Le télétravail accentue le risque pour la santé lié à la sédentarité

Auteur: François Lehn

Publié le:

Le télétravail accentue le risque pour la santé lié à la sédentarité
Le télétravail ne condamne personne à la sédentarité at à rester assis. Il demande de recréer volontairement les déplacements que le trajet et la vie de bureau apportaient presque sans y penser.

Travailler chez soi permet de dormir un peu plus, mais la journée devient aussi plus immobile. Une étude finlandaise récente observe environ 15 minutes de sommeil supplémentaires et 45 minutes de plus passées assis ou allongé lors des journées à distance.

Le télétravail augmente la sédentarité sans que les salariés en aient toujours conscience. La prévention repose alors sur des gestes ordinaires, répétés au fil de la journée.

Une étude finlandaise montre que le télétravail augmente la sédentarité

L’étude WORKDAY, menée par l’Université de Turku, a suivi 99 salariés en travail hybride. Chacun portait un accéléromètre fixé à la cuisse pendant des journées au bureau et à domicile. Cet appareil distinguait les postures et mesurait le sommeil, le temps sédentaire et l’activité physique sur vingt-quatre heures.

Les résultats, publiés dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, sont cohérents avec les données présentées dans l’étude sur les travailleurs hybrides finlandais. À domicile, le sommeil progresse d’environ 15 minutes. Mais le temps assis ou allongé gagne près de 45 minutes, tandis que la station debout, l’activité légère et l’activité modérée à soutenue diminuent.

Le trajet domicile-travail disparaît, avec une partie de l’activité quotidienne

Le changement ne vient pas seulement du bureau installé dans le salon. Les journées sur site imposent des déplacements souvent modestes, mais répétés. Il faut marcher jusqu’à un arrêt, pédaler, monter quelques marches, rejoindre une salle de réunion ou aller chercher son déjeuner.

À domicile, ces mouvements disparaissent. Selon les chercheurs, la marche et le vélo liés au trajet sont en partie remplacés par la position assise, la position allongée ou le sommeil. Ce n’est pas un défaut de discipline. C’est la disparition de ces occasions banales de bouger qui pèse sur le total quotidien.

À domicile, l’accès à un poste debout est souvent limité

La chercheuse Kristin Suorsa avance une explication concrète : les bureaux offrent plus souvent des postes de travail réglables en hauteur. Dans un logement, l’espace manque parfois. Une table de cuisine et une chaise restent la solution la plus simple, surtout lorsque le travail à distance s’est installé rapidement.

L’environnement organise une part importante de nos comportements. Chercher à réduire la sédentarité ne revient donc pas à culpabiliser les salariés. Il faut aussi considérer l’aménagement disponible, les contraintes familiales et le rythme réel de la journée.

Pourquoi la position assise prolongée mérite une vraie prévention

Rester assis longtemps n’est pas une maladie en soi. En revanche, un comportement très sédentaire est associé à davantage de douleurs musculosquelettiques, de raideur et de fatigue liée à l’inactivité. Il est aussi lié à une hausse du risque cardiovasculaire.

L’étude finlandaise ne démontre pas que le télétravail provoque directement ces troubles. Elle met en lumière une situation de prévention : des heures immobiles peuvent s’ajouter sans bruit à une journée déjà dense. Les résultats préliminaires disponibles sur medRxiv décrivent la même tendance, avec moins d’activité les jours à distance.

Télétravail et activité physique : deux habitudes différentes

Une séance de sport le soir reste utile. Elle ne transforme pas pour autant huit heures passées sans se lever. L’activité physique programmée et les interruptions de la position assise répondent à deux besoins différents.

Quelques minutes de marche, des escaliers ou un appel passé debout ne remplacent pas une activité régulière. Ces pauses réduisent toutefois la durée des périodes immobiles. La logique est simple : bouger souvent compte autant que bouger intensément, selon les possibilités de chacun.

Les symptômes arrivent parfois avant les habitudes

Une nuque tendue, des épaules raides ou des jambes lourdes ne permettent pas de poser un diagnostic. Ils peuvent pourtant signaler une journée trop statique. Attendre la douleur persistante pour changer ses habitudes est rarement une bonne stratégie.

Une pause active n’a pas besoin d’être longue pour rompre une période assise qui s’étire depuis des heures.

La prévention consiste à repérer ces moments où l’on enchaîne réunions, courriels et tâches concentrées sans quitter sa chaise.

Comment rendre les journées de télétravail plus actives

Les solutions n’exigent ni matériel coûteux ni programme sportif compliqué. Il s’agit de recréer une partie des mouvements perdus avec le trajet et les déplacements du bureau. Une pause après une réunion, quelques pas avant de répondre à un message ou une marche au déjeuner changent la structure de la journée.

Changer de position sans bouleverser son organisation

Alterner les positions est un point de départ réaliste. On peut travailler assis, puis se tenir debout pour relire un document ou prendre un appel. Entre deux tâches, se déplacer dans le logement pendant une ou deux minutes aide à casser l’immobilité.

Les jours à domicile, une pause plus longue peut aussi remplacer une partie du trajet absent. Marcher avant de commencer, sortir à midi ou prévoir une activité de loisir en mouvement rend le rythme plus équilibré. La régularité vaut davantage qu’une installation parfaite.

Créer une culture des pauses dans les équipes à distance

Les pauses restent parfois perçues comme un manque d’implication. Cette idée pousse certains salariés à rester visibles en ligne, même lorsqu’ils ont besoin de se lever. Les responsables ont un rôle simple : normaliser ces interruptions et éviter d’enchaîner les réunions sans marge.

Lorsque le sujet s’y prête, une réunion audio peut se faire en marchant. Des rappels collectifs et des horaires qui préservent de vrais temps de déplacement facilitent aussi ces habitudes. Les conclusions relayées par Newswise rappellent que le sommeil plus long ne doit pas masquer la baisse globale des mouvements.

Ce que cette recherche change pour la santé au travail

Le télétravail apporte une organisation plus souple et un gain de sommeil modeste. Ces avantages comptent. Mais ils peuvent s’accompagner d’une réduction des mouvements intégrés aux journées au bureau.

WORKDAY porte sur des salariés hybrides, en Finlande. Ses résultats ne décrivent donc pas toutes les professions ni toutes les situations familiales. Ils donnent néanmoins un repère utile aux employeurs comme aux salariés : la santé au travail dépend aussi de la façon dont une journée est physiquement construite.

À retenir

Le télétravail ne condamne personne à la sédentarité at à rester assis. Il demande de recréer volontairement les déplacements que le trajet et la vie de bureau apportaient presque sans y penser.

La prévention tient dans des choix simples : varier les positions, interrompre régulièrement les périodes assises et préserver des pauses actives. Ces gestes répétés rendent la journée à distance moins immobile, sans la rendre plus lourde.

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