Médecine douce

Coronavirus: la chauve-souris veut-elle notre mort à tous?

Le coronavirus qui nous touche actuellement, le Covid-19 (Coronavirus disease 2019) est due à un coronavirus (Sars-CoV-2) dont la chauve-souris est un réservoir naturel. 96,2% du génome du coronavirus responsable de la pandémie est identique à celui retrouvé dans les chauve-souris de la région de Wuhan. Ce mammifère volant peut transmettre de nombreux virus à d’autres espèces, dont l’espèce humaine. Et par le passé, c’est déjà arrivé de nombreuses fois.

Les chauves-souris peuvent héberger de nombreux virus dont certains ont déjà été à l’origine de maladies chez l’Homme ou l’animal. Ces réservoirs naturels de virus présentent aussi la particularité de ne pas être affectés eux-mêmes par les agents infectieux qu’ils hébergent, ce sont des « porteurs sains ». C’est ainsi que les chauve-souris ont été les pourvoyeuses de maladies émergentes redoutables dans le passé dont:

– la rage dont les réservoirs animaux sont actuellement les chauves-souris et les carnivores

– le virus Hendra rencontré en Australie depuis 1994, responsable d’une affection heureusement rare car souvent mortelle de l’Homme et du cheval.

– le virus Nipah, identifié en 1998 lors d’une épidémie affectant des fermes porcines présentant des troubles respiratoires en Malaisie mais aussi les personnes en contact avec les porcs (265 malades dont 105 décès à la suite d’une encéphalite).

– Des chauve-souris frugivores (Pteropus sp.) sont aussi à l’origine d’une épidémie qui s’est étendue au Bangladesh en en Inde, notamment par la consommation du jus de palme contaminé.

– les filovirus : le virus de Marburg décrit tout d’abord dans un laboratoire, en Allemagne en 1967, travaillant sur des cellules rénales de singes verts, puis découvert chez les chauves-souris et à l’origine de contaminations mortelles au Kenya à la suite de visites de grottes hébergeant des chauves-souris en 1980.

– le virus Ebola où le rôle réservoir de la chauve-souris fut démontré en 2005

– certains coronavirus et plus spécifiquement des betacoronavirus, comme le virus du syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) et celui du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), puis celui actuel du Coronavirus disease 2019 ou Covid-19.

Au commencement de la pandémie de coronavirus: un marché d’animaux sauvages et domestiques vivant à Wuhan

La pandémie de coronavirus a débuté avec l’apparition en décembre 2019 d’une pneumonie d’origine inconnue touchant 59 personnes dans la ville chinoise de Wuhan. Les personnes atteintes avaient surtout fréquenté le marché de la ville où l’on vendait des animaux domestiques et sauvages souvent vivants. Le 2 janvier 2020, ce marché fut immédiatement fermé sans que l’on ait recherché l’origine de la contamination parmi les espèces animales vendues.

Le génome du coronavirus est à 96,2% identique à celui porté par les chauves-souris

L’étude du génome du Sars-CoV-230 confirme qu’il s’agit d’un virus proche à 96,2 % d’un coronavirus présent chez la chauve-souris (Sarsr-CoV;RaTG13) ce virus étant plus éloigné du virus du Sras (79%) ou de celui du Mers (50%). On ne connaît pas l’origine exacte de la contamination humaine par le Sars-CoV-2 alors que l’on connaît le lien épidémiologique avec un marché aux animaux vivants sauvages ou domestiques qui n’est pas sans rappeler l’origine du Sras également liée à un marché d’animaux vivants en Chine.

En Chine, les animaux sauvages et domestiques sont souvent vendus vivants sur les marchés (parfois abattus au moment de la vente). La promiscuité de ces différentes espèces peut favoriser des transferts inter-espèces et parfois une contamination à l’Homme. Cela a été démontré pour une autre maladie virale rencontrée en Chine : les cas humains dus au virus aviaire influenza H7N9 observées ont pu diminuer drastiquement en 2013 avec l’interdiction des marchés de volailles vivantes à l’origine des contaminations.

60% des nouvelles maladies qui touchent l’homme proviennent des animaux

Une étude effectuée sur 335 maladies ayant émergé entre 1940 et 2008 a permis de noter que 60% d’entre-elles étaient des zoonoses: des maladies protées par des animaux pouvant infecter l’Homme et l’animal, dont 72% dues à la faune sauvage. Lors d’une zoonose émergente, il importe de connaître rapidement l’espèce animale qui en est à l’origine ainsi que les autres espèces pouvant jouer le rôle de réservoirs potentiels ou d’hôtes intermédiaire en collectant le plus rapidement possible des prélèvements appropriés avant de pouvoir mettre en place rapidement des mesures efficaces de biosécurité.

De nouvelles stratégies de protection pour éviter que cela ne se reproduise

La mise en évidence chez les chauves-souris porteuses de coronavirus ayant déjà provoqué deux épidémies comme le Sras à partir de 2002 puis le Covid-19 en 2019 doit amener les responsables politiques du monde entier à reconsidérer les stratégies de prévention de ces maladies. Par exemple en évitant le risque de contamination par une cohabitation trop étroite avec les chauves-souris par modification de leur écosystème et leur consommation. Il faudrait aussi éviter les possibilités de transfert de certains virus émergents vers l’Homme par le mélange de plusieurs espèces d’animaux sauvages ou domestiques vendus vivants ou non sur les marchés asiatiques, véritables chaudrons réservoirs de virus et centres d’amplification pour les infections émergentes. Il faut espérer que l’interdiction des marchés d’animaux vivants et plus particulièrement d’animaux sauvages sera maintenue avec rigueur en Chine. Ceci impliquera une importante modification des habitudes alimentaires dans plusieurs régions chinoises et du monde.

Sources
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Menachery VD et al.- A SARS-like cluster of circulating bat coronaviruses shows potential for human emergence. Nature Medicine, 2015, 21:1508-1513.

Rodhain F. Chauves-souris et virus : des relations complexes Bull Soc Pathol Exot. 2015, 108:272-289 DOI 10.1007/s13149-015-0448-z.

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Zhengli Shi Z et Hu Z. A review of studies on animal reservoirs of the SARS coronavirus. Virus Research, 2008, 133 : 74-87.

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