Émissions des avions : un risque santé d’ici 2040

Auteur: François Lehn

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On parle souvent du climat quand un avion décolle. On parle moins de santé publique, alors que la pollution liée aux vols touche déjà l’air que vous respirez.

Une étude récente a modélisé l’effet des avions civils sur la qualité de l’air et sur la mortalité. Le message est simple, et lourd : avec la hausse du trafic, la croissance de la population et le poids du NOx, des PM2,5 et de l’ozone, le risque pourrait grimper fortement, surtout près des grandes villes et des aéroports.

Ce que montre l’étude sur les émissions des avions et la santé

Comment les chercheurs ont mesuré l’impact des vols

Le travail publié dans Communications Earth & Environment repose sur une idée claire. Les chercheurs ont comparé un monde avec émissions aériennes et un monde sans ces émissions, puis ils ont mesuré la différence sur la pollution de l’air et sur les décès prématurés.

Ils se sont concentrés sur les avions civils à voilure fixe. Les émissions de 2019 ont été reconstruites avec des données détaillées sur les moteurs, les trajets et les phases de vol. Puis ils ont projeté 2040 avec plusieurs scénarios, pour tenir compte de l’incertitude sur le trafic, le renouvellement des flottes et les progrès techniques.

Le point fort de cette approche, c’est qu’elle ne s’arrête pas au décollage. Elle regarde le cycle complet du vol, y compris le roulage, la montée, la croisière et l’atterrissage. Elle suit ensuite la manière dont les polluants se transforment dans l’atmosphère, puis la façon dont les populations y sont exposées.

Pourquoi le NOx est au cœur du problème

Le NOx, pour oxydes d’azote, est au centre du dossier. Ces émissions ne restent pas sagement autour des pistes. Elles participent à la formation d’ozone et de particules secondaires, qui voyagent loin et élargissent le problème bien au-delà des aéroports.

C’est ce qui rend le sujet plus difficile qu’il n’en a l’air. Un avion peut brûler son carburant à haute altitude, mais ses effets finissent au niveau du sol, là où vivent les gens. Réduire le CO2 ne règle donc pas tout. Des carburants plus sobres en carbone peuvent aider sur le climat, sans faire disparaître le risque sanitaire si le NOx reste élevé.

Pourquoi la pollution des avions touche surtout certaines régions

Des particules fines plus fortes là où vivent les gens

La carte n’est pas uniforme. L’essentiel des effets apparaît dans l’hémisphère Nord, là où se concentrent le trafic aérien, la consommation de kérosène et la population. L’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord portent une part majeure de l’exposition.

Dans les simulations, les hausses de PM2,5 sont les plus nettes dans les zones densément peuplées. C’est logique. Une même hausse de pollution n’a pas le même poids au-dessus d’une région vide et au-dessus d’une métropole. Selon l’étude, plus de 1,5 milliard de personnes pourraient être concernées par ces augmentations dans certaines zones d’Asie.

L’ozone et le NO2 ne réagissent pas de la même façon

L’ozone ne se comporte pas comme le dioxyde d’azote. Dans l’étude, l’ozone augmente de façon assez large, avec une empreinte étendue. Le NO2, lui, grimpe surtout près des aéroports, là où les émissions à basse altitude sont les plus fortes.

Le détail compte. À distance des plateformes, certaines zones peuvent même voir le NO2 baisser. Cela tient aux réactions chimiques en altitude, qui changent sa répartition. Résultat, le risque lié aux avions a deux visages : diffus à grande échelle avec l’ozone, et très local avec le NO2 autour des pistes.

En 2019 déjà, les avions ont causé des milliers de morts prématurées

Les particules fines et l’ozone portent la plus grande part du fardeau

L’année 2019 donne une photo nette du présent. D’après l’étude, les émissions aériennes ont été associées à environ 33 900 décès prématurés liés aux PM2,5, 24 600 liés à l’ozone et 6 700 liés au NO2. L’Asie supporte la charge la plus lourde.

Ces chiffres ne disent pas que l’aviation est la seule source du problème. Ils montrent sa part propre dans un air déjà chargé. Les émissions hors phases d’atterrissage et de décollage dominent à l’échelle mondiale pour les PM2,5 et l’ozone, parce qu’une grande partie du carburant est brûlée en altitude pendant le trajet complet.

Les avions gros-porteurs et moyen-courriers pèsent fortement dans ces estimations, simplement parce qu’ils assurent une grande part du trafic et de la consommation de carburant. La pollution aérienne suit souvent la logique d’un robinet ouvert longtemps, pas seulement celle d’un pic court au moment du départ.

