Une étude suédoise publiée en 2026 livre un résultat qui peut sembler contradictoire. Les hommes consommant de l’alcool ont vécu plus longtemps durant le suivi, mais les consommateurs de bière ont eu davantage d’infarctus.
Le lien entre alcool, survie et risque d’infarctus est toutefois une association statistique. Il ne prouve ni que l’alcool protège le cœur, ni que la bière cause directement un infarctus.
Ce que montre l’étude de trente ans sur l’alcool, la survie et le risque d’infarctus
L’étude, publiée dans le Scandinavian Journal of Primary Health Care, a suivi des salariés de Volvo à Göteborg. Au départ, en 1993, ils avaient entre 45 et 50 ans. Les chercheurs ont retenu 973 hommes, suivis jusqu’à la fin de l’année 2023.
Durant cette période, 237 participants sont décédés. Cent ont subi un infarctus du myocarde et 89 un AVC. Les événements ont été recensés dans les registres nationaux de santé suédois. Le travail complet est présenté dans l’étude publiée par le Scandinavian Journal of Primary Health Care.
La consommation reposait sur les déclarations des participants. Les auteurs ont distingué la quantité totale d’alcool, puis la bière, le vin et les spiritueux. Une bière était estimée à six grammes d’alcool pur, un verre de vin à quatorze grammes et un verre de spiritueux à treize grammes.
Les consommateurs avaient un temps de survie estimé plus long
L’estimation moyenne avant le décès atteignait 28,1 ans chez les consommateurs d’alcool. Elle était de 26,8 ans chez ceux qui n’en consommaient pas. L’écart observé est de 1,3 an pendant la période de suivi.
Le même schéma apparaît chez les consommateurs de vin. Leur temps moyen estimé avant le décès était de 28,5 ans, contre 27,1 ans chez les autres participants. Ces chiffres attirent l’attention, mais ils ne décrivent pas une espérance de vie individuelle.
Une étude observationnelle compare des groupes tels qu’ils existent dans la vie courante. Elle ne peut pas placer, d’un côté, des hommes identiques qui boivent et, de l’autre, les mêmes hommes qui ne boivent pas. C’est toute la difficulté de l’interprétation.
Le résultat le plus préoccupant concerne la bière. Parmi les hommes qui en buvaient, 12 % ont eu un infarctus. La proportion était de 7 % chez ceux qui n’en buvaient pas. Dans cette analyse, les probabilités étaient environ 70 % plus élevées chez les consommateurs de bière.
L’infarctus est aussi survenu un peu plus tôt dans ce groupe. Le délai moyen était de 28,5 ans, contre 29,1 ans chez les non-consommateurs de bière. Le vin n’était pas associé de façon significative à ce risque.
Aucun lien clair n’a été retrouvé entre l’alcool et les AVC. Il faut donc résister à une lecture trop rapide des résultats. La bière n’est pas nécessairement la cause du sur-risque observé, pas plus que le vin n’est une protection.
Un résultat statistique décrit un groupe. Il ne remplace pas l’évaluation du risque cardiovasculaire d’une personne.
Pourquoi ces résultats ne prouvent pas que l’alcool est bon pour la santé
La corrélation est une coïncidence mesurée entre deux faits. La causalité établit qu’un fait produit l’autre. Entre les deux, il y a souvent un fossé.
Dans cette cohorte, les hommes qui consommaient de l’alcool n’avaient pas tous le même profil que les abstinents. Ils différaient par leur situation familiale, leur emploi et leur niveau socio-économique. Ces éléments pèsent aussi sur la santé et la mortalité.
Des habitudes de vie différentes peuvent brouiller la comparaison
Les participants mariés ou vivant en couple avaient une mortalité plus faible. Les travailleurs manuels présentaient, eux, un risque de décès plus élevé que les employés de bureau. Les groupes de consommation comportaient davantage d’hommes en couple et d’employés administratifs.
Le tabac, l’activité physique, l’alimentation et le poids peuvent aussi modifier le risque d’infarctus. Les mesures prises au début de l’étude ne suffisent pas à retracer trente années de comportements. Une personne peut arrêter de fumer, changer de métier, prendre du poids ou réduire sa consommation d’alcool.
Les chercheurs ont ajusté leurs analyses selon plusieurs facteurs cardiovasculaires et sociaux. Cet ajustement réduit certains biais, mais il ne les efface pas tous. Une ancienne étude suédoise de suivi à long terme, disponible sur la base scientifique PubMed Central, illustrait déjà la difficulté de séparer l’alcool des habitudes de vie associées.
Un groupe trop homogène pour généraliser
Les participants étaient tous des hommes suédois d’âge moyen, employés dans la même entreprise au début de l’étude. Leur situation ne reflète pas celle des femmes, des jeunes adultes, des retraités ou des personnes exposées à une forte précarité.
