Écrans, cyberharcèlement: un risque fort de pensées suicidaires chez les jeunes adultes

Auteur: François Lehn

Publié le:

Écrans, cyberharcèlement: un risque fort de pensées suicidaires chez les jeunes adultes

Passer beaucoup de temps en ligne n’explique pas, à lui seul, les pensées suicidaires. Pourtant, chez les étudiants, l’usage intensif des écrans et le harcèlement en ligne sont associés à une plus grande fréquence de ces pensées.

Une vaste enquête américaine publiée en 2026 invite à regarder la vie numérique avec plus d’attention, sans accuser les réseaux sociaux, les jeux ou les messageries de tous les maux. Ce qui compte aussi, c’est ce qui s’y passe, ce que la personne y subit et ce qu’elle n’arrive plus à dire.

Ce que révèle l’étude chez les étudiants américains

L’étude a été publiée dans l’American Journal of Public Health. Les chercheurs ont analysé les réponses de plus de 46 000 étudiants américains, recueillies en 2023 et 2024 dans le cadre de la Healthy Minds Study. Les résultats complets sont disponibles dans l’étude publiée par l’American Journal of Public Health.

Les participants indiquaient le temps passé en ligne en dehors des études et du travail. Cette catégorie incluait les réseaux sociaux, les jeux vidéo, les plateformes de discussion et d’autres activités sur Internet. Ils répondaient aussi à des questions sur le harcèlement en ligne et sur d’éventuelles pensées suicidaires sérieuses au cours des douze derniers mois.

L’analyse ne s’est pas arrêtée au nombre d’heures. Les chercheurs ont pris en compte la dépression, la qualité du sommeil et les difficultés financières. Ces éléments pèsent lourd dans la santé mentale d’un étudiant. Ils peuvent aussi modifier la place qu’Internet prend dans une journée déjà fragile.

Un résultat attire l’attention. L’association entre un temps passé en ligne plus long et les pensées suicidaires était plus forte chez les hommes cisgenres. Cette observation contraste avec une partie des travaux antérieurs, souvent centrés sur les adolescentes et les jeunes femmes.

Les résultats variaient aussi chez les femmes cisgenres, ainsi que chez les étudiants transgenres ou non conformes au genre. Une même moyenne ne raconte donc pas la même histoire pour tout le monde. Les expériences sur Internet, le soutien reçu et la manière d’exprimer la souffrance peuvent différer fortement d’un groupe à l’autre.

Ces données ne disent pas que les écrans causent des idées suicidaires. Elles montrent une association statistique. Une personne en difficulté peut se tourner davantage vers les espaces numériques, tout comme certaines expériences en ligne peuvent accentuer une détresse déjà présente.

Le cyberharcèlement ajoute une pression réelle

Les étudiants ayant déclaré subir du harcèlement sur Internet rapportaient plus souvent des pensées suicidaires. Là encore, les liens différaient selon le genre. Le cyberharcèlement ne se limite pas à un message désagréable ou à une dispute isolée.

Il peut prendre la forme d’insultes répétées, de menaces, d’une exclusion organisée d’un groupe, de montages humiliants ou de la diffusion d’informations intimes. Son caractère continu rend la situation épuisante. Le téléphone, qui devrait parfois permettre de souffler, devient alors une porte ouverte sur l’agression.

Un usage fréquent d’Internet n’est pas un diagnostic. En revanche, une souffrance qui s’installe mérite d’être prise au sérieux.

Pourquoi la vie en ligne peut peser sur la santé mentale

Les outils numériques peuvent être utiles. Ils aident à garder le contact avec ses proches, à trouver une communauté et à demander de l’aide sans se déplacer. Pour un étudiant isolé, un échange en ligne peut même être le premier lien avec quelqu’un qui comprend sa situation.

Le problème apparaît quand les interactions deviennent hostiles, envahissantes ou épuisantes. Les notifications peuvent fragmenter l’attention. Les discussions de groupe peuvent se poursuivre tard dans la nuit. Les commentaires blessants peuvent être relus encore et encore, comme une phrase qui tourne en boucle dans une pièce silencieuse.

Selon la présentation de l’étude par Boston University, les soignants qui accompagnent des étudiants gagneraient à interroger leur vie numérique, au même titre que l’anxiété, la dépression ou les difficultés de sommeil. Une question simple peut ouvrir une conversation que la personne n’aurait pas engagée seule.

Comparaison sociale, exclusion et manque de sommeil

Sur les réseaux sociaux, chacun choisit ce qu’il montre. Les réussites, les soirées, les corps retouchés et les projets ambitieux prennent beaucoup de place. Face à ce défilé, un étudiant peut avoir l’impression de ne pas avancer, de ne pas être assez intéressant ou de manquer quelque chose.