Les effets locaux autour des aéroports restent très importants

Autour des aéroports, l’histoire change de focale. Les phases de roulage, de décollage et d’atterrissage comptent davantage pour l’exposition locale, surtout pour le NO2. Les riverains, les salariés des plateformes et les habitants des quartiers voisins sont les premiers concernés.

Ce n’est pas un sujet abstrait. Là où les avions sont nombreux, la pollution du sol s’ajoute à celle des routes, des zones logistiques et du chauffage urbain. C’est une superposition de sources, pas une pollution isolée. C’est aussi pour cela que la question sanitaire ne peut pas être réduite au seul bilan carbone des compagnies.

À quoi pourrait ressembler 2040 si les émissions continuent de monter

Les scénarios de 2040 dépendent du trafic, de la flotte et des progrès techniques

Le futur n’est pas écrit, mais les trajectoires testées par les chercheurs vont dans le même sens. Si le trafic aérien continue de croître, les gains techniques risquent de ne pas suffire. Les projections intègrent la croissance de la demande, le renouvellement des avions, l’amélioration de l’efficacité énergétique et plusieurs hypothèses de réduction du NOx.

Les auteurs ont retenu des scénarios bas, intermédiaire et élevé. Ils n’ont pas inclus les effets possibles d’un basculement massif vers des avions électriques ou à hydrogène. Autrement dit, le modèle reste ancré dans un monde où les avions à hydrocarbures dominent encore le ciel.

Dans le scénario central, les décès attribuables à l’aviation pourraient dépasser 68 000 pour les PM2,5 et 54 100 pour l’ozone en 2040. Cela ferait plus du double des niveaux estimés pour 2019. Dans un scénario d’émissions plus hautes, les estimations montent encore, jusqu’à environ 83 800 décès pour les PM2,5 et 66 300 pour l’ozone.

Le climat et les autres émissions peuvent amplifier ou réduire les impacts

La météo future compte aussi. Certaines simulations avec une météorologie projetée pour 2040 donnent une exposition plus faible aux PM2,5 liés aux avions que les calculs fondés sur la météo observée de 2019. Pour l’ozone, l’effet de ce changement paraît moins fort.

Mais il y a un point plus important encore. Le niveau des autres émissions, celles de l’industrie, des voitures, du chauffage ou de l’énergie, peut peser davantage que le seul scénario météo. Une synthèse de l’étude le rappelle bien : l’estimation finale dépend autant du contexte général de pollution que de l’aviation elle-même.

Il faut aussi garder une réserve. Les chiffres de mortalité varient selon les fonctions utilisées pour relier une hausse de pollution à un risque de décès. Le signal, lui, reste stable : si les émissions augmentent, le coût sanitaire suit.

Ce qu’il faut retenir pour limiter le risque sanitaire

La première piste est claire. Il faut baisser le NOx des moteurs, pas seulement le CO2 des carburants. Sinon, on risque de célébrer un progrès climatique partiel tout en laissant filer une partie du problème sanitaire.

La seconde piste est locale. Réduire les émissions au sol, au roulage, au décollage et à l’atterrissage peut compter beaucoup pour les habitants proches des aéroports. Les zones les plus exposées ne sont pas des points sur une carte. Ce sont des quartiers, des écoles, des salariés, des patients asthmatiques, des personnes âgées.

La troisième piste relève des choix publics. La qualité de l’air autour des grands hubs doit être suivie avec la même rigueur que le trafic lui-même. Les politiques urbaines et industrielles peuvent atténuer ou aggraver l’effet total. En clair, l’aviation ne pollue jamais seule.

Le vrai enjeu, d’ici 2040, est là. Continuer à faire grandir le trafic sans agir sur les émissions nocives revient à traiter une partie du dossier et à laisser l’autre sur le tarmac.

En quelques mots

Les émissions des avions ne sont pas seulement une affaire de climat. Elles ont déjà un coût humain mesurable, porté surtout par les particules fines et l’ozone.

Le risque est double. Il est global, parce que les polluants se forment et se déplacent loin des aéroports. Il est local, parce que les zones proches des pistes encaissent une charge directe, surtout pour le NO2.

Si rien ne change assez vite sur le NOx, la pollution aérienne pourrait peser beaucoup plus lourd en 2040. La prévention passera par des moteurs moins émetteurs, une meilleure maîtrise de la pollution autour des aéroports et des décisions publiques à la hauteur du trafic annoncé.

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