Les grands consommateurs d’alcool et les personnes déjà très malades étaient peu représentés. Or, les risques liés à l’alcool augmentent souvent avec les quantités consommées. La consommation était déclarée par les participants, ce qui expose à des oublis ou à une sous-estimation.
Il faut aussi considérer le biais du “malade abstinent”. Certaines personnes cessent de boire après l’apparition d’une maladie, d’un traitement ou de symptômes. Elles sont alors classées parmi les non-consommateurs, alors que leur état de santé explique une partie de leur risque.
Alcool, infarctus et AVC : un lien complexe
Pendant longtemps, certains travaux ont suggéré une courbe en J. Selon cette idée, une faible consommation serait associée à un risque cardiovasculaire inférieur à celui de l’abstinence, tandis qu’une consommation élevée augmenterait ce risque.
Cette interprétation est aujourd’hui contestée. Le groupe des abstinents peut réunir des personnes n’ayant jamais bu, d’anciens consommateurs et des malades ayant arrêté. Ces profils n’ont ni le même passé ni le même risque de départ.
Un meilleur HDL ne suffit pas à conclure
Dans l’étude suédoise, les consommateurs d’alcool et de vin avaient des taux un peu plus élevés de cholestérol HDL. Ce cholestérol est souvent qualifié de “bon”, car il est associé à un risque cardiovasculaire plus faible.
Mais un taux de HDL plus élevé ne démontre pas qu’une boisson alcoolisée protège les artères. Le HDL est un indicateur parmi d’autres. La pression artérielle, le LDL, le diabète, le tabac et les antécédents familiaux comptent aussi.
Les résultats sur alcool, survie et risque d’infarctus varient d’un pays à l’autre. Ils dépendent des quantités, du rythme de consommation, du mode de vie et des méthodes statistiques. L’alcool peut aussi augmenter la pression artérielle, favoriser des troubles du rythme et aggraver certains problèmes de santé.
Boire du vin ou de la bière ne résume pas une exposition chimique. Le type de boisson peut être lié aux repas, aux revenus, aux habitudes sociales, au tabac ou à l’activité physique. Ces différences culturelles peuvent modifier les comparaisons.
Le résultat concernant la bière mérite donc d’être étudié dans d’autres populations. Il ne permet pas d’affirmer qu’elle provoque directement des infarctus. De la même manière, l’absence de lien statistique avec le vin ne permet pas de lui attribuer une protection.
Aucune quantité d’alcool n’est considérée comme entièrement sans risque. Des recherches relayées par ecancer rappellent que même de faibles consommations peuvent être associées à des risques de cancer et de maladie cardiovasculaire selon les populations étudiées.
Prévenir les maladies cardiovasculaires sans compter sur l’alcool
Cette étude ne donne aucune raison de commencer à boire pour vivre plus longtemps. Elle ne donne pas non plus de conseil pour choisir entre bière et vin. Les bénéfices cardiovasculaires les mieux établis se trouvent ailleurs.
Ne pas boire pour protéger son cœur
L’alcool n’est pas un traitement préventif. Il peut augmenter le risque de certains cancers, d’hypertension, de maladie du foie, de dépendance et d’accidents. Il peut aussi interagir avec des médicaments, en particulier certains traitements de la tension, du diabète ou de l’anxiété.
Une personne qui boit régulièrement peut en parler avec son médecin ou son pharmacien. Cette discussion est utile en cas de maladie chronique, de troubles du sommeil, de traitement au long cours ou d’antécédent cardiovasculaire.
Réduire sa consommation ne doit pas devenir une épreuve isolée. Un accompagnement médical aide à fixer un objectif réaliste, surtout lorsqu’il existe une dépendance ou des symptômes de sevrage.
Les protections qui ont fait leurs preuves
La prévention de l’infarctus et de l’AVC repose d’abord sur des mesures simples. Arrêter le tabac, bouger régulièrement, manger varié et surveiller sa tension réduisent des risques mesurables.
Le contrôle du cholestérol et du diabète reste essentiel. Un sommeil suffisant, une consommation modérée de sel et le suivi des traitements prescrits complètent cette protection. Ces choix pèsent davantage sur la santé cardiaque que le choix d’une boisson alcoolisée.
Le cœur ne réagit pas à un seul facteur. Il répond à l’ensemble des habitudes, des maladies déjà présentes et des soins reçus au fil des années.
À retenir
Chez ces suédois suivis pendant 30 ans, les consommateurs d’alcool ont eu une mortalité plus faible pendant trente ans de suivi. Les consommateurs de bière ont aussi présenté davantage d’infarctus. Ces deux observations ne prouvent ni un effet protecteur de l’alcool ni un effet causal de la bière.
De nouvelles études devront inclure des femmes, des profils sociaux plus variés et des mesures plus précises de la consommation. Pour la prévention cardiovasculaire, les repères les plus solides restent le tabac, l’alimentation, l’activité physique et le suivi médical.
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