Cannabis: la mémoire part en fumée

1044

La consommation élevée de cannabis peut entraîner des pertes de mémoire à court et à long terme. Des travaux récents permettent de penser que cet effet serait dû à une perturbation des mitochondries présentes au niveau de l’hippocampe du cerveau.

Index

Les effets psychoactifs du cannabis sont dus au delta-9-tetrahy-drocannabinol (THC), le principal cannabinoïde présent dans cette plante. Cette molécule possède une structure similaire aux cannabinoïdes produits naturellement dans le corps (l’anandamide, par exemple) et peut donc interagir avec leurs récepteurs qui sont présents dans plusieurs régions du cerveau. Puisque ces cannabinoïdes naturels sont des neurotransmetteurs impliqués dans plusieurs processus mentaux (émotions, perception sensorielle, mémoire), le THC peut altérer artificiellement ces processus et modifier le fonctionnement normal du cerveau.

Certains de ces effets sont considérés comme positifs : amélioration de l’humeur, relaxation, augmentation de l’appétit, tandis que d’autres sont négatifs : difficultés de concentration, mauvaise coordination et perte de motivation, entre autres.

Les problèmes de mémoire sont un autre effet secondaire indésirable fréquemment observé chez les consommateurs réguliers de cannabis, car le THC agit directement au niveau de l’hippocampe, une région du cerveau indispensable à la mémoire.

Selon des travaux réalisés par une équipe de scientifiques français, cet impact négatif du THC serait dû à son interaction avec un récepteur localisé dans les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules. Ils ont découvert que cette interaction déclenchait une cascade d’événements qui vont ultimement réduire l’activité de la chaîne respiratoire localisée dans la mitochondrie et du même coup l’énergie produite dans la cellule. Cette perte d’énergie abaisse les performances des neurones, ce qui expliquerait le mauvais fonctionnement de la mémoire associé à la consommation de cannabis.

C’est la première fois que l’on montre clairement que les mitochondries jouent un rôle important dans des fonctions cognitives avancées comme l’apprentissage et la mémoire.
Ce qui n’est d’ailleurs pas si étonnant quand on y pense: même si le cerveau ne représente que 2 % du poids corporel, il consomme à lui seul jusqu’à 25 % de l’énergie dépensée par le corps. Puisque les mitochondries sont responsables de cette production d’énergie (sous forme d’ATP), il va de soi que ces «centrales énergétiques» jouent un rôle extrêmement important dans le fonctionnement du cerveau. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les personnes atteintes de maladies causées par un dysfonctionnement des mitochondries présentent de graves atteintes neurologiques.

Au cours des dernières années, notre société est devenue de plus en plus tolérante face au cannabis. L’usage récréatif de cette drogue s’est largement répandue depuis plusieurs décennies et on parle même de plus en plus d’en légaliser la vente. Ce changement d’attitude est normal, car le cannabis est sur le marché depuis plus de 50 ans et on sait maintenant que sa consommation occasionnelle ne provoque pas d’effets négatifs majeurs sur la santé. Mais comme l’illustrent bien les résultats de l’étude publiée dans Nature, l’abus de cannabis entraîne des déséquilibres majeurs dans le fonctionnement des neurones et peut donc causer plusieurs troubles mentaux, notamment au niveau du processus de mémoire.

Comme pour l’alcool, la frontière entre les effets positifs et négatifs du cannabis est très mince et il faut faire preuve de modération. Ce n’est pas parce qu’une substance se banalise qu’elle est sans danger.

Source

Hebert-Chatelain E et coll. A cannabinoid link between mitochondria and memory. Nature, 2016; 539: 555-59.