Un chiffre s’impose cet été : environ un adulte sur trois en Angleterre vit avec l’obésité. Ce n’est pas qu’une statistique. Cela pèse sur le risque de diabète, de maladies cardiovasculaires, sur le système de soins, et sur la vie de tous les jours.
Selon une étude publiée dans The Lancet Diabetes and Endocrinology, les données de santé de routine de plus de 54 millions d’adultes montrent une hausse nette depuis 2019. Elles montrent aussi autre chose, plus dérangeant : l’obésité progresse plus vite chez les groupes déjà les plus exposés aux difficultés sociales.
Ce que montre la hausse de l’obésité en Angleterre depuis 2019
Entre la fin de 2019 et avril 2025, la prévalence enregistrée de l’obésité est passée d’environ 26,3 % à 30,3 %. Dit autrement, on est passé d’un peu plus d’un quart des adultes à presque un tiers. Le mouvement est large. Il ne se limite ni à une région, ni à une génération.
L’étude s’appuie sur les dossiers de médecine générale du NHS. C’est massif, près de 54,9 millions d’adultes suivis pendant plus de 270 millions d’années-personnes. Ce type de base n’est pas parfait, mais il donne un signal solide. Le résumé de Cambridge arrive au même constat, l’obésité augmente et les écarts se creusent.
Des données de santé réelles qui confirment une tendance lourde
Dans cette étude, l’obésité est repérée de deux façons, par un IMC d’au moins 30, ou par un diagnostic inscrit par un médecin. Les chercheurs ont aussi regardé les dix années précédentes pour repérer les cas déjà présents. Les femmes enceintes et en post-partum ont été mises à part, pour éviter de confondre prise de poids liée à la grossesse et obésité durable.
Ces données collent assez bien aux grandes enquêtes nationales. C’est un point important. Tout le monde n’a pas un poids ou un IMC mesuré chaque année, mais l’image d’ensemble tient. Environ 40 % de la population avait une mesure d’IMC disponible, avec une couverture plus faible chez les plus jeunes.
Pourquoi les chiffres ont baissé pendant la pandémie puis remonté
Pendant la pandémie de Covid-19, les diagnostics enregistrés ont baissé. Ce reflux a pu donner l’illusion d’une amélioration. En réalité, il ressemble surtout à un trou dans le radar. Moins de consultations, moins de bilans, donc moins d’occasions de noter un poids ou de poser un diagnostic.
Quand les consultations ont repris, les enregistrements sont repartis à la hausse. Cela aide à faire une différence simple, mais souvent oubliée, entre la situation réelle et sa trace dans les dossiers médicaux. Le fond du problème, lui, n’avait pas disparu.
Qui est le plus touché par l’obésité en Angleterre ?
Le chiffre national frappe, mais il cache des écarts énormes. Selon l’âge, le sexe, l’origine ethnique et le niveau de précarité, la situation change du tout au tout. L’étude le montre sans détour, l’obésité augmente dans presque tous les groupes, mais elle frappe plus lourdement ceux qui cumulent déjà les obstacles.
Les femmes, les jeunes adultes et certains groupes ethniques sont plus exposés
Plus de 4,1 millions de personnes ont été nouvellement enregistrées comme vivant avec l’obésité entre 2019 et 2025. Les femmes ont été un peu plus souvent diagnostiquées que les hommes. La hausse des nouveaux diagnostics a aussi été plus vive chez les adultes de 20 à 39 ans, ce qui casse l’idée d’un problème réservé au grand âge.
Les écarts par origine ethnique sont saisissants. Les femmes noires de 60 à 69 ans affichent la prévalence la plus élevée. Chez les femmes noires de plus de 40 ans, le niveau dépasse 40 %, quel que soit le degré de précarité. Les groupes noirs caribéens et noirs africains sont aussi parmi les plus touchés, alors que les personnes chinoises le sont le moins. L’étude ajoute un détail marquant, les groupes non blancs sont enregistrés avec une obésité jusqu’à 14 ans plus tôt que les personnes blanches.
La pauvreté et le lieu de vie pèsent lourd dans le risque
L’obésité n’est pas répartie au hasard sur la carte. Les personnes vivant dans les zones les plus défavorisées ont eu un taux de nouveaux diagnostics environ 35 % plus élevé que celles des zones les plus favorisées. L’écart existe dans tous les groupes ethniques. Il est encore plus fort chez certaines femmes asiatiques.
Les différences régionales sont, elles aussi, frappantes. En avril 2025, selon les zones, la prévalence enregistrée allait d’environ 8,5 % à 48,1 %. Les régions au revenu plus faible, ou au PIB par habitant plus bas, avaient les niveaux les plus élevés. Le contraste le plus dur résumé par l’étude va de 4,3 % chez de jeunes hommes blancs peu défavorisés à 66,1 % chez des femmes noires plus âgées vivant dans les zones les plus pauvres.
