La capacité cardiorespiratoire à 40 ans pourrait prédire bien plus qu’un essoufflement après une course mais aussi donner des indices sur la durée de vie et le nombre d’années en bonne santé. Cette recherche, publiée dans le Journal of the American College of Cardiology, a révélé qu’une meilleure performance lors d’un test sur tapis roulant était liée à une durée de vie plus longue et à une espérance de vie en bonne santé, soit le nombre d’années vécues sans maladie.
L’autrice de l’étude, Clare Meernik, professeure adjointe en sciences de la santé de la population à la faculté de médecine de l’Université Duke, a déclaré que cette recherche est différente, en allant au-delà de la relation entre la forme physique et une seule maladie (l’axe central de nombreuses études antérieures). Son objectif était de comprendre comment la forme physique à 40 ans influence l’apparition de plusieurs maladies et l’espérance de vie. Les résultats ont effectivement suggéré un lien.
Comment s’est déroulée la recherche sur la capacité cardiorespiratoire à 40 ans et la longévité ?
Pour explorer l’association entre la condition physique à la quarantaine, la longévité et l’espérance de vie en bonne santé, les chercheurs ont rassemblé les données de plus de 24 000 personnes inscrites à la Cooper Center Longitudinal Study.
Ce programme de longue date a suivi la santé et les habitudes de vie des participants de 1971 à 2017. Environ trois quarts des participants étaient des hommes.
Les chercheurs ont évalué la capacité cardiorespiratoire, c’est-à-dire l’efficacité avec laquelle le cœur et les poumons fournissent de l’oxygène pendant une activité physique, en se basant sur les performances antérieures des participants lors d’un test sur tapis roulant réalisé en clinique avant l’âge de 65 ans.
Comme l’a expliqué Clare Meernik, les participants commençaient par marcher sur un tapis roulant dont l’inclinaison et la vitesse augmentaient progressivement, et continuaient jusqu’à ce que poursuivre devienne dangereux ou trop difficile.
En fonction de leurs performances, chaque participant a reçu un score d’« équivalent métabolique », une mesure de l’efficacité avec laquelle le corps utilise l’oxygène pendant l’exercice. Les chercheurs ont ensuite divisé les participants en trois catégories de capacité cardiorespiratoire (faible, moyenne et élevée) et ont comparé ces niveaux à la durée de vie et au développement de 11 affections chroniques, dont des maladies cardiaques, rénales, diabète et cancer.
Quels sont les résultats obtenus par les chercheurs ?
Les participants ayant un niveau de forme physique plus élevé avant l’âge de 65 ans (pour les hommes, au moins 11 à 15 MET et 9 à 12 MET pour les femmes) ont bénéficié de retombées significatives pour leur santé et leur longévité par la suite.
Les personnes du groupe le plus en forme :
- ont généralement développé des maladies plus tard et moins souvent que celles des groupes moins en forme,
- elles ont vécu au moins 1,5 année supplémentaire en moyenne avant de développer des pathologies et ont présenté 9 % de maladies en moins,
- elles étaient plus susceptibles de vivre plus longtemps (3 % plus longue au sein de ce groupe). Si une hausse de 3 % peut paraître minime, pour une espérance de vie de 80 ans, c’est 2,4 années en plus. Par ailleurs, la progression de l’espérance de vie est associée à de nombreux petits gains qui s’accumulent. La capacité cardiorespiratoire compte pour un de ces gains.
Quelles sont les limites de cette étude ?
Les études d’observation comme celle-ci ne peuvent prouver de relation de cause à effet et la population étudiée n’était pas représentative des États-Unis. Mais le message de fond reste valide.
Jaqueline Gavino, directrice du fitness au Pritikin Longevity Center, qui n’a pas participé à la recherche, a déclaré que cette étude présente plusieurs points forts, comme la grande taille de l’échantillon, la mesure objective de la capacité cardiorespiratoire par des tests sur tapis roulant, et le suivi à long terme liant la forme physique à l’espérance de vie en bonne santé, à la charge de morbidité et à la durée de vie. De plus, les chercheurs sont allés au-delà de la seule mortalité pour examiner l’espérance de vie en bonne santé, ce qui est un résultat de longévité beaucoup plus significatif, a-t-elle ajouté.
Pourtant, quelques limites méritent d’être soulignées, selon Justin J. Fiutem, physiologiste de l’exercice et chercheur associé à la Case Western Reserve University. Les participants sont principalement issus de la région de Dallas, au Texas, ce qui peut limiter la possibilité de généraliser les résultats. Ils étaient majoritairement blancs, avec un accès à des soins de santé préventifs et généralement une meilleure forme que la population générale des États-Unis.
Comment se faire une idée de sa capacité cardiorespiratoire ?
Clare Meernik ne recommande pas d’essayer de reproduire le test sur tapis roulant sans la supervision d’un professionnel de la santé qualifié. À la place, elle a suggère une évaluation appelée test de Cooper.
Ce test consiste à voir combien de tours on peut courir en 12 minutes, puis à utiliser cette distance pour estimer son niveau de forme physique à l’aide d’un calculateur en ligne. Certains trackers de fitness estiment également les niveaux de forme, mesurés sous forme de VO2 max, mais elle a précisé que la précision de ces mesures est encore à l’étude.
Comment stimuler sa capacité cardiorespiratoire ?
Plusieurs activités physiques aérobiques peuvent aider à stimuler la capacité cardiorespiratoire : marche rapide, cyclisme, natation et entraînement par intervalles.
Même des améliorations modestes comptent. La régularité est essentielle. L’adoption à long terme d’un mode de vie actif entretient les améliorations de la condition physique et de la santé globale. Garder ou prendre l’habitude de pratiquer une activité appréciée à mi-vie et progresser graduellement permet d’atteindre les directives d’activité physique recommandées :
- 150 à 300 minutes par semaine d’activité aérobique d’intensité modérée,
- 75 à 150 minutes par semaine d’activité aérobique d’intensité soutenue, ou
- une combinaison des deux répartis sur la semaine.
La capacité cardiorespiratoire n’est qu’une pièce du puzzle du vieillissement en bonne santé. Préserver son cœur et ses poumons à 40 ou 50 ans est un investissement pour l’avenir. Des facteurs liés au mode de vie comme la nutrition, le sentiment d’avoir un but, les relations sociales et la gestion du stress jouent également des rôles importants dans la santé et la longévité.
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