Dissonance cognitive: que faire quand on agit en contradiction avec ses pensées

Nous allons approfondir ici le sujet de la dissonance cognitive, en examinant des exemples concrets, les signes indiquant qu'une personne pourrait en souffrir, les causes possibles et les moyens d'y remédier.

La dissonance cognitive est un phénomène psychologique qui se produit lorsque les comportements d’une personne ne correspondent pas à ses valeurs ou à ses croyances. Cela crée un sentiment d’inconfort, car la personne se retrouve avec des pensées contradictoires. Nous allons approfondir ici le sujet de la dissonance cognitive, en examinant des exemples concrets, les signes indiquant qu’une personne pourrait en souffrir, les causes possibles et les moyens d’y remédier.

Qu’est-ce que la dissonance cognitive ?

La dissonance cognitive se produit lorsque deux idées contradictoires coexistent dans l’esprit d’une personne. Cette notion a été développée en 1957 par le psychologue Leon Festinger, qui a proposé que les idées puissent être consonantes ou dissonantes. Les idées consonantes s’enchaînent logiquement, tandis que les idées dissonantes s’opposent les unes aux autres.

Prenons un exemple pour mieux comprendre. Une personne qui souhaite protéger les autres et qui croit en la réalité de la pandémie de COVID-19 peut porter un masque en public. Dans ce cas, il y a une consonance entre ses valeurs et son comportement. En revanche, si cette même personne croit en la réalité de la pandémie mais refuse de porter un masque, ses valeurs et ses actions se contredisent, créant ainsi une dissonance.

La dissonance entre des idées contradictoires ou entre une idée et un comportement engendre un sentiment d’inconfort. Festinger a soutenu que la dissonance cognitive est plus intense lorsque la personne détient de nombreuses opinions dissonantes qui lui sont importantes.

Il n’est pas possible d’observer physiquement la dissonance, car il s’agit d’un ressenti interne. Par conséquent, aucun signe extérieur ne peut indiquer de manière fiable qu’une personne souffre de dissonance cognitive.

Cependant, Festinger a affirmé que toutes les personnes sont motivées à éviter ou à résoudre la dissonance cognitive en raison de l’inconfort qu’elle génère. Cela peut conduire les individus à adopter certaines mécanismes de défense lorsqu’ils sont confrontés à la dissonance.

Ces mécanismes de défense peuvent être regroupés en trois catégories :

Éviter : cela consiste à éviter ou à ignorer la dissonance. Les personnes peuvent éviter les situations ou les personnes qui leur rappellent cette dissonance, décourager les discussions à ce sujet ou se distraire avec des tâches absorbantes.

Délégitimer : cela implique de discréditer les preuves de la dissonance. Une personne peut le faire en remettant en question la crédibilité de la personne, du groupe ou de la situation qui a mis en évidence la dissonance. Par exemple, elle peut dire que ces sources ne sont pas fiables ou qu’elles sont biaisées.

Limiter l’impact : cela consiste à minimiser l’importance de la dissonance cognitive en la dévalorisant. Une personne peut affirmer que ses comportements sont rares ou isolés, ou fournir des arguments rationnels pour se convaincre que ses actions sont acceptables.

Alternativement, les individus peuvent prendre des mesures pour résoudre la contradiction. Il est possible de résoudre la dissonance cognitive en modifiant soit son comportement, soit ses croyances afin qu’ils soient cohérents entre eux.

Exemples de dissonance cognitive

La dissonance cognitive peut se manifester dans de nombreux domaines de la vie quotidienne. Voici quelques exemples courants :

1. Le tabagisme

Le tabagisme est un exemple classique de dissonance cognitive. Beaucoup de gens fument malgré la connaissance des dangers pour leur santé. La dissonance cognitive se produit lorsque la personne n’aime pas les effets physiques du tabagisme mais trouve que cela lui procure du bien-être et l’aide d’une certaine manière, comme à soulager son stress.

Pour résoudre cette dissonance, une personne peut utiliser une thérapie de remplacement de la nicotine, telle que des gommes ou des patchs, pour ressentir les effets de la nicotine avec moins d’effets indésirables. Cela peut l’aider à réduire sa consommation de tabac ou à arrêter de fumer.

2. La consommation de viande

La consommation de viande peut également causer de la dissonance cognitive chez certaines personnes. Certains individus se considèrent comme des amoureux des animaux, mais continuent de manger de la viande et peuvent ressentir un malaise lorsqu’ils réfléchissent à l’origine de leur viande. Certains chercheurs appellent cela le « paradoxe de la viande ».

La dissonance cognitive se manifeste lorsque la personne apprécie le goût de la viande mais ne peut pas se permettre d’acheter des produits issus d’élevages respectueux du bien-être animal. Elle peut alors ressentir de la culpabilité de ne pas pouvoir acheter de la viande provenant de sources plus humaines.

Pour résoudre cette dissonance, la personne peut choisir de consommer moins de viande et d’explorer des substituts de viande, tels que le tofu. Cela lui permet de réduire sa contribution à l’industrie de la viande tout en respectant ses valeurs.

3. Les tâches ménagères

Les tâches ménagères sont un autre domaine où la dissonance cognitive peut se manifester. Par exemple, un homme peut croire en l’égalité des sexes, mais s’attend consciemment ou inconsciemment à ce que sa partenaire féminine effectue la majorité des tâches ménagères ou de l’éducation des enfants.

La dissonance cognitive se produit lorsque la personne réalise que sa partenaire contribue davantage aux tâches ménagères et éprouve de la culpabilité. Cependant, elle peut essayer de rationaliser ses actions en pensant que les tâches ménagères ne sont pas si difficiles et qu’elle a eu une journée difficile au travail.

