Coronavirus: le surpoids, le facteur de mortalité le plus grave

Diabète de type 2, de maladies cardio-vasculaires ou pulmonaires, cancer, 95 % des personnes décédées du coronavirus présentaient au moins une maladie chronique préexistante. Mais un autre point commun émerge chez les personnes décédées ou en soins intensifs: le surpoids.

L’incidence des maladies chroniques augmente énormément au cours du vieillissement. Cela explique en grande partie pourquoi les gens âgés sont plus à risque de décéder du coronavirus. Surtout lorsqu’ils sont déjà fragilisés et/ou hospitalisés au moment de l’infection. Ce n’est pas l’âge qui est responsable de la vulnérabilité des personnes âgées. Mais le fait que leur santé est généralement moins bonne que dans le reste de la population car les maladies chroniques ont eu davantage de temps pour exprimer leurs conséquences néfastes sur la santé.

En France, 85% des personnes en soins intensifs sont en surpoids

Il est cependant de plus en plus évident que l’âge avancé n’est pas le seul facteur de risque d’être gravement atteint par la COVID-19. Plusieurs études récentes ont notamment rapporté qu’une proportion anormalement élevée de patients hospitalisés plus jeunes (60 ans) présentaient un excès de poids. Or ce surpoids augmente le risque de complications de la COVID-19. Par exemple, une étude française a montré que 85 % des patients atteints de la maladie et qui étaient traités aux soins intensifs étaient en surpoids. Les patients avec un IMC > 35 (obésité sévère) avaient un risque sept fois plus élevé de nécessiter une ventilation mécanique que les patients de poids normal.

Deux facteurs graves liés au surpoids qui font risquer le pire

Le premier facteur qui explique ce lien entre le surpoids et la gravité de la COVID-19 est purement mécanique: la cage thoracique des patients obèses est comprimée par l’excès de graisse. Ce qui réduit la capacité fonctionnelle des poumons. La respiration peut être encore plus compromise par un excès de poids au niveau de l’abdomen. Car il va gêner le mouvement du diaphragme, surtout en position couchée. En d’autres mots, les poumons des personnes obèses ne fonctionnent pas de façon optimale et sont donc plus sensibles aux infections pulmonaires. Il faut d’ailleurs noter que ce phénomène associant surpoids et infections virales n’est pas nouveau. Il a déjà été observé pour des infections des voies respiratoires causées par d’autres virus (grippe H1N1, par exemple).

Le second facteur liant surpoids et gravité de l’infection virale est biochimique. L’obésité est un important facteur de risque de diabète de type 2 et de syndrome métabolique. Ces deux conditions haussent de 10 fois le risque de décéder de la COVID-19. Ceci est vraisemblablement dû à l’inflammation chronique causée par l’excès de graisse. Cet état dérègle la réponse immunitaire dirigée contre le virus en provoquant une production exagérée de cytokines inflammatoires. Ce phénomène, appelé « tempête de cytokines », est maintenant reconnu pour contribuer à la dégradation rapide des fonctions physiologiques (cœur, rein, cerveau).

Le surpoids pas qu’une question d’esthétique mais aussi de santé globale

Le surpoids et l’obésité ne sont pas qu’une question d’esthétique, mais bel et bien un problème de santé globale. Les dérèglements métaboliques qui sont associés au surpoids perturbent l’équilibre normal des fonctions physiologiques et rendent le corps vulnérable. Non seulement au développement de plusieurs pathologies graves (diabète, maladies cardiovasculaires et cancer), mais aussi aux complications qui découlent d’infections virales.

Sources

Chow N et al. Preliminary estimates of the prevalence of selected underlying health conditions among patients with coronavirus disease 2019 — United States, February 12–

March 28, 2020. MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2020; 69: 382.
Simonnet A et coll. High prevalence of obesity in severe acute respiratory syndrome coronavirus-2 (SARS-CoV-2) requiring invasive mechanical ventilation. Obesity, publié le 9 avril 2020.

Lighter J et coll. Obesity in patients younger than 60 years is a risk factor for Covid-19 hospital admission. Clin. Infect Dis., publié le 9 avril 2020.

Bornstein SR et coll. Endocrine and metabolic link to coronavirus infection. Nature Rev. Endocrinol., publié le 2 avril 2020.