L’OMS publie un guide pour la santé mentale et la stigmatisation liées aux maladies tropicales négligées
Le nouveau guide de l’OMS relie la lutte contre les maladies tropicales négligées à la santé mentale, avec des actions simples contre la stigmatisation

En février 2026, la Journée des maladies tropicales négligées (MTN) revient avec un message simple, « Unite. Act. Eliminate. ». Derrière ce slogan, il y a des vies. Et pas seulement des corps malades.
Les MTN peuvent laisser des traces visibles, comme une cicatrice ou un gonflement. Elles peuvent aussi laisser des traces invisibles, comme la honte, l’isolement et une détresse qui s’installe. Quand le regard des autres change, tout change, l’école, le travail, la famille, même la façon d’aller se soigner.
L’OMS rappelle l’ampleur du sujet. Plus d’un milliard de personnes vivent avec une maladies tropicales négligées, et les troubles de santé mentale touchent aussi un nombre immense de personnes. Dans ce contexte, l’OMS lance son premier guide mondial pour aider les pays à intégrer la santé mentale et à réduire la stigmatisation dans les programmes MTN, avec des actions concrètes et adaptées aux soins de terrain.
Ce que vivent beaucoup de personnes touchées par les maladies tropicales négligées, au-delà des symptômes
Une maladies tropicales négligées ne se limite pas à de la fièvre, une plaie ou une douleur. Pour beaucoup, la maladie agit comme une étiquette collée sur le front. On la porte dans le bus, à l’école, au marché, au poste de santé. Les autres regardent, chuchotent, posent des questions, ou s’éloignent.
Au quotidien, l’effet peut être brutal. Un enfant manque l’école car ses camarades se moquent. Une personne évite le travail car les clients refusent d’être servis. Dans une famille, un mariage peut être annulé à cause d’une rumeur. Même le soin devient plus dur, car on craint d’être jugé en salle d’attente.
La stigmatisation fait aussi perdre du temps. On attend avant de consulter, on cache les symptômes, on se soigne en silence. Or, plus on attend, plus le risque de séquelles augmente. Le cercle se referme, la maladie abîme le corps, le regard social abîme l’esprit.
Quand une maladie visible devient une étiquette sociale
Certaines maladies tropicales négligées sont liées à des atteintes visibles, parfois durables. L’OMS cite des maladies comme la leishmaniose cutanée, la lèpre, la filariose lymphatique, le mycétome et le noma. Ces affections peuvent entraîner des plaies, des cicatrices, des déformations, ou une gêne fonctionnelle. Le corps devient un signal public, même quand la personne veut rester discrète.
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Des idées fausses sur la contagion aggravent la situation. On confond infection et danger immédiat. On pense qu’un simple contact suffit. Ces croyances poussent à l’évitement, parfois à l’exclusion. La personne malade finit par se demander si elle a encore sa place, dans un groupe, une classe, une équipe.
Cette pression sociale bloque l’accès aux soins. On ne veut pas être vu au centre de santé. On craint un mot maladroit d’un soignant. On redoute une remarque d’un voisin. La discrimination devient alors un obstacle médical, pas seulement moral.
Dépression, anxiété et pensées suicidaires, un risque plus élevé et souvent ignoré
Vivre avec une MTN chronique use les forces. La douleur, la fatigue, les soins longs, l’incertitude, tout pèse. Quand la stigmatisation s’ajoute, le risque augmente. L’OMS rapporte que les personnes vivant avec des MTN chroniques présentent plus souvent une dépression, de l’anxiété et des comportements suicidaires que la population générale, et même que des personnes ayant d’autres maladies chroniques.
Il faut le dire sans alarmisme, mais sans détour. Beaucoup n’ont pas de soutien psychologique dans leur communauté. Les services sont loin, rares, ou chers. Parfois, la souffrance mentale n’est pas reconnue comme un vrai besoin. On dit de tenir bon, de prier, d’oublier. Pourtant, l’esprit ne se répare pas par ordre.
La santé mentale n’est pas un luxe. Elle influence l’adhésion au traitement, le retour à l’école, la reprise du travail, la vie sociale. Traiter l’infection sans traiter la détresse, c’est comme réparer une porte en laissant la maison inondée.
Le nouveau guide de l’OMS, une « boîte à outils » pour soigner et réduire la stigmatisation
Pour combler ce manque, l’OMS publie un guide mondial centré sur un paquet de soins essentiels (Essential care package, ECP). L’idée est pratique. Il ne s’agit pas d’ajouter une couche de théorie, mais d’aider les responsables de services de santé, les équipes de programmes MTN et leurs partenaires à intégrer des gestes simples, testés, et adaptés aux réalités locales.
Ce guide part d’un constat clair. Les MTN sont souvent prises en charge via des campagnes, des visites communautaires, ou des services déjà sous tension. La réponse doit donc être intégrée, pas isolée. La santé mentale peut entrer dans ces circuits, avec des outils courts, des messages clairs, et des voies d’orientation réalistes.
L’OMS insiste aussi sur la lutte contre la stigmatisation à plusieurs niveaux. Une personne peut intérioriser la honte. Une communauté peut entretenir une rumeur. Un système de santé peut, parfois sans le vouloir, renforcer le rejet par un accueil froid ou des mots blessants. Le guide vise ces trois niveaux, avec une approche cohérente.