Cette comparaison sociale n’atteint pas tout le monde de la même manière. Elle peut toutefois devenir plus dure lorsque l’estime de soi est déjà basse. Une exclusion visible, comme être retiré d’une conversation ou ignoré dans un groupe, peut aussi être vécue comme un rejet public.

Le sommeil est un autre point sensible. Les conflits et les alertes tardives repoussent l’heure du coucher. Or, plusieurs nuits courtes peuvent aggraver l’irritabilité, la tristesse et la difficulté à gérer le stress. Le temps d’écran est alors moins un simple compteur qu’un indice parmi d’autres.

Les jeunes hommes peuvent moins souvent demander de l’aide

L’étude pose une question inconfortable. Les jeunes hommes en détresse sont-ils toujours repérés à temps ? Certains parlent peu de leur anxiété ou de leurs idées noires. D’autres expriment leur malaise par l’isolement, la colère, le sommeil perturbé ou une immersion prolongée dans les jeux et les réseaux.

Ce silence ne veut pas dire que la souffrance est moins grave. Il peut rendre la situation plus difficile à voir pour les proches, les enseignants et les professionnels. Demander comment se passent les échanges en ligne, les parties de jeu, les messages reçus ou les conflits numériques peut apporter des informations essentielles.

Le sujet ne concerne pas seulement les hommes. Chaque étudiant mérite d’être écouté sans être réduit à son genre, à son temps d’écran ou à une application utilisée trop souvent.

Les signes de détresse à ne pas banaliser

Un changement soudain de comportement appelle une attention calme. Il ne faut pas interpréter chaque nuit passée sur un écran comme un signal d’alarme. En revanche, plusieurs changements qui s’accumulent doivent conduire à parler, surtout si la personne évoque des humiliations ou des menaces en ligne.

Le retrait des proches, la perte d’intérêt pour les études ou les activités habituelles, une irritabilité inhabituelle et une baisse des résultats peuvent signaler une difficulté. La peur de consulter son téléphone, des troubles du sommeil ou des propos marqués par le désespoir doivent aussi être entendus.

La personne peut donner l’impression de vouloir être seule tout en espérant que quelqu’un remarque son malaise. C’est pourquoi une présence régulière compte. Un ami, un parent, un colocataire ou un membre de l’université peut créer le premier espace de parole.

Parler sans juger le temps passé en ligne

Choisir un moment calme aide souvent. Plutôt que de reprocher des heures sur un téléphone, mieux vaut poser des questions ouvertes : “Est-ce que quelqu’un t’embête en ligne ?” ou “Est-ce que tu te sens en sécurité en ce moment ?”

Il est aussi possible de demander directement si la personne pense à se faire du mal ou au suicide. Cette question ne donne pas l’idée. Elle peut au contraire permettre à quelqu’un de dire ce qu’il gardait pour lui.

S’il existe un danger immédiat, le secret ne peut pas être maintenu. Rester auprès de la personne, lorsque c’est possible et sans se mettre soi-même en danger, est préférable à la laisser seule.

Répondre au cyberharcèlement et demander de l’aide

Face au harcèlement, répondre seul à tous les messages aggrave souvent l’épuisement. Bloquer les comptes malveillants, utiliser les outils de signalement et renforcer les paramètres de confidentialité peuvent limiter les contacts. En cas de menaces, conserver les messages et les captures d’écran peut être utile pour alerter l’établissement ou la plateforme.

Un étudiant peut aussi prévenir une personne de confiance, un responsable universitaire, le service de santé du campus ou un professionnel de santé. Le harcèlement n’est pas une épreuve à supporter en silence. Les universités ont un rôle dans la protection des étudiants, surtout lorsque les attaques débordent sur la vie académique.

Le temps passé en ligne et les agressions numériques doivent faire partie de l’évaluation de la santé mentale. Réduire les écrans peut aider certaines personnes à retrouver du sommeil ou à prendre de la distance. Cela ne remplace pas des soins lorsqu’il existe une dépression, un harcèlement répété ou des pensées suicidaires.

Un soutien humain avant tout

Une consultation avec un médecin, un psychologue ou un service de santé universitaire peut aider à mettre des mots sur ce qui se passe. Le professionnel peut évaluer le risque, proposer un suivi et prendre en compte les habitudes numériques sans jugement.

Les proches n’ont pas à trouver les mots parfaits. Ils peuvent écouter, croire la personne et l’accompagner vers une aide adaptée. Cette présence concrète compte souvent plus qu’un long discours.

À retenir

Chez plus de 46 000 étudiants américains, un temps en ligne plus élevé et le cyberharcèlement étaient associés à davantage de pensées suicidaires. Ces liens variaient selon le genre et ne prouvent pas une cause unique.

La prévention passe par un dialogue sans reproche, une attention aux changements de comportement et un accès rapide à des soins. Lorsqu’une personne se sent en danger immédiat, contacter les urgences reste la priorité.

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