Cancer: baisser sa consommation de sucre pour freiner la propagation du cancer

On sait depuis plusieurs années que les cellules cancéreuses doivent consommer beaucoup plus de sucre que les cellules normales pour parvenir à se multiplier à un rythme effréné. Mais il est possible d’utiliser cette particularité pour contrôler la progression du cancer.

Dans des conditions normales, les cellules de notre corps se multiplient à leur rythme et utilisent l’énergie apportée par le sucre pour assurer les fonctions de base nécessaires au bon fonctionnement de nos organes.

Le cancer a besoin de sucre pour se développer

Pour les cellules cancéreuses, qui se multiplient sans arrêt, la situation est cependant bien différente, car elles doivent consacrer une bonne partie de l’énergie disponible à la fabrication des nombreux éléments essentiels à leur multiplication rapide. Se reproduire à un tel rythme exige une dépense d’énergie considérable. En conséquence, les cellules cancéreuses doivent brûler un plus grande quantité de sucre que les cellules normales pour subvenir à ces besoins énergétiques accrus.

Cancer et sucre: une découverte qui a valu un prix Nobel

Cette différence de métabolisme entre les cellules normales et cancéreuses est connue sous le nom « d’effet Warburg ». En l’honneur du biochimiste allemand Otto Warburg (Prix Nobel de médecine en 1931) qui avait noté ce phénomène, il y a plus de 80 ans.

Il s’agit d’une découverte majeure, qui est d’ailleurs encore aujourd’hui utilisée en clinique pour la détection du cancer : il est possible de visualiser la présence de cellules cancéreuses par la tomographie à émission de positrons (TEP), à la suite de l’injection d’une molécule analogue au glucose marquée radioactivement, le fluorodésoxyglucose.

Le cancer fait la course pour se développer rapidement

Les cellules sont dotées de deux mécanismes distincts pour brûler le sucre apporté par la nourriture. En conditions normales, l’oxygène que nous respirons est utilisé pour convertir la quasi-totalité du sucre en ATP (l’énergie chimique utilisable par la cellule) par un processus appelé phosphorylation oxydative.

Par contre, en conditions d’effort intense et soutenu, par exemple un sprinteur qui pousse à fond dans les derniers mètres d’une course, l’arrivée d’oxygène aux muscles est insuffisante et l’énergie requise pour permettre de poursuivre l’effort est produite par la combustion du sucre en absence d’oxygène. Ce processus est moins efficace que la dégradation du sucre en présence d’oxygène, mais il représente néanmoins un moyen très rapide d’acquérir l’énergie suffisante au maintien des fonctions cellulaires.

Bloquer le processus d’absorption du sucre

Curieusement, même lorsque l’oxygène est présent en quantités suffisantes, les cellules cancéreuses préfèrent emprunter le mécanisme utilisé par le sprinteur en fin de course. Pour y arriver, elles expriment spécifiquement une enzyme appelée pyruvate kinase M2 qui détourne le processus de dégradation du sucre vers la voie normalement activée seulement en absence d’oxygène. Même si cette stratégie semble étrange à première vue, elle est tout à fait logique pour la cellule cancéreuse : en brûlant le sucre de cette façon, la cellule évite qu’il soit complètement converti en ATP et elle peut alors utiliser une portion importante de cette énergie pour fabriquer des éléments nécessaires à la division des cellules et ainsi assurer la croissance des tumeurs. Ce rôle important de la pyruvate kinase M2 n’est pas une simple curiosité scientifique : une étude suggère que des molécules qui bloquent l’activité de cette enzyme pourraient ralentir la croissance du cancer en normalisant l’utilisation du sucre par les cellules cancéreuses.

Une hygiène de vie anti cancer pour ralentir son développement

En résumé, si les cellules cancéreuses ont la dent si sucrée, c’est qu’elles sont engagées dans un sprint continuel, essentiel à leur progression dans l’organisme.  Il est cependant possible de minimiser l’impact de ce phénomène en adoptant des habitudes de vie qui maintiennent la quantité de sucre dans le sang au minimum requis pour le bon fonctionnement du corps. En abaissant tout simplement les apports énergétiques notamment en:  boissons sucrées, sirop de glucose, en sucres ajoutés, en sucre blanc, en amidon et sucres cachés vous pouvez déjà faire de grands pas. En ce sens, il est intéressant de noter que les personnes qui mangent peu et qui font beaucoup d’exercice sont moins fréquemment affectées par le cancer.

Le simple fait de bien manger en optant pour une alimentation anti cancer, de réduire son poids corporel d’environ 5 à 10 % et être plus actif physiquement (par exemple, 120 minutes d’exercice modéré comme la marche rapide par semaine) peut avoir des répercussions extraordinaires sur le métabolisme du sucre et, par ricochet, contribuer à prévenir le cancer et les maladies chroniques en général.

Source

Christofk et coll. Pyruvate kinase M2 is a phosphotyrosine-binding protein. Nature 452:181-6.

Hitosugi et coll. Tyrosine phosphorylation inhibits PKM2 to promote the Warburg effect and tumor growth. Science Signaling,2:ra73.