Pourquoi l’âge change aussi la façon dont l’obésité est mesurée
Globalement, la prévalence enregistrée est la plus forte chez les 70 à 79 ans. Mais cela ne veut pas dire que les plus jeunes sont à l’abri. Ils consultent moins souvent et sont moins souvent pesés. Leur obésité a donc plus de chances de passer sous le radar des dossiers médicaux.
Autrement dit, l’âge ne change pas seulement le risque. Il change aussi la probabilité qu’un excès de poids soit vu, mesuré, puis inscrit dans le système de soins. C’est pour cela que les auteurs estiment que les jeunes adultes sont sans doute sous-représentés dans les chiffres enregistrés.
Pourquoi l’obésité progresse plus vite chez les groupes déjà fragiles
Le réflexe est connu, réduire l’obésité à une affaire de volonté individuelle. Les données racontent autre chose. Elles parlent de revenu, de logement, de transport, de travail, d’accès à l’alimentation, d’accès aux soins. En clair, le poids du contexte est lourd.
Le rôle des facteurs sociaux, du logement au travail
Vivre dans un quartier où marcher est difficile change les habitudes. Faire ses courses dans une zone où l’offre saine coûte plus cher change les choix. Travailler avec des horaires cassés, un temps de trajet long, ou un stress financier permanent, change aussi le rapport au sommeil, aux repas et à l’activité physique.
Ce n’est pas propre à l’Angleterre. Les projections mondiales de Health Data montrent que la prévalence de l’obésité a plus que doublé dans le monde depuis 1990 dans de nombreux groupes d’adultes. L’Angleterre suit ce mouvement, mais avec une fracture sociale qui saute aux yeux.
Ce que la pandémie a révélé sur les inégalités de santé
La Covid-19 n’a pas créé ces écarts. Elle les a mis à nu. Les ménages déjà sous pression ont subi plus de ruptures, plus de contraintes de travail, plus de difficultés d’accès aux soins. Dans ce contexte, le suivi du poids, l’activité physique régulière et l’alimentation équilibrée passent souvent après le reste.
Les auteurs observent que les inégalités liées à l’obésité se sont élargies après la pandémie. C’est un point fort de l’étude. Le problème n’est pas seulement que l’obésité monte. Le problème est qu’elle monte plus vite là où les filets sont déjà plus faibles.
Ce que ces résultats changent pour la prévention et les soins
Si l’obésité touche désormais près d’un adulte sur trois en Angleterre, la réponse ne peut pas être uniforme. Un message général suffit rarement quand les réalités de départ sont si différentes. Il faut des soins plus précoces, mais aussi une prévention mieux ciblée.
Des actions ciblées pour les groupes les plus exposés
Les jeunes adultes ont besoin d’être repérés plus tôt. Les femmes, les communautés noires et asiatiques, et les habitants des quartiers défavorisés ont besoin d’un accompagnement qui colle à leur réalité. Cela passe par des consultations plus accessibles, des messages clairs, et un suivi qui ne juge pas.
La médecine peut aider. Des traitements médicamenteux existent. Mais ils interviennent après l’installation de l’obésité, coûtent cher à grande échelle, et ne règlent pas la cause. L’arrêt du traitement s’accompagne souvent d’une reprise de poids. La prévention garde donc une place centrale.
Agir sur les causes de fond plutôt que sur les seuls symptômes
Une politique sérieuse contre l’obésité ne se limite pas à dire aux gens de mieux manger et de bouger plus. Elle regarde aussi le prix des aliments, la qualité des quartiers, l’accès aux transports, le temps disponible, la santé mentale et l’entrée dans les soins. Sans cela, on traite l’effet, pas le terrain.
Le message des chercheurs est simple. Les réponses qui marchent seront celles qui combinent prévention, prise en charge clinique, et action sur les causes sociales. C’est moins spectaculaire qu’une promesse miracle. C’est aussi plus crédible.
En peu de mots
L’Angleterre compte maintenant près d’un adulte sur trois vivant avec l’obésité. La hausse est réelle, mais elle n’est pas uniforme. Elle frappe plus fort les femmes, certains groupes ethniques, les habitants des zones pauvres et, sous une autre forme, les jeunes adultes encore mal repérés.
Le point à retenir tient en peu de mots : les inégalités sont au cœur du problème. Les réponses les plus utiles seront celles qui soignent tôt, préviennent mieux, et agissent sur les conditions de vie qui font monter le risque.
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