Le saviez vous ?

Émoussement affectif : dommage collatéral des antidépresseurs

Les antidépresseurs peuvent souvent atténuer les symptômes de la dépression mais aussi provoquer un émoussement émotionnel.

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Les antidépresseurs améliorent la vie des personnes atteintes de trouble dépressif majeur. Mais dans certains cas, ils peuvent provoquer un émoussement affectif. Cette platitude des sentiments et des émotions, également appelée « affect réduit », est un effet secondaire potentiel des antidépresseurs, en particulier des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine.

Selon les recherches, environ la moitié des personnes sous antidépresseurs signalent un certain degré de détachement affectif.

Pour les personnes concernées, l’atténuation des émotions peut être un bienfait mitigé. D’un côté, les antidépresseurs peuvent supprimer une certaine douleur émotionnelle ressentie par les personnes déprimées. Mais, de l’autre, ils effacent aussi malheureusement parfois une partie du plaisir de vivre. Qui peut être affecté, comment cet effet se produit-il et comment le gérer ?

Qu’est-ce que l’émoussement affectif et pourquoi se produit-il?

Les personnes souffrant d’émoussement affectif rapportent souvent des émotions atténuées et moins de choses agréables vécues.

Ces médicaments, à base de fluoxétine, de paroxétine, de sertraline, de citalopram et d’escitalopram, modifient la façon dont le corps gère la sérotonine, la substance chimique cérébrale du “bien-être”.

Cette hormone est responsable de la régulation de l’humeur et du bonheur. Ce qui provoquait autrefois des réactions fortes peuvent maintenant laisser indifférent, voire apathique.

Un risque associé est que les malades arrêtent de prendre leurs médicaments car ils craignent de ne plus pouvoir éprouver de joies et de plaisirs.

Les recherches suggèrent que l’émoussement affectif est lié aux niveaux de sérotonine dans le cerveau mais beaucoup de questions sur le fonctionnement exact n’ont pas encore de réponses.

Une étude publiée en janvier 2023 dans Neuropsychopharmacology pourrait aider à expliquer pourquoi les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine atténuent les émotions.

L’équipe de recherche a émis l’hypothèse que ceux-ci interfèrent avec l'”apprentissage par renforcement”, c’est-à-dire le processus de construction de connaissances par essais et erreurs, ou une boucle de rétroaction qui envoie un message positif ou négatif au cerveau.

De nombreuses fonctions cognitives n’ont pas été affectées par l’utilisation chronique d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine mais l’impact sur l’apprentissage par renforcement souligne le rôle que joue la sérotonine dans la perception des rétroactions gratifiantes et punitives, souligne une chercheuse. La façon précise dont ce processus fonctionne reste inconnue.

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Les inhibiteurs de la recapture de la norépinéphrine et de la dopamine comme le bupropion, affectent également la sérotonine dans une certaine mesure, mais n’ont pas été inclus dans l’étude. Certains médecins prescrivent ce type d’antidépresseurs pour aider à éviter l’émoussement affectif et les effets secondaires sexuels associés.

Les médicaments qui ciblent d’autres substances chimiques du cerveau sont également considérés comme moins susceptibles d’atténuer les émotions. Il peut s’agir des antidépresseurs tricycliques, des inhibiteurs de la monoamine oxydase et d’autres formulations d’antidépresseurs plus anciennes.

Davantage de recherches sont nécessaires pour le confirmer, car il n’existe actuellement pas de comparaisons directes des antidépresseurs les plus ou les moins associés à un affect réduit.

Qu’est ce qui peut laisser penser qu’un antidépresseur pose problème ?

Pour savoir si un antidépresseur pose ce problème, voici quelques symptômes :

  • se sentir incapable de rire ou de pleurer,
  • avoir des difficultés à exprimer l’affection, l’amour, la peur ou la colère,
  • avoir du mal à partager la joie ou la tristesse,
  • se sentir émotionnellement détaché de ses proches.

Le dysfonctionnement sexuel est un autre symptôme clé et, pour certaines personnes, c’est même le premier. La diminution de l’excitation sexuelle est l’un des plus gros problèmes des personnes sous inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Le sexe peut naturellement être un moteur de beaucoup d’émotions positives.

Les personnes non averties de ces effets secondaires potentiels peuvent l’interpréter de façon très problématique. Ne pas ressentir autant de joie et être indifférent à une information tragique peut donner le sentiment de perdre son empathie et cette inquiétude peut potentiellement aggraver la dépression.

Quelles molécules d’antidépresseurs peuvent entraîner l’émoussement affectif ?

Les antidépresseurs qui affectent les niveaux de sérotonine dans l’organisme et les plus susceptibles de réduire l’affect sont de 2 types :

Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, formulés avec :

  • escitalopram
  • paroxétine,
  • fluoxétine,
  • sertraline,

Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la norépinéphrine, formulés avec :

  • duloxétine
  • venlafaxine,
  • desvenlafaxine,
  • lévomilnacipran.

