Prendre soin de son cœur pourrait s’accompagner d’un avantage majeur : retarder le risque de démence. C’est la conclusion d’une nouvelle étude qui a établi un lien entre l’évitement de trois principaux facteurs de risque vasculaire (fumer, avoir du diabète, présenter une pression artérielle anormale) et environ 13 années de plus sans démence.
Ces résultats, publiés dans la revue Neurology, soulignent l’interdépendance de la santé cérébrale et cardiaque, et suggèrent que l’on peut prendre soin des deux en même temps. La prévention ne fait pas disparaître la démence, a déclaré le Dr Josef Coresh, directeur fondateur de l’Optimal Aging Institute à la NYU Grossman School of Medicine et l’un des auteurs de l’étude. Mais en favorisant des années de bonne santé, elle repousse le risque plus tard.
Quelle est cette étude sur les facteurs qui peuvent retarder le risque de démence ?
L’analyse des données de 12 409 personnes a permis de constater que celles qui ne fumaient pas, n’avaient pas de diabète et ne présentaient pas de pression artérielle trop haute ou trop basse avaient en moyenne de 30,1 années sans démence entre 55 et 95 ans, contre seulement 17,5 ans pour celles présentant ces trois facteurs.
Les chercheurs ont suivi 12 409 personnes issues de quatre communautés américaines différentes entre le début des années 1990 et 2022. Les participants, dont l’âge moyen était de 56 ans au début de l’étude, ont subi des examens physiques au départ, puis environ 26 ans plus tard. Des tests cognitifs, des entretiens téléphoniques ainsi que des dossiers hospitaliers et de décès ont aidé les chercheurs à déterminer ceux qui avaient développé une démence au cours de cette période.
Il ne s’agit pas de la première étude suggérant qu’un nombre plus faible de facteurs de risque vasculaire profite au cerveau : le tabagisme, l’hypertension artérielle et le diabète peuvent endommager les vaisseaux sanguins irriguant le cerveau, par exemple en provoquant un accident vasculaire cérébral, en réduisant le flux sanguin et en entraînant une inflammation chronique, a expliqué le Dr Coresh. Bien-sûr, les personnes ayant la pire santé vasculaire étaient également plus susceptibles de mourir avant de développer une démence, ce qui a pu contribuer à la différence d’années sans démence.
Cette nouvelle recherche se démarque parce qu’elle s’est penchée spécifiquement sur le temps sans démence plutôt que de présenter les résultats en termes de pourcentages ou de statistiques comparant un groupe à un autre. Les années sans maladie constituent une mesure plus tangible pour les patients et les cliniciens, selon lui.
Faudrait-il se concentrer sur ces trois facteurs pour retarder la démence ?
En raison de certaines réserves importantes, cette étude ne peut pas dire avec certitude si ces 3 facteurs peuvent aider à repousser la démence :
- seuls 176 participants présentaient les trois facteurs de risque : cela constitue un groupe relativement restreint,
- les facteurs de risque n’ont également été mesurés qu’une seule fois, au milieu de la vie : il est donc difficile de tirer de grandes conclusions,
- l’étude était observationnelle : elle peut seulement montrer un lien entre les trois facteurs et les années sans démence, et non une relation de cause à effet.
Les personnes qui s’efforcent de contrôler leur pression artérielle ont également tendance à faire de l’exercice, à dormir suffisamment et bénéficient peut-être même d’un meilleur accès aux soins de santé, autant d’éléments qui pourraient contribuer à expliquer un retard dans l’apparition de la démence, indique le Dr Nir Barzilai, professeur de génétique et de médecine à l’Albert Einstein College of Medicine et directeur de l’Institute for Geroscience, qui n’a pas participé à la nouvelle étude.
Malgré tout, l’association entre moins de facteurs de risque vasculaire et davantage de temps sans démence paraît logique au Dr Rudy Tanzi, professeur de neurologie à la Harvard Medical School et directeur du McCance Center for Brain Health au MGH, qui n’a pas non plus participé à la recherche.
Si une démence ou la maladie d’Alzheimer se développent à 80 ans, ce processus pathologique a probablement commencé à 50 ans, a-t-il déclaré. Mais faire ce qu’il faut empêche peut-être que cette pathologie ne s’amorce dans le cerveau.
Le Dr Tanzi qualifie ces résultats d’ « excellente nouvelle » mais précise que si éviter le tabagisme, le diabète et l’hypertension artérielle est utile, de nombreux facteurs peuvent influencer la santé cérébrale en vieillissant. Il ne faut donc pas se contenter de ces trois éléments, selon lui. Il recommande une série d’habitudes de vie, comme un sommeil suffisant et l’adoption d’une alimentation contenant le moins possible de produits ultra-transformés. Il rappelle aussi l’importance de suivre des indicateurs comme l’indice de masse corporelle et le taux de cholestérol.
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