Enfants maltraités, ADN endommagé

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Les enfants qui grandissent dans un milieu violent ou gravement défavorisé́ montrent des modifications dans leur bagage génétique (ADN) qui augmentent le risque de diverses maladies. Notre santé dépend de notre héritage génétique, mais également, et de façon extrêmement importante, de l’environnement auquel nous exposons nos gènes, environnement qui module épigénétiquement la probabilité́ que ces gènes soient exprimés ou réprimés. Maladies chroniques et vieillissement précoce sont la résultante de cette interaction.

Certains enfants ont la malchance de grandir dans un milieu affectif et social défavorisé́ qui entrave leur développement. Comparativement à ceux qui vivent au sein d’un noyau familial stable, les enfants qui doivent faire face à des épreuves majeures dans les premières années de leur vie sont beaucoup plus à risque de décrochage scolaire, de délinquance juvénile et d’avoir un niveau de vie sous la moyenne une fois parvenus à l’âge adulte.

En parallèle, un grand nombre d’études ont clairement montré que ces contextes familiaux difficiles sont aussi associés à une diminution significative de l’état de santé de ces personnes ainsi qu’à une réduction marquée de leur espérance de vie. Une enfance difficile crée un climat de stress et d’instabilité́ qui va complètement à l’encontre des besoins physiques et intellectuels des enfants, ce qui peut entraîner de graves conséquences sur leur vie future, autant du point de vue socio-économique que de la santé.

Le stress diminue la taille des télomères des enfants

Le stress vécu par les enfants peut devenir particulièrement élevé́ lorsqu’ils doivent faire face à des évènements difficiles comme la pauvreté́ extrême, la violence conjugale, la toxicomanie ou le suicide d’un parent. On parle alors d’un stress toxique, beaucoup trop intense pour être géré́ adéquatement par nos systèmes biologiques, et qui entraîne des conséquences désastreuses pour le bien-être physique et psychologique des enfants.

Selon deux études parues dans la littérature scientifique, un tel niveau de stress aurait même des répercussions négatives sur les télomères, des structures localisées aux extrémités de nos chromosomes et qui servent à protéger l’ADN. Par exemple, une équipe de scientifiques a observé que les garçons âgés de 9 ans qui vivent dans un contexte familial très difficile ont des télomères 19 % plus courts que ceux qui ont la chance de grandir en milieu favorisé. Une association similaire a aussi été́ observée chez des enfants âgés de 5 à 15 ans qui devaient composer avec un environnement familial violent, cet impact négatif étant particulièrement prononcé pour les jeunes filles. Puisque la perte graduelle des télomères représente un facteur clé́ dans le vieillissement de notre organisme et l’apparition de diverses maladies, la présence de télomères courts chez ces enfants reflète à quel point le stress qu’ils subissent peut entraîner des répercussions négatives sur leur santé future.

Un processus non définitif

La rapidité́ avec laquelle le matériel génétique des enfants peut être modifié en réponse à un environnement difficile indique qu’une intervention rapide est essentielle pour réduire les dommages causés par ces conditions stressantes. Les découvertes les plus récentes sur les télomères montrent heureusement que le processus de réduction des télomères n’est pas irrémédiable et qu’ils peuvent se rallonger dans un environnement affectif, sanitaire et nutritionnel propice pour finalement, rejoindre la courbe moyenne des individus ayant vécu dans univers stable et sain.

Source

Shonkoff JPGA et coll. (2012) The lifelong effects of early childhood adversity and toxic stress. Pediatrics ; 129: e232–e246.

Mitchell C et coll. Social disadvantage, genetic sensitivity, and children’s telomere length. Proc Natl Acad Sci U S A. 2014; 111: 5944-9.

Drury SS et coll. The association of telomere length with family violence and disruption. Pediatrics ; 134: e128-37.

 

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