Les réseaux sociaux liés à des trous de mémoire chez les jeunes adultes
Chez les jeunes adultes, un usage problématique des réseaux sociaux va de pair avec plus de trous de mémoire signalés au quotidien
Vous ouvrez une application pour répondre à un message, puis vous oubliez pourquoi vous l’avez lancée. Ce petit blanc paraît banal. Quand il se répète, il dit parfois quelque chose de plus large sur votre mémoire et votre attention.
Selon une étude publiée en 2026 dans Frontiers in Psychiatry, les jeunes adultes qui présentent un usage problématique des réseaux sociaux rapportent plus d’oublis au quotidien. La question compte, parce que les notifications, le multitâche et les coupures permanentes morcellent la concentration. C’est là que le sujet devient concret.
Ce que montre l’étude chez 943 jeunes adultes espagnols
Des chercheurs ont interrogé 943 Espagnols âgés de 18 à 35 ans, recrutés en ligne. Ils ont écarté les personnes qui utilisaient les réseaux pour leur travail, ainsi que celles ayant des troubles pouvant brouiller l’évaluation de l’attention ou de l’humeur. Point important, l’étude mesure des difficultés ressenties par les participants eux-mêmes, pas un diagnostic ni un test clinique de mémoire.
L’âge moyen tournait autour de 26 ans. La majorité disait utiliser les réseaux entre une et trois heures par jour, et seule une petite minorité atteignait le seuil proposé pour un usage problématique. Même dans ce cadre assez ordinaire, l’écart de mémoire restait visible.
Des scores plus élevés chez les utilisateurs les plus exposés
Chez les participants au-dessus du seuil proposé pour un usage problématique, les lapsus de mémoire étaient plus nombreux. La tendance suivait aussi le temps passé sur les plateformes. Les personnes qui disaient y passer plus de cinq heures par jour rapportaient le plus de difficultés, alors que les utilisateurs les moins exposés en signalaient le moins.
Les écarts liés au temps d’écran restaient plutôt modestes, mais ils allaient tous dans le même sens. L’âge pesait peu dans les résultats, et les différences entre hommes et femmes restaient limitées. Autrement dit, le signal observé tenait surtout à l’intensité de l’usage. Il rejoint un article de recherche sur l’usage problématique des médias sociaux chez les jeunes adultes, qui reliait déjà ces pratiques à des facteurs psychologiques et sociaux.
Ce que mesurent les outils utilisés dans l’étude
Pour arriver à ce constat, les auteurs ont utilisé trois échelles simples. La première, le BSMAS, repère la place envahissante prise par les réseaux sociaux. La deuxième, l’EMQ, recense les oublis ordinaires, ceux qui font rater une consigne ou égarer une idée. La troisième, le PRMQ, sépare deux formes de mémoire.
La mémoire prospective concerne une action à faire plus tard, comme penser à rappeler quelqu’un. La mémoire rétrospective concerne le souvenir d’un fait passé, d’un nom ou d’une information déjà vue. Ce n’est pas parfait, mais c’est utile, car les trous de mémoire qui gênent la vie réelle n’apparaissent pas toujours dans un test de laboratoire.
Pourquoi les réseaux sociaux peuvent gêner la mémoire au quotidien
Pourquoi ce lien apparaît-il ? L’étude n’apporte pas de cause directe, mais elle pointe une piste logique. Quand l’attention est tirée d’un côté puis de l’autre, le cerveau enregistre moins bien et récupère moins vite. Le problème n’est pas le téléphone en soi. C’est la répétition des micro-coupures.
Les réseaux sont conçus pour rappeler leur présence. Un son, une vibration, un contenu court, puis un autre. Cette succession rapide favorise le réflexe de vérification. Elle laisse moins de place aux moments où l’on pense longtemps à une seule chose.
L’attention divisée laisse moins de place à l’encodage
Une information entre mal en mémoire quand l’esprit n’est là qu’à moitié. C’est le cas quand vous lisez un message pendant un cours, une réunion ou une tâche simple à la maison. Vous voyez le contenu, mais vous ne le fixez pas vraiment. Le cerveau encode mieux quand il traite une seule chose à la fois.
Une notification suffit parfois pour casser la chaîne. Après quelques minutes, on ne sait plus pourquoi on a ouvert une application, ni quelle consigne venait d’être donnée. On croit gagner du temps en regardant vite. En réalité, on paie souvent en rappel plus flou. Un rapport de l’Anses sur les réseaux sociaux et la santé des adolescents décrit aussi ces enjeux d’attention et de santé dans des usages numériques intensifs.
Les interruptions répétées fatiguent aussi la mémoire
Les interruptions n’abîment pas seulement l’entrée des informations. Elles gênent aussi leur rappel. Quand le fil mental se casse dix fois dans l’heure, retrouver un détail devient plus difficile. C’est comme reprendre une phrase lue en sautant une ligne sur deux.
Le cerveau doit alors relancer la machine à chaque retour. Ce redémarrage a un coût. Il use la continuité mentale, celle qui aide à garder une intention simple pendant plusieurs minutes. La mémoire prospective souffre vite dans ce contexte. Penser à envoyer un document, à rappeler un proche ou à sortir à l’heure devient plus fragile quand l’attention change de cible toutes les deux minutes.
Ce qu’il faut retenir sans tirer de conclusion hâtive
Il faut rester sobre dans l’interprétation. Cette étude montre une association, pas une causalité. Elle repose sur des réponses déclaratives et n’intègre pas complètement des facteurs qui pèsent lourd, comme le sommeil, le stress, l’anxiété ou la dépression. Un gros utilisateur de réseaux peut aussi dormir moins ou vivre une période tendue. Chacun de ces éléments peut peser sur la mémoire.
Ça ne retire rien à l’intérêt du travail. Dans la vraie vie, les oublis répétés sont souvent le premier signal perçu avant même qu’une baisse de performance apparaisse ailleurs.
Des liens surtout observés entre mémoire générale et lapsus spécifiques
Le point le plus intéressant est peut-être là. Les oublis généraux du quotidien semblent porter une grande partie du lien observé entre usage problématique et lapsus plus précis, qu’ils concernent le futur ou le passé. Les analyses suggèrent que cette mémoire de tous les jours explique près des trois quarts de la relation observée.
Cela ne veut pas dire que les réseaux abîment mécaniquement chaque type de mémoire. Le tableau évoque plutôt un effet en cascade. L’attention se disperse, les oublis ordinaires montent, puis les lapsus précis deviennent plus visibles. Pour replacer ces résultats dans un cadre plus large, une synthèse de HAL sur les usages problématiques des écrans rappelle le rôle des fragilités personnelles et de l’environnement.
Qui devrait être attentif à ces signaux
Ce signal mérite l’attention de ceux qui passent des heures sur les réseaux et remarquent plus de blancs qu’avant. Chez un étudiant, cela peut se traduire par des consignes ratées. Chez un jeune actif, par des oublis de suivi ou des erreurs d’inattention. Le tableau ne pose pas un diagnostic, mais il invite à regarder ses habitudes d’écran avec un peu plus de lucidité.
En quelques mots
L’idée est simple. Chez les jeunes adultes, un usage problématique des réseaux sociaux va de pair avec plus de trous de mémoire signalés au quotidien. La mémoire n’aime ni les allers-retours constants ni les interruptions en série.
La prévention passe par des gestes sobres, couper des notifications, réduire le temps de défilement, protéger les moments qui demandent une attention continue. Les prochaines études devront mesurer la mémoire de façon plus objective et mieux tenir compte du sommeil et du stress. À retenir : quand l’attention se fragmente, la mémoire paie souvent l’addition.
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