Le rat-taupe: l’avenir de l’homme

Le rat-taupe est un rongeur souterrain doté d’une longévité exceptionnelle en raison de sa résistance au cancer et à d’autres maladies chroniques.

Selon une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature, cette résistance au cancer serait due à la sécrétion d’une substance qui bloque les cellules précancéreuses et les empêche de croître.

Découvert en 1842 dans l’est de l’Afrique, le rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) est un rongeur fascinant, tant du point de vue de son apparence que de son mode de vie. Sur le plan esthétique, il faut avouer que son aspect est déconcertant: dépourvu de poils sur la majeure partie de son corps, le rat-taupe nu a une peau rose translucide d’apparence ridée, des yeux et des oreilles minuscules, tandis que ses incisives sont très développées pour creuser les tunnels souterrains qui lui permettent d’atteindre les racines et les tubercules dont il se nourrit. Une autre particularité du rat-taupe nu est d’être le seul mammifère dont la vie se déroule d’une façon similaire à celles d’insectes sociaux comme les fourmis ou les abeilles. Regroupant environ une centaine de rats- taupes, ces colonies s’organisent autour d’une énorme reine qui se charge de la reproduction avec un harem d’un à trois mâles, tandis que les autres rats-taupes s’occupent des diverses tâches nécessaires à la survie du groupe (élevage des petits, creusage des tunnels, obtention de la nourriture, défense contre les intrus). Le rat-taupe nu est vraiment un animal particulier!

A échelle humaine le rat-taupe vit 600 ans: sans cancers ni dégénérescence cérébrale

Cependant, c’est surtout la capacité du rat-taupe à vivre très longtemps en excellente santé qui fascine les chercheurs.

Alors que les rongeurs de sa taille vivent habituellement 4 ou 5 ans, le rat-taupe peut atteindre près de 30 ans, ce qui correspond à environ 600 ans à l’échelle humaine! Cette longévité exceptionnelle est due à une résistance innée de l’animal aux principales maladies qui accompagnent normalement le vieillissement: les rats-taupes demeurent robustes et très actifs tout au long de leur vie, ne présentent aucune usure du système cardiovasculaire ou des fonctions cérébrales, et ne développent jamais de cancer. Percer les mystères de cette «jeunesse éternelle» pourrait donc permettre d’identifier de nouvelles voies thérapeutiques pour traiter les principales maladies chroniques qui touchent la population, notamment le cancer.

Le secret du rat-taupe: l’acide hyaluronique

L’absence de cancer chez le rat-taupe semble due à la présence de défenses naturelles anticancer très performantes: par exemple, alors que l’injection de cellules cancéreuses à des rats ou à des souris mène à la formation de tumeurs, ces mêmes cellules ne parviennent pas à s’implanter chez le rat-taupe.

Pour mieux comprendre les facteurs responsables de cette résistance, des chercheurs ont eu l’idée d’examiner la composition du tissu conjonctif qui entoure les cellules et qui représente la première barrière que les cellules cancéreuses doivent franchir pour parvenir à s’implanter dans un tissu donné. En cultivant en laboratoire des cellules provenant de ce tissu (les fibroblastes), ils ont noté la sécrétion d’une substance très visqueuse, qu’ils ont identifiée comme étant une forme particulière d’acide hyaluronique, une molécule responsable de l’élasticité du tissu conjonctif.

Cette molécule semble jouer un rôle primordial contre le cancer, car lorsque les chercheurs ont modifié les gènes de l’animal de façon à empêcher sa production, les cellules peuvent proliférer de façon anormale et former des tumeurs. Il semble donc que la présence de grandes quantités d’acide hyaluronique crée un environnement inhospitalier qui empêche les cellules de croître au-delà d’une certaine limite et freine du même coup le développement du cancer.

Mode de vie et cancer

Cette découverte montre à quel point les défenses naturelles qui sont présentes à l’intérieur du corps peuvent influer sur le risque de développer un cancer. En ce sens, on sait que les principaux aspects du mode de vie reconnus pour prévenir le cancer (alimentation riche en végétaux, faible poids corporel, exercice physique) ont tous en commun de favoriser le maintien de ces systèmes naturels de défense et d’empêcher le développement du cancer dès le départ, avant qu’il n’atteigne son plein potentiel destructeur. L’identification de l’acide hyaluronique comme une molécule essentielle à l’efficacité de ces systèmes de défense pourrait donc avoir des répercussions extraordinaires sur la compréhension des mécanismes responsables du lien étroit entre le mode de vie et le risque de cancer.

Source

Tian X et coll. High-molecular-mass hyaluronan mediates the cancer resistance of the naked mole rat. Nature