Prévention des troubles de mémoire : ce que montre la marche en Sardaigne

Auteur: François Lehn

Publié le:

Prévention des troubles de mémoire : ce que montre la marche en Sardaigne
Chez ces personnes âgées de Sardaigne, marcher plus et rester moins assis étaient associés à moins de plaintes de mémoire.

Marcher davantage au quotidien est-il lié à une meilleure mémoire après 80 ans ? Une étude publiée en 2026 dans Experimental Gerontology apporte un élément de réponse auprès de 118 habitants âgés de la zone bleue sarde.

Dans ce groupe, un mouvement quotidien plus important et moins de temps assis étaient associés à moins de plaintes de mémoire. Il s’agit d’une association statistique, pas d’une preuve que la marche prévient à elle seule la démence.

Le mouvement quotidien était lié à moins de plaintes de mémoire

Les zones bleues désignent des territoires connus pour leur concentration inhabituelle de personnes très âgées. Dans certains villages montagneux de Sardaigne, la longévité a attiré l’attention des chercheurs depuis plusieurs décennies.

L’étude a réuni 118 personnes vivant encore chez elles, âgées en moyenne de 82 ans. Elles étaient nées dans cette zone et y avaient vécu depuis toujours, avec au moins deux générations familiales précédentes sur place. Aucun participant ne présentait de trouble cognitif sévère ni de maladie neurologique ou locomotrice empêchant la marche.

Les auteurs, M. C. Fastame, B. Brandas et M. Pau, ont publié leurs résultats dans l’étude originale d’Experimental Gerontology. Parmi les participants, 83 % déclaraient pratiquer régulièrement des loisirs, des activités sportives ou socioculturelles. Ce détail compte : bouger dans ces villages ne se résume pas à faire de l’exercice.

Chaque participant portait un accéléromètre au poignet non dominant durant sept jours consécutifs. Une journée était retenue lorsque l’appareil avait été porté au moins 16 heures. Les chercheurs pouvaient alors estimer le nombre de pas, le temps sédentaire et l’efficacité du sommeil.

Les plaintes de mémoire reposaient sur le ressenti des personnes. Une question issue de l’échelle de dépression gériatrique leur demandait si elles jugeaient avoir davantage de problèmes de mémoire que les autres personnes de leur âge.

Cette distinction est importante. Oublier un rendez-vous, chercher un mot ou égarer ses lunettes peut inquiéter. Pourtant, une plainte de mémoire n’est pas automatiquement un déficit repéré lors d’un examen cognitif.

Ce que les résultats permettent réellement d’affirmer

Les personnes qui faisaient plus de pas et restaient moins assises rapportaient moins souvent ces difficultés. Une meilleure perception de leur santé physique et davantage de confiance dans leur mémoire allaient dans le même sens.

Selon les modèles utilisés, l’ensemble de ces facteurs expliquait environ 24 % à 40 % des différences observées entre les participants. L’efficacité du sommeil mesurée par le capteur ne ressortait pas comme un facteur associé aux plaintes de mémoire.

La marche n’est pas une ordonnance contre la démence. Dans cette étude, elle est liée à un ressenti plus favorable de la mémoire.

Les données détaillées de l’échantillon, dont 54 hommes et 64 femmes, sont aussi accessibles dans la notice scientifique de PubMed. Leur score moyen au Mini-Mental State Examination était proche de 26, ce qui indique une efficience cognitive globalement préservée.

Pourquoi l’activité physique peut soutenir la santé cognitive

Le cerveau dépend d’un apport sanguin continu, comme une ville dépend de ses voies de circulation. La marche régulière peut participer à une meilleure circulation, à l’oxygénation des tissus et à la santé des vaisseaux. Elle est aussi liée, dans d’autres travaux, à une meilleure régulation du glucose.

Des recherches ont associé l’activité physique à des volumes plus élevés de matière grise et de l’hippocampe, une région impliquée dans la mémoire. Elles évoquent aussi le BDNF, une protéine participant au fonctionnement et à la croissance des cellules nerveuses. Ces mécanismes restent des pistes, pas une démonstration tirée de l’étude sarde.

Une vie active apporte souvent autre chose que des pas. Aller au marché, rencontrer des voisins, participer à une activité locale ou jardiner demande de l’attention, crée des liens et soutient l’humeur. Ces éléments peuvent influencer la manière dont une personne perçoit sa mémoire.

Le temps assis compte aussi

La prévention ne dépend pas d’une séance de sport intense. Se lever régulièrement, marcher dans la maison, faire un trajet à pied ou entretenir un jardin réduit le temps passé assis. Chez les participants sardes, cette moindre sédentarité était associée à moins de plaintes.

Il n’existe pas de nombre de pas universel. L’équilibre, l’arthrose, l’essoufflement, les traitements et les antécédents cardiovasculaires doivent guider le rythme. Une activité adaptée et régulière vaut mieux qu’un objectif irréaliste imposé par une montre connectée.

La confiance en sa mémoire modifie le ressenti

La plainte de mémoire dépend aussi de la manière dont on s’observe. L’anxiété, une humeur dépressive, la fatigue ou une mauvaise perception de son état physique peuvent amplifier l’impression de perdre ses repères.

Cela ne veut pas dire qu’il faut banaliser les oublis. Des difficultés fréquentes, qui s’aggravent ou perturbent les activités quotidiennes, justifient une consultation médicale. Un professionnel peut distinguer un changement lié à l’âge, une cause traitable, un trouble de l’humeur ou un problème cognitif à surveiller.

Une piste utile pour la prévention du déclin cognitif

Cette recherche invite à considérer le mouvement quotidien comme une pièce d’un ensemble plus large. Le suivi médical, le contrôle de la tension artérielle et du diabète, le sommeil, les relations sociales et l’audition participent aussi au vieillissement en bonne santé.

Suivre ses habitudes de marche peut aider à repérer une période trop sédentaire. Ce chiffre ne doit pourtant pas devenir une garantie contre la maladie d’Alzheimer. Il sert surtout de repère simple pour entretenir une routine compatible avec ses capacités.

Les auteurs appellent à la prudence. Leur étude est transversale, conduite auprès d’un petit groupe très sélectionné de Sardes. Une seule question évaluait la plainte de mémoire, l’examen cognitif était limité et le capteur au poignet peut surestimer les pas ou mal classer le temps assis. Le texte complet disponible auprès de l’Université de Cagliari décrit ces limites.

À retenir

Chez ces personnes âgées de Sardaigne, marcher plus et rester moins assis étaient associés à moins de plaintes de mémoire. L’étude ne prouve pas qu’augmenter ses pas évite la démence.

La prévention repose sur des habitudes réalistes : bouger selon ses possibilités, préserver ses liens sociaux et demander un avis médical lorsque les oublis deviennent gênants.

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