Aliments ultratransformés et mortalité: un risque plus élevé de décès toutes causes confondues et par cancer
Une consommation élevée d’aliments ultratransformés est associée à plus de décès, toutes causes confondues et par cancer, chez des survivants selon cette étude

Et si la façon dont un aliment est fabriqué comptait autant que ses calories? En février 2026, une grande étude de suivi rappelle un point simple, mais gênant: une forte consommation d’aliments ultratransformés est liée à un risque plus élevé de décès, toutes causes confondues, et aussi de décès par cancer, chez des personnes ayant déjà eu un cancer.
Ce sujet tombe en plein dans notre quotidien. Les produits ultratransformés gagnent du terrain, car ils sont pratiques, bon marché, et très faciles à manger. Le problème, c’est que “pratique” ne veut pas dire “neutre” pour la santé.
Dans cet article, vous allez comprendre ce que montre l’étude, pourquoi l’inflammation et le cœur reviennent dans l’explication, et comment réduire les ultratransformés sans tomber dans l’extrême.
Ce que l’étude 2026 a vraiment trouvé chez des survivants du cancer
L’étude publiée en 2026 par Bonaccio et ses collègues s’appuie sur la cohorte Moli-sani, en Italie du Sud. Le point fort, c’est le suivi dans le temps, avant que les décès ne surviennent. On parle donc d’une cohorte prospective, utile pour repérer des liens solides, même si elle ne prouve pas une cause.
L’alimentation a été décrite avec le questionnaire EPIC (fréquence des aliments), puis les produits ont été classés selon NOVA. Ce système range les aliments selon le degré et le but de la transformation. Les ultratransformés correspondent aux produits fabriqués avec des procédés industriels, et souvent des additifs.
Autre détail important, les chercheurs ont mesuré les ultratransformés de deux façons. D’un côté, la part en poids(grammes d’ultratransformés sur le total aliments et boissons). De l’autre, la part en énergie (calories venant des ultratransformés). Cela change parfois le signal, car certains produits pèsent lourd mais apportent peu d’énergie (ou l’inverse).
Qui a été suivi, et pendant combien de temps?
La cohorte Moli-sani comptait 24 325 adultes au départ, âgés de 35 ans ou plus. Dans ce groupe, 802 personnes étaient des survivants d’un cancer à l’inclusion, avec des données alimentaires assez complètes pour l’analyse (476 femmes, 326 hommes).
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Le suivi médian a duré environ 14,6 ans. Pendant cette période, 281 décès ont été observés parmi ces 802 survivants. C’est un chiffre utile, mais il reste modeste, ce qui compte pour la précision des résultats.
Un point change aussi l’interprétation. L’alimentation a été mesurée en moyenne plusieurs années après le diagnostic (environ 8,4 ans). On étudie donc surtout des survivants “au long cours”, pas la phase juste après le traitement.
Les chiffres à retenir, sans exagérer
Le résultat central est clair dans la mesure par poids. Les personnes dans le tiers le plus élevé de consommation d’ultratransformés avaient un taux de décès toutes causes confondues plus élevé, autour de 48% de plus que celles du tiers le plus bas. Pour le décès par cancer, l’écart était d’environ 57% entre ces mêmes groupes.
Quand on regarde la mesure par calories, le signal restait surtout net pour la mortalité par cancer, et moins régulier pour les autres causes. Ce n’est pas une contradiction, c’est un rappel: “poids” et “calories” ne décrivent pas les mêmes habitudes.
Les analyses ont aussi tenu compte de nombreux facteurs. Âge, sexe, tabac, indice de masse corporelle, activité physique, antécédents, type de cancer, et qualité globale du régime (score méditerranéen) ont été pris en compte. Le lien avec la mortalité persistait malgré ces ajustements, ce qui suggère que la transformation en elle-même peut jouer un rôle.
Pourquoi la transformation industrielle peut peser sur la santé, même si les calories se ressemblent
Deux aliments peuvent afficher un total de calories proche, et pourtant ne pas “parler” au corps de la même façon. C’est l’idée qui ressort quand on compare un plat simple fait maison à une version industrielle très formulée. Sur l’étiquette, on voit des chiffres. Dans l’organisme, on voit des réactions.
Les auteurs avancent plusieurs pistes biologiques. La transformation peut agir sur le métabolisme, la flore intestinale(microbiote), et les signaux de faim et de satiété. Elle s’accompagne souvent d’additifs, de textures qui se mangent vite, et de goûts très intenses. Tout cela peut pousser à manger plus, et plus souvent.
Chez les survivants du cancer, la question est encore plus sensible. Le corps a déjà traversé une maladie, parfois des traitements longs. La santé à long terme dépend alors d’un équilibre fin entre inflammation, cœur, poids, sommeil, et activité.
Inflammation et rythme cardiaque au repos, des pistes solides
Dans cette étude, les chercheurs ont aussi regardé des marqueurs biologiques liés à l’inflammation, au métabolisme, et au système cardio-vasculaire. Quand ils ont tenu compte d’un score d’inflammation et du rythme cardiaque au repos, l’association entre ultratransformés et mortalité toutes causes a diminué en partie (environ 37,3% d’atténuation).
En clair, ces éléments pourraient jouer le rôle d’intermédiaires. Une alimentation riche en ultratransformés pourrait favoriser un terrain inflammatoire, et ce terrain pourrait participer au risque accru. Ce n’est pas une preuve de cause, mais c’est une explication cohérente, et surtout testable.
