Cancer du poumon chez les non-fumeurs : la piste de la mutation génétique

Auteur: François Lehn

Publié le:

Cancer du poumon chez les non-fumeurs : la piste de la mutation génétique
Une étude publiée dans Science apporte un élément précis : une mutation génétique héréditaire rare du gène EGFR pourrait augmenter fortement le risque de cancer du poumon chez certains patients.

Le cancer du poumon conserve l’image d’une maladie presque exclusivement liée au tabac. C’est une vision incomplète.

Environ 10 à 20 % des diagnostics concernent des personnes qui n’ont jamais fumé. Le cancer du poumon chez les non-fumeurs reste moins fréquent, mais il ne relève pas d’une exception médicale.

Une étude publiée dans Science apporte un élément précis : une mutation génétique héréditaire rare du gène EGFR pourrait augmenter fortement le risque de cancer du poumon chez certains patients.

Cancer du poumon chez les non-fumeurs : ce que révèle EGFR

Le gène EGFR participe aux signaux qui commandent la croissance des cellules. Lorsqu’il est altéré, ce mécanisme peut encourager une cellule pulmonaire à se multiplier sans contrôle.

La mutation T790M est présente dès la naissance

La mutation étudiée, appelée EGFR T790M, ne se limite pas à la tumeur. Elle peut être transmise au sein d’une famille et se retrouver dans toutes les cellules de la personne porteuse.

Elle avait été repérée en 2005 dans une famille européenne touchée par plusieurs cancers du poumon, malgré l’absence de tabagisme. Sa rareté empêchait toutefois d’en mesurer l’effet à grande échelle. Cette nouvelle étude fournit enfin des chiffres solides.

Un risque accru, pas une certitude de maladie

L’équipe co-dirigée par la Dre Jaclyn LoPiccolo, chercheuse au Dana-Farber Cancer Institute, a analysé une vaste base de données génétiques du 23andMe Research Institute. Les porteurs de T790M avaient un risque de cancer du poumon multiplié par 25, fumeurs et non-fumeurs réunis.

Chez les personnes n’ayant jamais fumé, le risque était multiplié par 60. Ce chiffre exprime un risque relatif. Il ne signifie pas que chaque porteur développera un cancer. Le risque de départ étant faible chez les non-fumeurs, l’interprétation doit rester individuelle et accompagnée d’un conseil génétique.

Une cause parmi plusieurs

La génétique éclaire une partie des diagnostics, mais elle ne résume pas toute l’histoire. Le cancer du poumon chez les non-fumeurs résulte souvent d’un ensemble de facteurs, parfois difficiles à départager.

Une mutation rare, plus présente dans certaines régions

Environ une personne sur 15 000 serait porteuse de la mutation T790M. Sa fréquence atteindrait une personne sur 2 000 dans le sud des Appalaches.

Les chercheurs évoquent un effet fondateur : la mutation aurait pu être introduite par un ancêtre venu d’Angleterre ou d’Irlande il y a plus de deux siècles. Cette concentration régionale peut guider les recherches familiales, sans remplacer l’évaluation clinique.

Pollution, radon et antécédents familiaux comptent aussi

Ne pas fumer réduit fortement le risque, mais n’offre pas une protection absolue. Le radon, l’amiante, certaines expositions professionnelles et la pollution de l’air restent des facteurs connus ou étudiés.

Des travaux du Centre national de recherche sur le cancer espagnol ont associé la pollution atmosphérique à des lésions de l’ADN pouvant participer à la formation de tumeurs. Une revue clinique de l’European Respiratory Society rappelle aussi le rôle d’autres altérations, comme ALK et KRAS, dans les cancers pulmonaires des non-fumeurs.

Le dépistage doit encore trouver sa place

Le dépistage du cancer du poumon repose aujourd’hui sur le scanner à faible dose de radiation. Aux États-Unis, il cible les personnes de 50 à 80 ans ayant fumé au moins 20 paquets-années et qui fument encore, ou ont arrêté depuis moins de 15 ans.

Les porteurs de T790M restent hors des recommandations

Une personne porteuse d’une mutation héréditaire EGFR peut ne pas entrer dans ces critères. Pourtant, son risque familial mérite une discussion avec un oncologue, un pneumologue ou un conseiller en génétique.

Le dépistage trop large peut aussi révéler de petits nodules sans gravité et entraîner des examens inutiles. Il faut donc éviter deux écueils : ignorer un risque familial documenté, ou multiplier les scanners sans stratégie médicale claire.

L’étude INHERIT prépare une réponse plus personnalisée

La Dre LoPiccolo dirige l’étude INHERIT, destinée aux personnes ayant une prédisposition génétique héréditaire au cancer du poumon. Les participants sont suivis selon leurs antécédents familiaux, leur profil génétique, leur tabagisme et leurs expositions environnementales.

L’objectif est simple : détecter une éventuelle tumeur à un stade où elle peut être retirée ou traitée plus facilement. Une synthèse récente sur le cancer du poumon des personnes n’ayant jamais fumé décrit EGFR comme l’un des principaux moteurs moléculaires de ces tumeurs.

À retenir

La mutation EGFR T790M n’explique pas tous les cancers du poumon chez les non-fumeurs. Elle identifie cependant un risque familial concret, qui pourrait un jour modifier les règles du dépistage.

La prévention reste multiple : ne pas fumer, mesurer le radon à domicile lorsque l’exposition est possible, limiter les expositions professionnelles et signaler les cancers pulmonaires dans sa famille. Une toux durable, un essoufflement inhabituel ou des crachats sanglants exigent un avis médical, quel que soit le statut tabagique.

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