De nombreuses femmes ont recours au Traitement Hormonal de la Ménopause (THM) pour atténuer des symptômes de bouffées de chaleur et de sueurs nocturnes. Aujourd’hui, deux nouvelles études suggèrent que ce traitement pourrait offrir un autre avantage majeur : prévenir le risque de démence.
Les données sont même un peu déroutantes, puisque certaines études antérieures étaient arrivées à des conclusions exactement opposées. Il faut continuer les recherches et garder à l’esprit ce qui est prouvé et ce qui reste à déterminer, a déclaré Jennifer Bruno, docteure en sciences du système nerveux à l’Université de Stanford et co-autrice de l’une des nouvelles études, publiée dans la revue Neurology.
À l’heure actuelle, il n’est donc pas prouvé avec certitude que le THM améliore la santé cérébrale. Mais comme environ les deux tiers des personnes atteintes d’Alzheimer sont des femmes, il faut absolument donner suite à ces résultats et en savoir plus, a indiqué la Dre Manisha Parulekar, spécialiste de la santé cérébrale au Hackensack University Medical Center, formée initialement à la gynécologie-obstétrique qui n’a pas participé aux nouvelles recherches.
Quels sont les enseignements des études sur l’avantage du THM pour réduire le risque de démence ?
L’étude de Jennifer Bruno et celle publiée dans Alzheimer’s & Dementia suggèrent que les femmes qui prennent des hormones pourraient avoir une meilleure santé cognitive en vieillissant mais elles ont adopté des approches différentes :
- l’étude parue dans Alzheimer’s & Dementia : s’est appuyée sur les données de plus de 183 000 femmes post-ménopausées participant à un vaste essai clinique de longue durée au Royaume-Uni. Les chercheurs ont suivi leur état de santé pendant environ 13 ans. Durant cette période, près de 4 000 femmes ont reçu un diagnostic de démence et celles qui avaient utilisé une forme quelconque de THM présentaient un risque d’environ 10 % inférieur de figurer dans ce groupe,
- le projet de Jennifer Bruno : l’équipe a souhaité aller au-delà des diagnostics de démence pour étudier directement le cerveau de femmes ayant eu recours au THM, la méthode « de référence » pour évaluer la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux et les données d’autopsie de plusieurs centaines de femmes décédées ayant suivi un traitement hormonal à base d’œstrogènes seuls, ainsi que de plusieurs milliers d’autres n’en ayant pas pris. Les utilisatrices d’œstrogènes présentaient des risques de changements cérébraux liés à Alzheimer inférieurs d’environ 35 % par rapport aux femmes n’ayant pas eu recours au THM.
Les œstrogènes jouent un rôle crucial dans la santé du cerveau, et leur chute brutale après la ménopause, en particulier lors d’une ménopause précoce, a été associée à la démence. Les chercheurs ont une raison théorique très solide de penser que le traitement hormonal substitutif devrait être bénéfique, souligne Jennifer Bruno. Une autre étude récente a également révélé qu’un THM associant une forme d’œstrogène et de la progestérone pouvait atténuer le brouillard cérébral lié à la ménopause, renforçant l’hypothèse des bienfaits cognitifs des œstrogènes.
Qu’est ce que les nouvelles études n’ont pas pu démontrer ?
Ces études ne prouvent pas de manière définitive que le THM protège le cerveau, prévient la Dre Emily Griffin, obstétricienne-gynécologue à l’Université de la santé et des sciences de l’Oregon, qui n’a pas participé aux recherches.
Les deux études sur le THM et la démence étaient de nature observationnelle. Elles ont comparé des personnes ayant développé une démence à d’autres n’en souffrant pas, puis ont recherché les facteurs ayant pu influencer les résultats. Cette approche permet de mettre en évidence des tendances, explique la Dre Griffin, mais elle ne peut pas établir de relation de cause à effet.
De plus, elles n’ont pas pleinement tenu compte de toutes les subtilités du traitement hormonal, comme le moment où chaque personne l’a commencé, la dose exacte et la formulation utilisées. Ces distinctions ont leur importance et peuvent également expliquer pourquoi les recherches ont été si divergentes : certaines études mettant en évidence des risques cognitifs, d’autres trouvant des avantages, relève la Dre Parulekar. Par exemple, un essai influent du début des années 2000, qui avait conclu à un risque accru de démence, s’était concentré sur des femmes ayant commencé un traitement associant des œstrogènes et de la progestine à l’âge de 65 ans ou plus. Les études portant sur des femmes plus jeunes et sur celles prenant un traitement à base d’œstrogènes seuls ont généralement abouti à de meilleurs résultats.
Que peut-on en conclure pour les femmes ?
Lorsque les patientes de la Dre Griffin demandent si elles devraient prendre un THM pour protéger leur cerveau, elle leur explique ne pas disposer, à ce stade, de preuves certaines de son efficacité préventive.
Il ne faut pas se précipiter, abonde la Dre Parulekar. Le domaine médical a besoin d’essais plus rigoureux avant que les médecins ne puissent recommander explicitement le THM pour prévenir la démence.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune raison de prendre des hormones. Bien au contraire affirme la Dre Griffin. Ce traitement peut faire une différence considérable pour les personnes qui luttent contre les symptômes de la ménopause de bouffées de chaleur et de sueurs nocturnes, et il peut, en plus renforcer la santé osseuse.
Il faut échanger avec son gynécologue pour savoir si le THM convient :
- généralement déconseillé aux femmes présentant un risque élevé de certains cancers, ou après l’âge de 65 ans,
- souhaitable d’utiliser une formulation associant des œstrogènes à de la progestérone, car les médicaments à base d’œstrogènes seuls peuvent augmenter le risque de cancer de l’utérus.
Ne pas oublier les nombreuses autres façons de protéger le cerveau : en traitant les maladies chroniques, en faisant de l’exercice physique et en restant socialement active, rappelle la Dre Parulekar.
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