Coronavirus: l’immunité de la population prête en cas de retour

Le système immunitaire joue un rôle essentiel pour nous protéger des innombrables agents pathogènes présents dans le monde dans lequel nous vivons. Il n’y a donc rien de surprenant à ce qu’une grande majorité des infections virales induisent le développement d’une immunité protectrice. L’efficacité et la durabilité de cette réponse immunitaire peuvent cependant varier sensiblement d’un virus à l’autre. Pour connaître le degré de protection face à un nouveau virus (comme pour le coronavirus SARS-Cov-2), il faut donc déterminer dans quelle mesure l’agent viral peut activer différents paramètres de la réponse immunitaire.

Les personnes ayant eu la covid-19 sont protégées contre son retour

Le premier paramètre important est bien entendu la production d’anticorps. Ces protéines de défense produites par les lymphocytes B permettent de combattre l’infection en se fixant spécifiquement sur certaines régions du virus pour l’empêcher de pénétrer dans les cellules et de s’y reproduire. Les données recueillies jusqu’à présent chez les patients qui ont survécu à la COVID-19 indiquent que l’infection a effectivement entraîné la production d’anticorps neutralisants. Ceux-ci empêchent l’entrée du virus en bloquant son interaction avec le récepteur ACE2.

Il semble aussi que ces anticorps sont produits même lorsque l’infection est bénigne et ne provoque pas de symptômes majeurs. Une étude réalisée par l’Institut Pasteur auprès de 160 personnes travaillant en milieu hospitalier et ayant présenté des symptômes bénins de la COVID-19 a montré la présence d’anticorps chez 99 % de ces personnes. Ces anticorps sont également capables de neutraliser le virus. Ce qui suggère qu’ils peuvent protéger les patients d’une autre infection future si cette réponse immunitaire est soutenue.

Les lymphocytes T déjà préparés au retour du coronavirus

On parle beaucoup d’anticorps, mais une autre classe de lymphocytes, les lymphocytes T CD4 (auxiliaires) et CD8 (tueurs), est aussi absolument essentielle pour l’établissement d’une mémoire immunitaire à long terme. Ces cellules ont plusieurs fonctions. L’une d’entre elles étant d’aider les clones de lymphocytes B producteurs d’anticorps à s’établir de façon durable pour pouvoir être rapidement réactivés en cas d’infection future par le même agent infectieux. Le degré d’activation des lymphocytes T détermine donc en grande partie si la réponse immunitaire face à un virus pourra se maintenir dans le temps. La bonne nouvelle est qu’il semble que cela soit le cas pour le coronavirus actuel. Des chercheurs américains ont montré que les personnes qui avaient été touchées par la COVID-19 produisaient des lymphocytes CD4 reconnaissant la protéine présente dans les pics externes du SARS-CoV-2. Indiquant ainsi une réponse immunitaire adéquate face au virus.

Même sans avoir eu le coronavirus, notre immunité est prête à se défendre contre lui

Les chercheurs ont également observé que de 30% à 50% de la population qui n’a pas été infectée par le SARS-CoV-2 produisent malgré tout des lymphocytes T contre le virus. Cette réponse immunitaire croisée serait probablement due à des infections antérieures par d’autres coronavirus. Notamment ceux responsables du rhume bénin, étant donné que ces virus possèdent certaines protéines similaires au coronavirus actuel. Une portion significative de la population peut combattre le SARS-CoV-2 grâce à cette immunité résiduelle provenant de rhumes antérieurs. Même sans anticorps, les lymphocytes T tueurs éliminent les cellules infectées et peuvent donc enrayer l’infection. La réponse immunitaire au coronavirus est rapide, robuste et implique l’ensemble des systèmes cellulaires nécessaires à l’obtention d’une immunité optimale.

Il y a donc lieu d’être optimiste sur le développement d’une immunité naturelle à long terme contre ce virus.Et par le fait même, d’une meilleure protection immunitaire de la population en cas de retour du virus.

Sources

Sallusto F et coll. From vaccines to memory and back. Immunity 2010; 33: 451-463.
Wu Y et coll. A noncompeting pair of human neutralizing antibodies block COVID-19 virus binding to its receptor ACE2. Science,13 mai 2020.

Fafi-Kremer S et coll. Serologic responses to SARS-CoV-2 infection among hospital staff with mild disease in eastern France. medRxiv 22 mai 2020.

Grifoni A et coll. Targets of T cell responses to SARS-CoV-2 coronavirus in humans with COVID-19 disease and unexposed individuals. Cell, 20 mai 2020.