Activité sexuelle et risques cardiovasculaires: en amour, mieux vaut avoir le coeur bien accroché

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Si l’activité sexuelle peut vous envoyer au 7ème ciel, elle peut aussi vous envoyer 6 pieds sous terre. Même si en terme de dépense physique, un rapport sexuel est considéré comme une activité d’intensité modérée, elle peut tout de même entrainer la mort chez les personnes atteintes de pathologies cardiaques, en surpoids ou obèse, c’est ce que montre une large analyse post-mortem publiée récemment.

En France, le cas est célèbre, le Président de la République, Félix Faure, meurt à l’Elysée, un soir de 1899, d’une congestion cérébrale (un AVC) consécutivement à une “gâterie” prodiguée par sa jeune maîtresse, Marguerite Steinheil.Cette anecdote historique, qui mêle faiblesse cardiovasculaire et activité sexuelle illustre bien les risques de décès liés à l’activité sexuelle chez les personnes porteuses d’une pathologie cardiovasculaire. Le sexe provoque alors une mort subite, première et dernière manifestation de la maladie en question. De nombreuses études cliniques ont montré que l’activité sexuelle peut être comparée à la pratique d’un exercice physique d’intensité modérée, comme faire du vélo, ce qui n’est pas neutre chez les personnes atteintes de cardiopathies.

Publiée le 12 septembre 2017 dans The Journal of Sexual Medicine, une étude a identifié les causes des morts naturelles liées à l’activité sexuelle à partir de données d’autopsies collectées entre 1972 et 2016. Environ 38 000 décès ont ainsi été analysés sur une période de 45 ans par le Dr Lena Lange et ses collègues de l’Institut de médecine légale de Francfort (Hôpital de l’Université Goethe).

Infarctus, cardiopathie, AVC: l’activité sexuelle mets le coeur à l’épreuve

Au total, 99 décès liés à la pratique sexuelle ont été identifiés, ce qui représente 0,26 % des 38 000 autopsies pratiquées. Ces décès étaient survenus juste avant, pendant et peu de temps après l’activité sexuelle. Ils ne concernaient que 8 femmes dont l’âge moyen était de 45 ans. Les hommes étaient âgés, eux, de 57 ans en moyenne. La femme la plus jeune avait 22 ans, l’homme le plus âgé 92 ans. L’âge de la plupart des individus décédés était compris entre 40 et 69 ans, mais environ 10 % d’entre eux avaient plus de 70 ans.

Les causes des décès associés à la pratique sexuelle étaient : la maladie coronarienne (rétrécissement par athérosclérose des artères irriguant le cœur) (28 cas), un infarctus du myocarde (21 cas), une rupture d’anévrisme aortique (déchirure d’une dilatation localisée de la paroi de l’aorte), une cardiomyopathie (atteinte chronique du muscle cardiaque) (8 cas), une myocardite (atteinte inflammatoire ou infectieuse du myocarde), une mort cardiaque subite (arrêt cardiaque sans signes avant-coureurs) (1 cas). Un décès est survenu chez un homme dans un contexte d’infarctus du myocarde et d’intoxication à la cocaïne.

Coeur faible, surpoids et obésité: le risque monte en flèche

Les auteurs soulignent que 65 % des personnes décédées étaient en surpoids ou obèses. Ils notent également que 60 % des cœurs examinés à l’autopsie avaient un poids de plus de 500 grammes. Un des cœurs pesait 1,1 kg. Rappelons que le cœur d’un adulte atteint en moyenne un poids de 270 g chez l’homme et 260 g chez la femme.

Pour 34 hommes, le décès est survenu lors de rapports sexuels avec une prostituée. Dans 7 cas, la mort a terrassé un homme en compagnie de sa maîtresse. Neuf hommes sont décédés pendant un rapport sexuel avec leur épouse, ou juste après. Cinq hommes sont décédés lors de rapports homosexuels. Cinq femmes sont décédées lors d’un rapport sexuel avec leur compagnon. Trente décès sont survenus lors d’une activité masturbatoire, des magazines pornographiques ayant été retrouvés près du corps. La plupart des décès sont donc survenus en présence d’une maîtresse, d’une prostituée, ou lors d’une activité sexuelle solitaire.

Au total, 50 décès sont survenus pendant le coït ou peu de temps après. Cinq morts sont survenues avant le rapport sexuel. « Des rapports bucco-génitaux ont précédé la mort dans 3 cas, une masturbation par le partenaire sexuel dans 7 cas. Trois décès ont eu lieu lors de caresses et/ou d’un massage. Dans un cas, la mort est survenue lors d’un spectacle de strip-tease », ajoutent les auteurs.

Le Printemps: la saison à haut risque

Sur les 99 décès recensés, 32 sont survenus au printemps (en mars, avril et mai), 28 pendant l’été (en juin, juillet et août), contre 20 en hiver et 18 en automne. Les auteurs y voient une influence saisonnière sur la fréquence des relations sexuelles, notamment lors de la « fièvre printanière ».

Selon eux, « même si les cas de morts naturelles associés à une activité sexuelle sont rares, il faut garder à l’esprit que les rapports sexuels, voire l’excitation sexuelle, peuvent provoquer des accidents cardiovasculaires, en particulier chez les sujets ayant un indice de masse corporelle (IMC) élevé ». Et de conclure leur article en prenant soin d’indiquer que les données ne permettent pas de savoir si le taux de décès chez les hommes est plus élevé en cas d’infidélité vis-à-vis de l’épouse ou de la compagne.

Sources:

Lange L, Zedler B, Verhoff MA, Parzeller M. Love Death-A Retrospective and Prospective Follow-Up Mortality Study Over 45 Years. J Sex Med. 2017 Sep 12. pii: S1743-6095(17)31378-4. doi: 10.1016/j.jsxm.2017.08.007

Stein R, Sardinha A, Araújo CG. Sexual Activity and Heart Patients: A Contemporary Perspective. Can J Cardiol. 2016 Apr;32(4):410-20. doi: 10.1016/j.cjca.2015.10.010

Breitmeier D, Mansouri F, Albrecht K, Böhm U, Tröger HD, Kleemann WJ. Accidental autoerotic deaths between 1978 and 1997. Institute of Legal Medicine, Medical School Hannover. Forensic Sci Int. 2003 Oct 14;137(1):41-4. PMID: 14550612

Lecomte D, Fornes P, Nicolas G. Stressful events as a trigger of sudden death: a study of 43 medico-legal autopsy cases. Forensic Sci Int. 1996 May 17;79(1):1-10.  PMID: 8635768