Additifs, texture, goût, ce qui peut dérégler l’appétit et le corps
Les ultratransformés ne sont pas “mauvais” parce qu’ils sont emballés. Ils posent souci car ils sont souvent composés d’un assemblage d’ingrédients et d’additifs, avec un but clair: être stable, très bon au goût, et facile à consommer.
On retrouve souvent des émulsifiants, arômes, conservateurs, édulcorants, sirops, ou protéines isolées. Beaucoup de produits sont aussi pauvres en fibres, vitamines et minéraux. Et même quand le profil nutritionnel semble correct, la fabrication peut encore compter, car elle modifie la structure de l’aliment, donc la vitesse d’absorption et la réponse du corps.
Reconnaître les ultratransformés dans la vraie vie, sans devenir obsédé
Le piège le plus courant, c’est de chercher “le” produit coupable. L’étude a bien séparé des groupes (boissons sucrées ou édulcorées, viandes transformées, snacks salés, sauces, sucreries, produits laitiers très transformés), mais les auteurs rappellent que l’interprétation par item reste difficile. Le bon angle, c’est le schéma alimentaire.
Pensez à une journée type comme à une table de mixage. Si la plupart des curseurs sont sur “industriel”, le signal global change. Si vous baissez ce volume, sans viser la perfection, le corps y gagne souvent.
Le test rapide de l’étiquette quand on fait les courses
Un repère pratique ressort des messages des chercheurs. Une liste très longue d’ingrédients (par exemple plus de cinq) indique souvent un produit ultratransformé. La présence d’au moins un additif peut aussi mettre la puce à l’oreille.
Les mots qui reviennent souvent donnent des indices. “Arôme”, “édulcorant”, “émulsifiant”, “colorant”, “sirop”, ou des ingrédients très “techniques” signalent une formule industrielle. Ce n’est pas un jugement moral, c’est un outil pour choisir plus facilement.
Échanges faciles: des alternatives qui gardent le plaisir
Réduire les ultratransformés marche mieux quand on garde le plaisir. Sinon, on craque, et on se décourage.
Remplacer un soda par de l’eau fraîche, ou une boisson non sucrée, change vite l’apport global. Un yaourt nature avec un fruit peut prendre la place d’un dessert industriel. Des noix, un fruit, ou un morceau de fromage simple peuvent calmer une faim de fin d’après-midi, sans passer par les biscuits et barres sucrées.
Le plus important, c’est la régularité. Viser “moins souvent” bat presque toujours “jamais”.
Ce que cette recherche ne dit pas, et comment l’utiliser si vous avez eu un cancer
Cette étude est observationnelle. Elle mesure des liens, pas une cause directe. Des personnes qui mangent beaucoup d’ultratransformés peuvent aussi avoir d’autres habitudes qui pèsent sur la santé, même si les chercheurs essaient de les prendre en compte.
Il y a aussi les limites classiques des enquêtes alimentaires. Les données sont auto-déclarées, donc imparfaites. Les habitudes peuvent changer au fil des années, mais on n’a pas une mesure continue. Le fait d’inclure des survivants déjà “à distance” du cancer crée aussi un risque de biais de survie.
Enfin, le nombre de décès reste limité, ce qui réduit la puissance statistique. Et l’étude ne disposait pas de données complètes sur le stade du cancer au diagnostic, un point clé pour la suite.
Causalité, biais, et pourquoi il faut rester nuancé
“Lié à” ne veut pas dire “cause”. Les ajustements (tabac, IMC, activité, antécédents, type de cancer, score méditerranéen) servent à réduire les confusions, pas à les effacer.
Le fait que le lien persiste après ces ajustements renforce l’intérêt du signal. Mais il reste possible qu’une partie de l’effet vienne d’éléments non mesurés, comme le stress, le sommeil, ou l’accès à des aliments frais.
La bonne posture, c’est la prudence utile. On prend le message au sérieux, sans transformer une étude en verdict.
Un plan simple et sûr pour commencer dès cette semaine
Si vous avez eu un cancer, l’objectif est de soutenir votre santé globale, pas de vous punir. Commencez par choisir un moment de la journée où vous pouvez manger plus simple, avec des aliments peu transformés. Un petit-déjeuner basique, un déjeuner maison rapide, ou un dîner très simple, tout compte.
Gardez aussi des “secours” acceptables. Une soupe simple, des œufs, des légumes surgelés nature, des légumineuses en bocal, du pain complet, ce sont souvent de bons alliés quand la fatigue monte.
Si vous avez une perte de poids, des effets digestifs, ou un traitement en cours, parlez-en à l’équipe de soins. Le bon plan est celui que vous pouvez tenir, sans risque.
A retenir
Dans cette cohorte italienne suivie longtemps, une consommation élevée d’ultratransformés est associée à plus de décès, toutes causes confondues et par cancer, chez des survivants. Les signaux liés à l’inflammation et au rythme cardiaque au repos donnent une piste crédible, sans prouver une cause directe.
Le message le plus utile reste simple: pensez au régime dans son ensemble, pas à un aliment isolé. Aujourd’hui, regardez une étiquette, puis remplacez un produit très transformé par une option plus simple. Votre corps comprend très bien ce genre de geste, surtout répété.