La dépression, une maladie inflammatoire ?

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Des observations surprenantes indiquent que des médicaments anti-inflammatoires améliorent de façon spectaculaire le traitement de la dépression. Coup d’œil sur une découverte qui pourrait révolutionner le traitement de cette maladie.

Il existe encore beaucoup de préjugés face aux troubles de l’humeur comme la dépression. Alors que l’on compatit facilement avec une per- sonne qui présente des signes extérieurs de maladie (fièvre, blessure, fracture), il est parfois plus difficile de comprendre la gravité des désordres qui touchent spécifiquement le cerveau d’une personne, sans atteinte physique apparente.

On entend parfois dire d’une personne qui souffre de dépression «qu’elle n’a qu’à se changer les idées» ou encore qu’elle profite de sa situation pour «prendre quelques semaines de vacances», comme s’il s’agissait d’une maladie imaginaire, qu’on peut facilement confronter avec un peu de bonne volonté.

Pourtant, la dépression est une véritable maladie mentale causée par un déséquilibre des niveaux de certains neurotransmetteurs, en particulier la sérotonine et la dopamine.

Ces molécules véhiculent les informations d’un neurone à l’autre et jouent un rôle très important dans une foule de processus mentaux comme l’attention, l’appétit, l’humeur et la motivation.

Un déséquilibre de ces neurotransmetteurs fait en sorte que les personnes dépressives éprouvent souvent des sentiments d’inutilité ou de culpabilité, un manque d’intérêt envers le monde extérieur, des perturbations du sommeil ou de l’appétit, une perte d’énergie et, dans les cas les plus graves, des pensées morbides ou suicidaires.

L’inflammation chronique déclenche la dépression

Bien que les facteurs responsables du développement de la dépression demeurent mal compris, plusieurs observations récentes suggèrent que l’inflammation chronique pourrait jouer un rôle de déclencheur. Un bon exemple provient des études portant sur les personnes touchées par une hépatite: ces patients sont souvent traités avec l’interféron, un médicament qui provoque une forte réponse inflammatoire qui permet d’éliminer le virus responsable de l’infection. Ce traitement est très efficace, mais les scientifiques ont  toutefois observé un effet secondaire majeur: entre 30 à 40 % des personnes traitées développent une dépression sévère, comme si la brusque inflammation générée par l’interféron atteignait le cerveau et perturbait le fonctionnement normal des neurones.

L’existence d’un lien entre l’inflammation et la dépression est également suggérée par des études montrant que les personnes dépressives sont à plus haut risque d’être touchées par les maladies du cœur ou encore le diabète de type 2, deux maladies qui sont reconnues pour posséder une forte composante inflammatoire.

Réduire l’inflammation pour échapper à la dépression

La contribution de l’inflammation au développement de la dépression suggère que l’utilisation d’agents anti-inflammatoires pourrait représenter une nouvelle approche pour le traitement de la maladie.

Et les résultats sont très encourageants: une analyse détaillée d’une dizaine d’études portant sur plus de 6000 personnes atteintes de dépression indique que l’ajout de médicaments anti-inflammatoires aux anti- dépresseurs couramment utilisés en clinique augmentait de façon spectaculaire (270 %) le taux de réponses positives au traitement, sans provoquer d’effets secondaires importants.

Il s’agit d’une observation très importante, car plusieurs patients dépressifs répondent mal aux antidépresseurs actuellement disponibles et très peu de nouveaux traitements ont vu le jour au cours des dernières années.  La dépression s’ajoute donc à la longue liste de maladies causées par l’inflammation chronique, qu’il s’agisse des maladies du cœur, du diabète de type 2 ou encore pluieurs types de cancer. Comme toutes les cellules du corps, la fonction des neurones du cerveau est fortement dépendante de l’environnement biochimique des tissus du cerveau et la création d’un climat inflammatoire ne peut qu’avoir des répercussions négatives sur les fonctions mentales.

Cette contribution de l’inflammation explique aussi pourquoi une saine alimentation et l’exercice physique régulier, deux façons simples et efficaces de réduire les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète et de cancer, améliorent également l’humeur et diminue la fréquence et l’intensité des épisodes de dépression. Comme on le dit souvent, un esprit sain dans un corps sain!

Source

Köhler O et coll. Effect of anti-in- flammatory treatment on depres- sion, depressive symptoms, and ad- verse effects: A systematic review and meta-analysis of randomized clinical trials. JAMA Psychiatry; 71: 1381-91.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Ces avancées dans la compréhension me donnent beaucoup d’espoir !
    J’avais lu en effet qu’on avait relevé un taux de marqueurs d’inflammation important chez les personnes souffrant d’idées suicidaires.

    Merci infiniment pour cet article qui présente bien les difficultés face à cette maladie.

    Oui, le problème du rapport à la volonté est bien posé, et celle-ci aide à mieux comprendre les suicides suite à une dépression.
    Quand on en prend conscience, il devient possible d’avancer vers l’acceptation de la maladie, par les autres et par nous-mêmes, sans se réduire à celle-ci : comme pour toute maladie, celle-ci ne nous définit pas !!!

    Courage à tous ceux qui l’affrontent,
    et merci à tous leurs proches qui les soutiennent
    Anne

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