui vivent avec la stigmatisation, la précarité ou l’éloignement des services de santé.
À retenir
L’Europe possède les moyens de réduire fortement les hépatites virales. Les progrès de la vaccination, de la sécurité des soins et des traitements le prouvent déjà. Mais il reste du chemin à faire.
En effet, les écarts d’accès retardent encore les objectifs de 2030. Chaque vaccination, chaque dépistage rapide, chaque traitement et chaque mesure de réduction des risques rapproche la région de l’élimination comme menace pour la santé publique.
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