Manger plus végétal peut faire du bien au cœur. La formule paraît simple, presque trop simple. Pourtant, dès qu’on regarde les bilans sanguins, l’histoire se complique.
Une étude publiée en 2026 dans Nutrients rappelle ce double visage du régime végétarien. Le profil cardiovasculaire s’améliore souvent, mais certains micronutriments chutent si le régime n’est pas planifié avec soin.
Ce que l’étude montre sur le régime végétarien et le cœur
Des chercheurs chinois ont comparé 356 adultes du nord-est de la Chine, répartis entre végans, végétariens lacto-ovo et omnivores. Tous suivaient leur mode d’alimentation depuis au moins deux ans, et aucun n’avait pris de compléments au cours des six derniers mois. Ce détail compte, car il permettait d’observer l’effet du régime seul, sans l’aide d’une gélule ou d’un aliment enrichi. Chez les végans, les résultats corporels étaient plus favorables, avec un poids plus bas, un tour de taille plus faible, moins de masse grasse et moins de graisse viscérale. Le sang allait dans le même sens, avec moins de cholestérol total, moins de LDL, moins de triglycérides, et un HDL plus élevé. Sur le papier, le cœur y gagne.
Cette différence n’a rien de mystérieux. Les régimes végétariens bien menés apportent souvent moins d’acides gras saturés et plus de fibres. Dans cette étude, les végans consommaient aussi plus d’acides gras polyinsaturés, tout en restant dans des apports protéiques jugés suffisants. Autrement dit, le vieux procès en “manque de protéines” ne tient pas toujours. Pour comprendre ce point sur un plan plus large, on peut consulter cette revue scientifique sur la vitamine B12 et les régimes végétaux, qui rappelle aussi les effets favorables observés sur les lipides sanguins.
Le problème commence là où l’œil ne voit rien. Un bol rempli de lentilles, de légumes et de noix peut sembler irréprochable, mais un bilan biologique raconte parfois autre chose. Dans l’étude, les végans avaient des apports plus faibles en vitamine B12, vitamine D, calcium, zinc, iode et sélénium. Les prises de sang allaient dans le même sens, avec des concentrations plus basses de vitamine B12, de vitamine D, de ferritine, de sélénium et de zinc. Leur homocystéine était aussi plus élevée, ce qui n’est pas un bon signal sur le plan métabolique. Les végétariens lacto-ovo se situaient souvent entre les végans et les omnivores, comme si le lait et les œufs amortissaient une partie du risque sans l’effacer complètement.
Un autre résultat mérite qu’on s’y arrête. Les végans consommaient plus de fer, mais avaient les réserves les plus basses. Voilà la différence entre quantité et absorption. Le fer végétal est moins biodisponible, et il ne remplit pas les stocks avec la même facilité. Même logique pour la B12, quasi absente des aliments végétaux non enrichis. Le guide du NHS sur le régime vegan le dit clairement, cette vitamine reste l’un des points les plus sensibles d’un régime sans produits animaux.
Le contexte local change beaucoup de choses
Faut-il généraliser ces résultats à tout le monde ? Non, pas sans prudence. L’étude est transversale, donc elle décrit une situation à un moment donné, sans prouver un lien de cause à effet. Elle repose aussi en partie sur un questionnaire alimentaire, outil utile mais imparfait. Et le nord-est de la Chine n’est pas n’importe quel décor. Les hivers y sont longs, ce qui limite la synthèse cutanée de vitamine D. Les sols y sont pauvres en iode et en sélénium, ce qui peut peser sur les apports. Les habitudes alimentaires régionales comptent aussi. Certaines personnes réduisent le sel iodé ou le remplacent par d’autres sels, et cela peut accentuer le déficit en iode.
L’étude a aussi relevé un rapport oméga-6/oméga-3 plus élevé chez les végans. Ce n’est pas un détail technique réservé aux nutritionnistes. Un déséquilibre prolongé peut favoriser un terrain inflammatoire moins favorable. L’ajout de graines de lin, de chia et de noix peut aider à corriger ce point, grâce à leur richesse en acide alpha-linolénique. Un bémol demeure sur l’iode, car les chercheurs n’ont pas mesuré l’iode urinaire, qui reste la référence pour apprécier le statut réel. La photographie est solide, mais elle n’est pas complète.
Quand les compléments deviennent une option raisonnable
La bonne question n’est pas de savoir si le régime végétarien est bon ou mauvais. La vraie question est plus sobre, plus utile aussi, est-il suffisamment préparé ? Chez un adulte végan, la réponse est souvent non pour la vitamine B12 si aucun aliment enrichi ni complément n’entre en jeu. Pour la vitamine D, tout dépend du lieu de vie, de la saison, de la peau, du temps passé dehors, et des résultats biologiques. Le calcium, l’iode, le zinc, le sélénium et parfois le fer méritent aussi une attention réelle, surtout chez les femmes réglées, les personnes âgées et celles qui mangent peu.
Les données cliniques vont dans le même sens. Ce cas clinique sur l’arrêt d’un complément en vitamine B12 montre qu’une interruption peut rapidement dégrader le statut chez une personne végétarienne ou végane. Il ne s’agit pas de médicaliser l’assiette à outrance. Il s’agit d’éviter une erreur fréquente, croire qu’un régime moralement cohérent ou cardiologiquement intéressant couvre, à lui seul, tous les besoins.
En quelques mots
Le message est plus nuancé qu’un slogan. Un régime végétarien bien construit peut améliorer le poids, les lipides sanguins et certains marqueurs du risque cardiovasculaire. Mais sans aliments enrichis, sans suivi, et parfois sans compléments, il peut aussi laisser s’installer des déficits silencieux.
Le cœur peut aller mieux pendant que les réserves baissent. C’est toute la leçon de cette étude, et elle invite moins à choisir un camp qu’à choisir la précision.
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