Un thérapeute peut également aider à gérer les symptômes d’émoussement affectif.

Qui est touché par l’émoussement affectif ?

Dans une étude, publiée en avril 2022 dans Annals of General Psychiatry, près des ¾ des participants souffrant de dépression aiguë ont signalé de l’émoussement affectif.

Un 1/4 de ceux en rémission a ressenti une apathie sévère. Environ 56 % l’ont imputé à leur dépression alors que 45 % ont pensé que leurs antidépresseurs en étaient responsables.

Il n’y a pas de moyen définitif de prédire le risque d’émoussement affectif mais certains experts ont observé des tendances anecdotiques :

  • les personnes qui gagnent leur vie en faisant l’expérience d’émotions fortes peuvent être plus affectées si ces sentiments sont atténués par les antidépresseurs (écrivains, artistes et professionnels des domaines créatifs). La plupart apprennent à accéder à leur créativité, malgré leur éventail affectif plus limité,
  • les personnes ayant le plus grand besoin d’expériences positives (parfois appelées “chercheurs de sensations fortes”) semblent également plus sensibles. Elles peuvent être poussées à rechercher de nouvelles façons parfois malavisées de raviver leurs émotions endormies (conduire au de la limite de vitesse, s’engager dans des sports dangereux ou prendre des substances nocives ou addictives).

Quels sont les 5 conseils pour gérer l’émoussement affectif sous antidépresseurs ?

La persistance et l’ampleur de l’émoussement émotionnel varient d’une personne à l’autre.

Chez certaines, il semble s’estomper et s’améliorer avec le temps, mais pour d’autres c’est un effet secondaire persistant.

Il est difficile de savoir si les antidépresseurs contribuent à l’émoussement affectif par rapport à la dépression elle-même. À mesure que la dépression s’atténue,  les réponses émotionnelles s’élargissent.

N’arrêtez pas brusquement votre antidépresseur

Si vous ressentez un affect réduit, n’arrêtez pas votre traitement du jour au lendemain. Si vous prenez votre antidépresseur depuis au moins quatre à six semaines et que vous ne le prenez plus soudainement, vous pourriez ressentir un syndrome de sevrage avec ces symptômes possibles :

  • anxiété,
  • vertiges ou nausées
  • symptômes pseudo-grippaux,
  • maux de tête,
  • irritabilité,
  • réapparition des symptômes dépressifs,
  • sensations ressemblant à un choc électrique,
  • rêves vifs, insomnie ou fatigue.

De nombreux effets secondaires des antidépresseurs surviennent au début de la prise et ne sont que temporaires. Ils peuvent disparaître assez rapidement.

Si vous décidez finalement d’arrêter votre antidépresseur, discutez d’abord avec un médecin.

Demandez à votre médecin de réduire la dose de votre antidépresseur

Si vous avez des difficultés avec des effets secondaires de type émoussement affectif pendant plusieurs semaines ou plus, informez votre médecin. Il peut choisir de réduire la dose de l’antidépresseur pour atténuer les effets secondaires.

Envisagez de changer d’antidépresseur

Si vous estimez que les effets secondaires sont trop importants, voyez avec votre médecin si vous pouvez en changer. Parfois, il faut quelques essais et erreurs pour trouver l’antidépresseur qui convient.

40 ou 50 antidépresseurs sont disponibles, les alternatives sont nombreuses mais peu d’études comparent directement comment les autres médicaments réduisent l’émoussement affectif.

Essayez la pleine conscience

Toutes activités qui invitent à faire une pause et à se détendre (approche en pleine conscience) peuvent aider à élargir la palette émotionnelle en s’attardant sur les émotions positives : promenade dans la nature, visite d’une galerie d’art, écoute de musique,  lecture d’un livre captivant, pratique d’un passe-temps.

La pleine conscience est consiste à se concentrer sur les pensées et les sentiments présents plutôt que sur ceux du passé (regrets, remords) ou du futur (appréhension). Elle présente plusieurs avantages, étayés par la recherche, contre la dépression, en aidant à ne pas juger ses pensées et ses sentiments et à mieux les gérer.

Faites de l’exercice la plupart des jours de la semaine

Les preuves sont claires et solides : le meilleur et le plus robuste des antidépresseurs est l’exercice. Au moins 30 minutes par jour, trois à cinq jours par semaine, peut aider à améliorer considérablement les symptômes de la dépression et de l’anxiété.

L’exercice peut également aider à soulager les effets secondaires des antidépresseurs, selon les recherches.

L’émoussement affectif semble être un effet secondaire des antidépresseurs. Les bénéfices des traitements peuvent s’accompagner d’effets indésirables. Malgré cela, les avantages des antidépresseurs l’emportent généralement sur leurs risques.

Si malgré des changements de mode de vie, vous constatez un réduction de l’affect en prenant un antidépresseur, parlez-en à votre médecin.

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