Ce que le paquet de soins essentiels recommande, en clair
Le guide organise les actions autour de quatre blocs, faciles à comprendre. D’abord, promouvoir le bien-être, avec des conseils simples et des espaces d’écoute, y compris en groupe quand c’est possible. Par exemple, une séance d’information peut normaliser le stress et expliquer quand demander de l’aide.
Ensuite, repérer et évaluer les troubles. Sur le terrain, cela peut passer par quelques questions courtes lors d’une visite MTN, sur le sommeil, l’humeur, l’angoisse, ou les idées noires. L’objectif n’est pas de poser un grand diagnostic, mais d’identifier une alerte.
Troisième bloc, prendre en charge et traiter. Selon les ressources, cela peut aller d’un soutien psychosocial de base à une orientation vers un service de santé mentale. Là où les services manquent, former des soignants de première ligne à l’écoute et à l’orientation peut déjà changer la trajectoire d’une personne.
Enfin, réduire la stigmatisation. Cela peut passer par la formation des soignants, des messages publics qui corrigent les fausses idées, et un langage plus respectueux dans les soins. Un mot juste peut éviter une porte qui se ferme.
Intégrer la santé mentale dans les programmes MTN, à quoi ça ressemble sur le terrain
À quoi ressemble cette intégration, dans une clinique ou un village ? Imaginez une consultation MTN où l’on ajoute, en fin d’entretien, deux questions sur l’humeur et l’isolement. Cela prend peu de temps, mais cela ouvre une conversation.
Imaginez aussi un point d’écoute discret, une fois par semaine, tenu par un agent formé. La personne n’y vient pas « pour la tête ». Elle vient parler de son quotidien, de ses peurs, de ses relations. Ce détour rend souvent la parole possible.
Dans une campagne de sensibilisation, un message anti-rumeur peut être aussi important qu’un message sur le traitement. Dire clairement que la contagion ne fonctionne pas comme les gens le pensent réduit la peur. Et moins de peur, c’est moins de rejet.
L’objectif reste simple, soigner la personne entière, pas seulement l’infection. Quand on traite les deux, le corps et l’esprit, on augmente les chances de guérison et de réinsertion.
Des progrès réels, mais un risque de recul si le financement baisse
Les MTN sont souvent décrites comme un problème « solvable ». Les résultats récents le confirment. Sur la dernière décennie, le nombre de personnes ayant besoin d’interventions contre les MTN a diminué, jusqu’à environ 1,4 milliard, un niveau historiquement bas selon les données citées par l’OMS. La mortalité et la charge de maladie ont aussi reculé.
Mais une baisse de financement peut casser cette dynamique. Quand l’aide baisse, les campagnes s’espacent. Les stocks de médicaments se tendent. Les équipes de terrain se réduisent. Et les volets moins visibles, comme la santé mentale, sont souvent les premiers sacrifiés.
Il faut aussi penser aux effets indirects. Une MTN non traitée peut entraîner une incapacité, puis une perte de revenu. Une famille s’endette pour payer le transport, les soins, ou compenser un salaire perdu. Dans ce contexte, la détresse psychique n’est pas surprenante. Elle devient presque une conséquence attendue d’un système qui ne tient pas.
Pourquoi l’élimination des MTN est possible, et déjà en marche
Les pays montrent que l’élimination n’est pas un rêve lointain. À ce jour, 58 pays ont éliminé au moins une MTN. L’OMS vise 100 pays d’ici 2030. Cette progression vient d’actions concrètes, prévention, dépistage, traitement, et suivi, avec des partenariats solides.
Le fait que des pays très différents y arrivent compte beaucoup. L’OMS cite des exemples comme le Brésil, la Jordanie, le Niger et les Fidji. Cela envoie un signal simple, les solutions s’adaptent, elles ne sont pas réservées à une seule région.
Cette réussite crée aussi une responsabilité. Quand on sait que cela marche, il devient plus dur d’accepter que des personnes restent malades, isolées, et stigmatisées, faute d’efforts stables.
Le choc des chiffres, baisse de 41 % de l’aide et un fort retour sur investissement
Le rapport mondial sur les MTN 2025 signale une baisse nette de l’aide publique au développement pour les MTN. Entre 2018 et 2023, cette aide a reculé de 41 %. Pour les programmes, ce chiffre se traduit en tournées annulées, en postes non remplacés, et en retards de diagnostic.
Cette baisse n’a pas de sens économique. L’OMS rappelle qu’1 dollar investi dans la chimioprévention rapporte environ 25 dollars. Ce retour vient des maladies évitées, des jours de travail sauvés, et des dépenses de santé réduites.
À l’inverse, le coût de l’inaction est massif. Les MTN continuent de coûter environ 33 milliards de dollars par an aux familles et aux communautés, en pertes de salaire et dépenses directes. Quand on ajoute la détresse mentale et la stigmatisation, la facture humaine devient encore plus lourde.
En quelques lignes
En février 2026, le message « Unite. Act. Eliminate. » prend une forme très concrète. Le nouveau guide de l’OMS relie la lutte contre les MTN à la santé mentale, avec des actions simples contre la stigmatisation. Il rappelle une vérité de terrain, on n’élimine pas une maladie si l’on laisse la honte et l’isolement prospérer. Soutenir ce type d’intégration, former les soignants, corriger les fausses idées sur la contagion, et offrir des soins sans jugement, c’est choisir la dignité en même temps que la santé.