Pour résoudre cette dissonance, il est important de travailler avec son partenaire pour répartir équitablement les tâches ménagères. Cela permet de s’assurer que les comportements sont cohérents avec les valeurs d’égalité.

4. Le soutien à la fast fashion

Le soutien à la fast fashion peut également entraîner de la dissonance cognitive chez certaines personnes. Une personne peut être consciente des effets de la fast fashion sur l’environnement et les travailleurs, mais continue d’acheter des vêtements bon marché auprès d’entreprises qui pratiquent des méthodes néfastes.

La dissonance cognitive se manifeste lorsque la personne se sent coupable d’acheter des vêtements bon marché provenant d’entreprises qui ont des pratiques nuisibles. Cependant, elle ne peut pas se permettre d’acheter des vêtements plus chers, fabriqués de manière éthique.

Pour résoudre cette dissonance, une personne peut choisir d’acheter des vêtements d’occasion dans des friperies ou économiser pour acheter un ou deux vêtements de source éthique qu’elle pourra porter dans différentes situations.

Les causes de la dissonance cognitive

La dissonance cognitive peut être déclenchée par différentes situations de la vie quotidienne, notamment :

  • Devoir prendre une décision lorsque l’on est confronté à plusieurs options ou informations.
  • Faire face à une pression sociale.
  • Lutter contre une dépendance, comme dans le cas du tabagisme.

La dissonance cognitive peut affecter les individus de différentes manières. Les effets peuvent être liés à l’inconfort de la dissonance elle-même ou aux mécanismes de défense adoptés par la personne pour faire face à cette dissonance.

Le sentiment interne d’inconfort et de tension de la dissonance cognitive peut contribuer au stress ou au malheur. Les personnes qui ressentent de la dissonance mais ne parviennent pas à la résoudre peuvent également se sentir impuissantes ou coupables.

Éviter, délégitimer et limiter l’impact de la dissonance cognitive peut amener une personne à ne pas reconnaître son comportement et à ne pas prendre les mesures nécessaires pour résoudre la dissonance. Dans certains cas, cela peut causer du tort à la personne elle-même ou à autrui.

Cependant, la dissonance cognitive peut également être un outil de changement personnel et social. Attirer l’attention d’une personne sur la dissonance entre son comportement et ses valeurs peut accroître sa prise de conscience de cette incohérence et l’inciter à agir.

Par exemple, une petite étude de 2019 indique que les interventions basées sur la dissonance peuvent être utiles pour les personnes souffrant de troubles alimentaires. Cette approche consiste à encourager les personnes à exprimer des déclarations ou à jouer des rôles qui contredisent leurs croyances sur la nourriture et l’image corporelle, créant ainsi de la dissonance.

L’idée sous-jacente de cette approche est que, pour résoudre la dissonance, les croyances implicites d’une personne sur son corps et la minceur vont changer, réduisant ainsi leur désir de limiter leur consommation alimentaire. L’étude a montré que cette intervention était efficace chez les femmes hétérosexuelles, mais moins chez les femmes non hétérosexuelles. Les raisons de cette différence ne sont pas claires.

Comment résoudre la dissonance cognitive ?

Pour résoudre la dissonance cognitive, une personne peut s’efforcer de s’assurer que ses actions sont cohérentes avec ses valeurs, ou vice versa. Voici quelques façons d’y parvenir :

Changer ses actions : cela implique de modifier son comportement pour qu’il corresponde à ses convictions. Lorsqu’un changement complet n’est pas possible, une personne peut faire des compromis. Par exemple, une personne qui se soucie de l’environnement mais travaille pour une entreprise polluante peut militer pour le changement au travail si elle ne peut pas quitter son emploi.

Changer ses pensées : si une personne adopte souvent un comportement qui contredit ses convictions, elle peut remettre en question l’importance de cette croyance ou se rendre compte qu’elle ne la partage plus. Elle peut également intégrer de nouvelles croyances qui rapprochent ses actions de sa réflexion.

Modifier sa perception de l’action : si une personne ne peut pas ou ne souhaite pas changer le comportement ou les croyances qui créent la dissonance, elle peut essayer de voir l’action différemment. Par exemple, une personne qui ne peut pas se permettre d’acheter des vêtements de marques durables peut se pardonner et reconnaître qu’elle fait de son mieux dans les circonstances qui lui sont données.

Il est important de noter que la dissonance cognitive n’est pas un trouble mental en soi. Une personne n’a pas nécessairement besoin de traitement pour cela. Cependant, si une personne a du mal à arrêter un comportement ou un schéma de pensée qui lui cause une détresse, elle peut demander l’aide d’un professionnel de la santé qualifié, comme un médecin généraliste ou un thérapeute.

Une personne peut envisager de consulter un professionnel si :

  • Elle a une dépendance.
  • Le comportement pose des problèmes au travail, à l’école ou dans les relations.
  • Elle se sent stressée, anxieuse ou déprimée.
  • Elle ressent une culpabilité ou une honte écrasante.

La dissonance cognitive survient lorsque les comportements et les convictions d’une personne ne se complètent pas, ou lorsque cette personne détient deux croyances contradictoires. Cela crée un sentiment d’inconfort qui peut pousser les individus à chercher des moyens de se sentir mieux. Les personnes peuvent adopter des mécanismes de défense, tels que l’évitement, ou réduire la dissonance cognitive en étant conscientes de leurs valeurs et en cherchant à vivre selon celles-ci. Une personne qui se sent sur la défensive ou malheureuse peut prendre en compte le rôle que la dissonance cognitive peut jouer dans ces sentiments. Si ces sentiments sont liés à un problème plus large qui cause de la détresse, les personnes peuvent bénéficier de l’aide d’un thérapeute.

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Francois Lehn